Retour sur les coulisses de la mort de l’ex- "ennemi public numéro 1" de la France giscardienne, avec Benoît Collombat

Ecoutez le journal de 19H de France-Inter du 2 novembre 1979 , où l’on entend notamment la première réaction du commissaire Broussard : « En Cour d’assises, Mesrine m’a dit : « Le premier qui tirera aura raison ! » Nous n’avons pas tiré les premiers. Il a voulu sortir une grenade. Nous avons tiré… »

Jacques Mesrine :

Je suis mort les armes à la main, même si, peut-être, je n’ai pas eu le temps de m’en servir…

Dans un enregistrement audio réalisé avant sa mort à destination de sa compagne, Jacques Mesrine décrit, de façon très troublante, les circonstances de sa future mort.

Un document sonore aux allures de testament où Mesrine explique que «s’il avait eu le temps de mettre la main » sur son arme, il s’en «serait servi » face aux policiers…

Et de conclure à sa compagne, Sylvia Jeanjacquot: « Si tu écoutes cette cassette, c’est que je suis dans une cellule d’où on ne s’évade pas… »

Robert Broussard :

Je n’ai jamais eu la moindre instruction d’abattre Mesrine !

C’est le commissaire Robert Broussard, chef de la BRI, la brigade de recherche et d’intervention (l’"anti-gang") qui a donné l’ordre d’intervenir aux quatre tireurs cachés derrière la bâche d’un camion, posté juste devant la BMW de Jacques Mesrine.

Sollicité, Robert Broussard explique aujourd’hui qu’il ne souhaite plus s’exprimer sur cette affaire. Dans ses Mémoires et dans ses nombreux entretiens accordés à la presse sur la mort de Mesrine, le commissaire Broussard a toujours affirmé que ses hommes étaient en état de légitime défense, après sommations.

Ecoutez, sur ce point, cet échange mouvementé entre le journaliste de Libération Gilles Millet, qui avait interviewé Mesrine lors de sa cavale, et le commissaire Broussard, lors de l’émission d’Emmanuel Laurentin, "L’Histoire en direct", sur France Culture, le 10 février 1997…

Dans cet autre extrait de l’émission, le commissaire Broussard qualifie Mesrine de « monstre d’orgueil », « un tueur qui a réussi à faire parler de lui … »

Lucien Aimé-Blanc :

Il ne fallait pas le louper !

Lucien Aimé-Blanc, ancien commissaire à l’OCRB, l’Office central de répression du banditisme, était connu notamment pour utiliser l’ "infiltration" et les indicateurs dans les enquêtes.

Il va suivre la trace de Mesrine à partir de l’enlèvement du milliardaire de l’immobilier, Henri Lelièvre, en juin 1979.

Le 2 novembre 1979, il se trouve à proximité de la porte de Clignancourt, dans la voiture de commandement de Robert Broussard, à quelques dizaines de mètres de la voiture de Mesrine.

Sans condamner le modus-operandi de l’opération, Lucien Aimé-Blanc dément les affirmations de Broussard qui affirme avoir été le témoin direct de la fusillade et des sommations policières. Selon Aimé-Blanc, un certain "feu vert moral" pour abattre Mesrine était alors dans tous les esprits… « Mesrine faisait peur, il fallait appliquer un principe de précaution. »

Emmanuel Farrugia :

Il y avait légitime défense…

Emmanuel Farrugia était inspecteur-divisionnaire, chef de groupe à l’OCRB, adjoint de Lucien Aimé-Blanc. Il se trouvait dans le même véhicule que Broussard et qu’Aimé-Blanc au moment de la fusillade.

Il raconte les minutes qui ont précédées la mort de Mesrine, et comment le commissaire Broussard avait caché aux hommes de l’OCRB la présence du fameux camion bâché avec des tireurs, qui feront feu sur Mesrine…

Charles Pellégrini :

Si Mesrine ne lève pas les bras, il meurt !

Charles Pellégrini était chef de groupe à l’OCRB lors de la mort de Mesrine. Lui aussi était présent porte de Clignancourt, le 2 novembre 1979, à proximité du camion où se postaient les tireurs d’élite.

Pour lui, c’est Mesrine lui-même qui, par son attitude, a signé ce jour là son arrêt de mort…

Pour Charles Pellegrini, Mesrine n’avait rien d’un mythe. Il le décrit comme un «voyou ordinaire dans son fonctionnement, flamboyant dans sa présentation »…

Guy Peynet :

S’il y avait eu des sommations, j’aurais du les entendre!

Le 2 novembre 1979, Guy Peynet était le patron du bar "Le Terminus", porte de Clignancourt.

Selon ce témoin de premier plan, jamais entendu sur procès-verbal dans la procédure judiciaire ( il a envoyé une lettre, jointe au dossier ), les policiers n’ont pas effectué de sommations avant de tirer sur Mesrine.

Geneviève Adrey :

Pour moi, c’était un assassinat

Elle ne s’est jamais exprimée publiquement depuis ce fameux 2 novembre 1979.

Ce jour là, Geneviève Adrey, alors étudiante en musicologie, se trouve dans une cabine téléphonique, avec une amie, porte de Clignancourt, à quelques mètres de la voiture de Jacques Mesrine…

Elle a entendu des rafales de mitraillette, avant de voir les lieux immédiatement investi par la police.

Elle raconte…

Cette fusillade du 2 novembre 1979 a fait basculer la vie de Geneviève Adrey.

Traumatisée, elle a préféré arrêter ses études, et n’a jamais revu la moindre image à la télévision…

Martine Malinbaum :

Mesrine a été exécuté

Martine Malinbaum a été l’avocate de Jacques Mesrine de mars 1976 jusqu’à son évasion de la prison de la Santé en mai 1978, puis l’avocate de sa famille jusqu’à aujourd’hui.

Selon elle, le 2 novembre 1979, lors de la "souricière" policière, Mesrine n’avait aucune chance de s’en sortir vivant…

Pour Martine Malinbaum, il n’y a pas eu de réelle enquête sur les conditions de la mort de Mesrine. Elle a déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme, au nom du fils de l’ex-gangster, Bruno Mesrine…

L’avocate de Mesrine brosse le portrait d’un homme qu’elle a côtoyé pendant deux années de parloir, un homme à la double personnalité : « violent et séducteur », qui « savait qu’il ne vivrait pas longtemps », « fatigué d’être comme il était », racontant « sa propre mort… comme elle a eu lieu . »

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