L'Italie s’inquiète de la faible fécondité de ses jeunes couples... et lance (maladroitement) ce jeudi le Fertility Day, pour les inciter à procréer.

"La Constitution italienne protège la procréation consciente et responsable".
"La Constitution italienne protège la procréation consciente et responsable".

Le taux de fécondité, en Italie, c'est un vrai problème de santé publique: le pays a la population en moyenne la plus âgée au monde, juste derrière le Japon. La faute à une très faible natalité, 1,39 enfant par femme, contre 1,99 en France. Il continue à y avoir plus de décès que de naissances chaque année, la population ne se renouvelle pas (hors immigration) et diminue donc inéluctablement.

Alors le ministère de la Santé a décidé de prendre les choses en main, et lance ce 22 septembre la première édition (elle pourrait bien faire des petits) du Fertility Day, la Journée de la Fécondité, avec des dizaines de manifestations à travers le pays pour inciter les couples italiens à ne pas repousser d'éventuels projets de naissances mais à procréer, là, maintenant, sans attendre. Le tout à grand renfort de campagne de communication... pleine de bonnes intentions mais pas très bien accueillie sur les réseaux sociaux. Jugez plutôt:

En français dans le texte, "la beauté n'a pas d'âge, mais la fertilité, si". Tic tac tic tac mesdames, la jeunesse féconde passe vite, et comme le rappelle la plaquette du ministère pour ce Fertility Day, la fertilité des femmes décline de 45% entre leurs 20 et leurs 30 ans. Or en 30 ans justement, l'âge moyen du premier accouchement a été retardé de 10 années. "N'attendez pas la cigogne", résume un autre tweet du ministère... au risque de tomber dans le panneau et de confondre fertilité (la capacité physiologique à se reproduire) et fécondité (l'aboutissement ou non du processus de reproduction).

Mais pas question de culpabiliser les (seules) femmes italiennes pour ce faible taux de procréation, les chiffres martelés par les autorités indiquent que si 1 couple italien sur 5 rencontre des problèmes de reproduction ( c'est deux fois plus qu'il y a 20 ans), ces problèmes sont dus aussi souvent à l'homme qu'à la femme.

►►►Le sujet de la fertilité est prioritaire dans la péninsule qui se dépeuple : à Rome, le reportage de Mathilde Imberty

Un "serious game" pas si sérieux

Pour faire passer le message sur les facteurs qui peuvent augmenter l'infertilité, le gouvernement italien avait même lancé un jeu en ligne où il fallait guider un spermatozoïde vers l'ovule, en évitant les méchants verres d'alcool et cigarettes, mais il a été mystérieusement retiré du web.

Les jeunes italiens se jetteront-ils sous la couette pour faire plaisir à leur gouvernement? En tous cas pour le moment ils semblent plus occupés à critiquer ou moquer l'initiative du Fertility Day et de ses messages maladroits. Et d'inciter l'équipe de Matteo Renzi à œuvrer plutôt pour augmenter le nombre de places en crèche, la sécurité, la santé publique, et l'emploi, autant de facteurs sociaux qui ne poussent pas les italiens à avoir des enfants. Mais le Fertility Day n'est qu'une des facettes de la politique nataliste du gouvernement italien, avec un Plan national pour la fertilité qui comprend notamment de doubler le montant des allocations à l’arrivée du premier enfant.

L'Italie n'est pas isolée face à ces difficultés démographiques: en Europe, l'Allemagne, l'Autriche et la Hongrie, et plus encore l'Espagne et la Grèce. En fait, dans le monde, seules la Corée du Sud et la Bosnie-Herzégovine font moins d'enfants par femme. Le Bromure d'Or revient à la Chine, qui pour le coup applique une politique ferme de réduction de la natalité.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.