Dans une lettre adressée à tous les professeurs, le ministère de l’Éducation nationale les autorise à prendre les libertés sur la mise en œuvre des évaluations en classe de CP.

Les évaluations au CP ont été annoncées fin août par le ministère de l'Education. (Photo d'illustration)
Les évaluations au CP ont été annoncées fin août par le ministère de l'Education. (Photo d'illustration) © Maxppp / Fred HASLIN

"Tout ça, pour ça ! C’est un raté pédagogique !" déplore Stéphane Crochet. Le secrétaire général du Syndicat des enseignants (SE-Unsa) a lu attentivement la lettre envoyée à chaque professeur, signée de la main du Directeur général de l’enseignement scolaire, Jean-Marc Huart, le numéro deux du ministère de l’Éducation nationale. Dans ce courrier, en préambule, ce dernier rappelle pourquoi le gouvernement a décidé la mise en place de ces évaluations à l’entrée du CP.Le ministre Jean-Michel Blanquer, s’en était justifié fin août :

Il est important d’avoir une culture de l’évaluation constructive pour nos élèves

La lettre envoyée à tous les professeurs, signée par le directeur général de l'enseignement scolaire.
La lettre envoyée à tous les professeurs, signée par le directeur général de l'enseignement scolaire.

Le fruit de la discorde

Ces évaluations, de français et de mathématiques, avaient provoqué la colère des organisations syndicales, autant sur le fond que sur la forme. Selon le syndicaliste Stéphane Crochet, elles ont été élaborées dans l’urgence. " Les exercices ne sont pas très solides pédagogiquement, il y a des dessins qui sont source d’erreur et d’interprétations, les élèves peuvent se tromper facilement. Elles ne sont pas non plus scientifiques, elles n’ont pas été testées sur des élèves au préalable, explique-t-il. On a donc accueilli la lettre du ministère favorablement. Elle répond en partie à nos inquiétudes".

En effet, le ministère de l’Éducation nationale lâche du lest. "Pour cette première année de mise en œuvre, vous avez la possibilité de ne faire passer qu’une partie de ces exercices. Il se peut en effet que vous jugiez certains exercices trop longs, difficiles ou éloignés du contexte pédagogique local", peut-on y lire. Jean-Marc Huart se défend de tout rétropédalage : "Les enseignants sont ceux qui sont les plus capables d’adapter les outils pédagogiques — et ces évaluations sont un outil pédagogique — à la situation dans laquelle ils sont", a-t-il indiqué au micro de Sonia Bourhan.

Pourquoi évaluer ?

Cet assouplissement convient également à Francette Popineau, secrétaire générale du Syndicat national des instituteurs et professeurs des écoles (Snuipp-FSU). Mais que cela serve de leçon au ministère, avertit-elle : "Voilà ce qui arrive lorsque l’on fait les choses sans concertation. Il faudra que le ministère apprenne à travailler différemment, parce que là c’était cacophonique".

Les syndicats ne sont pas forcément contre le fait d’évaluer les élèves de CP, notamment en cours d’année, mais la question reste la finalité. Pour Francette Popineau, il faudrait que le ministre définisse exactement ce qu’il entend par "la culture de l’évaluation". "En Grande-Bretagne, les élèves étaient évalués à tout va, et le pays a dû abandonner ce système, car il ne donnait aucun résultat et les enfants étaient en permanence sous pression", explique-t-elle. Le Snuipp-FSU prévoit d’interpeller Jean-Michel Blanquer à ce sujet rapidement.

En attendant, les professeurs commencent à faire passer les évaluations à leurs élèves. Ils devront ensuite faire remonter les résultats au ministère et donner leur avis. Des données qui permettront d’élaborer de nouveaux tests pour la rentrée prochaine, selon le ministère. Des tests pour les CP, mais aussi pour les CE1, annonce Jean-Marc Huart, au micro de Sonia Bourhan.

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