Vive Eric Raoult au gouvernement ! Vous qui lisez trop de livres... Le convoyeur Toni Musulin, qui est parti avec 11 millions d’euros et son fourgon avait lu « Cotes sanguines » de Michel Naudy (Série Noire, 1985 je crois) qui décrit mot à mot son équipée : un gars se fait embaucher dans une société de convoyage, passe deux ans à étudier la psychologie et faire copain copain avec les convoyeurs, prépare son coup et se tire... Où ? C’est indiqué à la fin du livre, les flics n’ont qu’à le lire. Eric Raoult, lui, a trop lu Marie N’Diaye. D’abord Eric est un fan des Editions de Minuit, tous les soirs et tous les matins il se farcit un peu de Claude Simon, et quand il a découvert « Quant au riche avenir » de Marie... Coup de foudre. Il lui a écrit, elle lui a répondu, ils se sont vus, aimés, mariés, et ont enfanté. Non ! je me goure : c’est Jean-Yves Cendrey qui lui a écrit et l’a épousée, Raoult avait écrit aussi, mais elle lui a répondu en soulignant les fautes d’orthographe. C’était également en 1985. Ainsi naissent les haines et les sagas sentimales. Raoult réécrit à Marie : « Marie, je vous aime. Vous êtes noire, mais je ferai un effort. A propos, je viens de déclarer qu’Edith Cresson avait « l’argot vulgaire des femmes de poissoniers », qu’en pensez-vous, ô sombre lumière de ma nuit sans sommeil ? » Pas de réponse. Raoult remache sa rancœur. Il dépose un amendement pour rétablir la peine de mort, se réjouit de l’expulsion de Tunisie de la journaliste Florence Beaugé, décrète le couvre feu dans sa ville de Raincy, glapit contre l’homoparentalité, bref, transforme sa douleur amoureuse en grandeur politique. Les ans passent. Personne ne se souvient plus d’Eric Raoult, sauf comme d’un gros beauf qui s’est vaguement occupé des banlieues et doit croupir avec ses kilos et ses matraques dans quelque zone urbanisée de la grande ceinture... Quand soudain Marie obtient le Goncourt ! Elle passe (brièvement) à la télé ! Raoult, qui ne passe plus depuis longtemps à la télé, a une révélation : un interview de Marie dans les Inrocks’ : « Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux.» Besson, Hortefeux monstrueux, et pas moi ? Raoult écrit à Frédéric Mitterrand pour exiger qu’il exige un devoir de réserve des écrivains lorsqu’ils sont primés. Merci Eric Raoult, merci. Sans vous, personne n’aurait connu la phrase de Marie N’Diaye, et cette phrase est terrible. Elle peint d’un seul coup de pinceau la France d’aujourd’hui, celle où officient les Hortefeux et leur calculette à délits et les Besson et leur perversité raisonnante, ces Besson qui se croient autorisés, dans leur « vulgarité et leur flicage », à imposer un débat sur l’identité nationale. Exactement comme Eric Raoult se croit autorisé à provoquer un « débat » sur le devoir de réserve des écrivains : oui, je suis ignare, je ne fais pas trop la différence entre N’Diaye, Henri et Thuram, mais c’est justement pour ça que j’ai le droit de provoquer un débat ! On est en République, non ? Inter : le Mètre Etalon de la sottise en politique Il manquait un mètre étalon de la sottise en politique, ça y est, on l’a, il est au Musée de Sèvres à coté du mètre en platine, il se nomme Eric Raoult. Personne ne dira plus idiot, jamais. Le : « Que d’eau, que d’eau ! » de McMahon flotte avec les nuages de l’Olympe ; le : « Hé, y a pa eu de juifs déportés en Grande-Bretagne, hé ? » de Douste-Blazy nous ravissent de fraîcheur. Il manque un individu au gouvernement, pour parachever l’atmosphère de « flicage et de vulgarité » qui empoisonne la France et dont parle une forte écrivaine d’une belle langue. Vivement qu’Eric Raoult soit sous-secrétaire d’Etat aux Citations Autorisées. Eric Raoult, vous n’êtes pas coupable : chaque président impose un style. De Gaulle l’histoire, Pompidou la poésie racontée aux banquiers, Giscard le bourgeois gentilhomme et la chasse à l’ours, Mitterrand la prostate et le secret du Sphinx, Chirac le rot après la bière et les mains tranquilles dans la confiture. Mais Sarko est le seul à ne pas avoir de style : « Casse toi pauvre con » c’est Arthur, Sébastien, Morandini tous ces gens qui n’arrivent à rien malgré les UV et la télé, car finalement la télé, où vous réussites, Eric Raoult, à revenir le temps de deux pauvres émissions, ne fait qu’étaler la vulgarité à ceux qui en débordent. Comment plaire à Sarkozy ? En laissant entendre que les écrivains doivent être à la botte. Rassurez-vous, ils sont assez grands pour cirer les pompes tout seuls. Malheureusement cette faconde ignare, ces poils qui sortent de la chemise emmêlés dans la chaîne en or, cette vulgarité sure d’elle – on a le fric et les flics, on n’a pas besoin des livres – n’est même plus très en cour. Votre patron se cherche en ce moment une grandeur, dans son discours du 11 novembre par exemple, et vous le ramenez à son petit commerce : un monde de flicage et de vulgarité. Merci Eric Raoult.

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