C’est un projet ambitieux :

deux metteurs en scène, patrons chacun d’un théâtre subventionné, Julie Brochen à Strasbourg et Christian Schiaretti à Villeurbanne, s’associent pour mettre en scène une grande histoire, une histoire de chevalerie en plusieurs épisodes, le Graal, la quête du Graal.

On peut voir en ce moment au Théâtre national de Strasbourg un des dix épisodes de cette légende Arthurienne, l’histoire de Merlin l’enchanteur et du jeune roi Arthur. D’autres épisodes suivront, il y en dix spectacles qui retraceront l’aventure du Graal, mis en scène par le duo en question mais peut-être par d’autres metteurs en scène, à partir du texte écrit pendant trente ans par Florence Delay et Jacques Roubaud, « Graal théâtre ».

Merlin l'enchanteur
Merlin l'enchanteur © Radio France

Ne craignez pas l’ambition, la lourdeur du projet.

Leur Merlin est limpide et bien découpé.

Ce sont3 heures, avec entracte,3 heuresvivantes où l’on vous raconte une grande fresque. Avec des scènes de chevalerie, des magiciennes, des fées maléfiques ou désirables, des corps qui s’aiment, du rêve, du mystérieux, du suspens et bien sûr un adolescent qui devient roi à 15 ans, Arthur, accompagné d’un Merlin à la fois protecteur et inquiétant : son rire sardonique fait froid dans le dos.

Le décor est splendide, simple, la scène, quasiment nue. Au fond, se dresse un magnifique mur de briques rouges. La lumière délicate crée des ambiances féériques ou mystérieuses. Le plancher se soulève ou s’ouvre pour figurer une rivière, une tour, une rivière. Toute la machinerie du théâtre est convoquée pour passer d’une scène onirique à une scène de combat ou d’amour. Merlin rassemble autour d’une table ronde des chevaliers dont l’un, enthousiaste, se met à crier : « il est interdit d’interdire ! ». Car Roubaud et Delay relaient la légende mais n’écartent pas l’humour, l’anachronisme ou la poésie. Leur langue est belle, vivante.

Le regret vient de la direction d’acteurs, pas aussi rigoureuse que le reste du projet. Merlin, Jean Claude Leguay, bute beaucoup sur son texte (certes très dense) et le jeu ne devrait pas être aussi inégal chez les jeunes acteurs des deux troupes réunies.

Mais l’aventure ne fait que commencer. Peut-être même s’épanouira t elle un été à Avignon : pourquoi pas en 2015, quand le projet du « Graal théâtre » sera complet, une longue nuit dont la Cour d’honneur a le secret? On le souhaite. Et même, on se réjouit déja.

Le site du TNS:

www.tns.fr/fr/saison2011-2012/graal-theatre-merlin-l-enchanteur.html

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