Peut-on dire que vingt ans (de radio) est le plus bel âge ? Curieux constat que de compter déja vingt ans depuis les premiers pas à France Inter. Etudiant de 23 ans à l'IUT de journalisme de Bordeaux, j'ai la chance de découvrir la radio le 21 décembre 1989 à France Inter. Stagiaire d'hiver. Approche nouvelle d'un media par un étudiant qui pensait commencer sa carrière en presse écrite. 6è étage de la Maison de la Radio, je croise un premier journaliste, Roger Gicquel, qui salue et sourit. Décembre 89, la révolution en Roumanie. J'apprends à travailler, à réagir, à écrire, à enregistrer, à écouter, à faire témoigner durant trois semaines, piloté par un chef des reportages attentif et bienveillant, Alain Le Gouguec. Un reportage le 31 décembre sur les voeux des personnalités me permet d'interviewer Arletty, au téléphone. Généreuse, elle me dit qu'elle n'écrit pas de cartes de voeux, mais parle tous les jours de sa vie aux gens dans la rue et leur souhaite de bonnes choses. Pour elle, les voeux sont quotidiens. Hélas, je suis incapable de faire fonctionner la cabine et dois rappeler la comédienne en la priant de m'excuser, mais... Il faut recommencer. Arletty s'emporte : "Je suis une vieille dame aveugle, vous ne vous rendez pas compte!" Mais quand je lui apprends ma position d'absolu débutant, elle dit : "Vous êtes stagiaire ? Allez, c'est bon, on recommence." Garance devait disparaître quelques mois plus tard, mais elle retrouve son sourire et sa verve gouailleuse le temps de l'enregistrement, pour faire plaisir. Ivan Levaï apprécie le sujet (il aimait Arletty). Ticket gagnant pour un stage d'été. Je reviens en juillet 1990 sans jamais repartir. Le Gouguec m'avait prévenu : "Méfie-toi, la radio, c'est un virus!" Alain avait trouvé le mot juste. Parce qu'on s'asseoit autour d'une table comme si l'on passait à table, parce que l'on transmet par le son certes de l'information, mais aussi des émotions, parce que curieusement, on a le sentiment de ne pouvoir mentir devant un micro, la radio ne déçoit jamais. Souhaitons qu'elle demeure cet instrument unique de liberté et d'authenticité et que la magie du son reste une priorité.

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img © Radio France
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