Florence Cassez et ses proches
Florence Cassez et ses proches © Radio France / Charlotte Piret

Florence Cassez a livré ses premières impressions après sa libération hier, au Mexique. Son avion a atterri à l'aéroport de Roissy en début d'après-midi. Sa famille et ses proches l'y attendaient. Elle a également été accueillie par le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius et par le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, membre de son comité de soutien.

Plus de 150 journalistes étaient sur place pour assister à sa première conférence de presse. La Béthunoise de 38 ans a répondu à toutes les questions, privilégiant la langue française, mais utilisant aussi parfois l'espagnol.

Yann Gallic a assisté à la conférence de presse

Très émue, Florence Cassez explique qu'elle a eu du mal à comprendre qu'elle était libérée

Elle estime avoir été innocentée par la Cour suprême du Mexique. Les cinq juges ont en effet prononcé hier sa libération "immédiate" et "absolue", mais s'ils ne se sont pas prononcé sur la culpabilité.

Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, s'est exprimé juste avant elle.

On est formidablement heureux pour Florence. Il a fallu un courage formidable, parce que tenir pendant sept ans, c'est une ténacité absolument magnifique. Maintenant elle va se reconstruire (...) Bienvenue en France.

Florence Cassez déclare avoir toujours "été libre dans [sa] tête" et souhaite maintenant "profiter des [siens], vivre". Elle a quitté hier soir la prison pour femmes de Tepepan, à Mexico, avant de prendre un avion pour la France en compagnie de son père et de son avocat Frank Berton.

Florence Cassez tourne une page et veut panser les plaies

Elle remercie Sarkozy et Hollande

Elle a tout de suite tenu à remercier ceux qui l'ont soutenue dans cette épreuve. Des propos adressés bien sûr à sa famille mais aussi au comité de soutien qui s'est formé en France.

Cette libération, elle la doit à son caractère obstiné autant qu'à son entourage, Dominique André

Jean-Luc Roméro, le président du comité de soutien, est heureux de pouvoir tourner la page

Florence Cassez a aussi remercié François Hollande et Nicolas Sarkozy pour leur soutien "vital". "Nicolas Sarkozy m'a sauvé la vie, parce que c'est vrai que je suis passée par des moments très compliqués où je me disais 'je n'ai plus envie de me battre'. Dans ces moments là, il est arrivé, ensuite François Hollande. Je leur dois beaucoup."

Florence Cassez remercie Nicolas Sarkozy

Aspect politique important dans cette affaire effectivement. Une polémique s'est d'ailleurs développée sans qu'on sache si elle ira plus loin : la "discrétion" de François Hollande a-t-elle payé là où le volontarisme de Nicolas Sarkozy avait échoué ?

François Hollande, qui n'était pas présent à l'aéroport, recevra Florence Cassez et sa famille vendredi à 19h à l'Elysée, a annoncé la présidence française dans un communiqué. Selon l'entourage de Nicolas Sarkozy, qui se trouve actuellement au forum de Davos en Suisse, l'ancien chef d'Etat devrait voir Florence Cassez "très vite dans un cadre privé".

En 2011, le président Felipe Calderon avait annulé la participation de son pays à l'année du Mexique en France pour protester contre la décision de Nicolas Sarkozy de dédier l'évènement à Florence Cassez. Recevant en octobre le nouveau président mexicain Enrique Peña Nieto, François Hollande avait indiqué pour sa part faire "confiance à la Cour suprême pour en terminer avec cette situation que nous jugeons douloureuse mais qui est dans la main et entre les seules mains de la justice mexicaine".

Un mot pour les victimes

Au Mexique, où des milliers d'affaires d'enlèvement restent impunies, la décision de la Cour suprême a été dénoncée par les proches des victimes. "J'ai souffert en tant que victime pendant plus de sept ans et je pense que la base est là, mettre les vrais coupables en prison, c'est aider les victimes d'enlèvements", a dit Florence Cassez. "C'est une grande victoire aussi pour les Mexicains, dans le sens où justice a été rendue."

La Française avait été arrêtée en décembre 2005 en compagnie de son ami mexicain de l'époque, Israel Vallarta, accusé de commander un gang responsable d'enlèvements, dans une ferme des environs de la capitale.

Récupération ?

Dans l'attente de Florence Cassez
Dans l'attente de Florence Cassez © Radio France / Charlotte Piret

En 2008, elle avait été condamnée à 96 ans de prison au terme d'un procès à huis clos et sans jurés, comme c'est souvent le cas au Mexique, pour enlèvement, association de malfaiteurs, possession d'armes et de munitions. La peine avait été réduite à soixante ans de prison l'année suivante. Ses avocats faisaient valoir que le témoignage au centre de sa condamnation avait été faussé par une reconstitution diffusée en direct par la télévision mexicaine. L'Agence fédérale (police) mexicaine a reconnu en 2010 avoir procédé à une reconstitution de l'arrestation, expliquant avoir agi à la demande de la presse.

A Paris, l'annonce de sa libération a été saluée par l'ensemble de la classe politique. François Hollande a salué mercredi la décision de justice et estimé qu'"entre la France et le Mexique, nous avons les meilleures relations qu'il soit possible d'établir."

Pendant sept ans, les relations franco-mexicaines ont été empoisonnées par ce dossier. La décision d'hier est-elle politique ou judiciaire ? La réponse de Georges Couffignal, professeur de sciences politique et ancien directeur de l'institut des hautes études de l'Amérique latine. Il a aussi été en poste à l'ambassade de France à Mexico.

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Georges Couffignal était l'invité de Claire Servajean à 13h

Le ministre délégué aux Affaires européennes Bernard Cazeneuve a imputé l'heureux dénouement de l'affaire Cassez à "une bonne relation" entre les nouveaux présidents français et mexicain. Tout en se félicitant de l'issue de la procédure judiciaire, plusieurs élus UMP et proche de Nicolas Sarkozy ont accusé de leur côté François Hollande et le gouvernement de récupération.

"Dans la façon dont il accueille la libération de Florence Cassez, François Hollande est dans son rôle mais je dirais qu'effectivement il a l'habitude de passer sous silence ce qu'ont fait ses prédécesseurs", a estimé Claude Guéant, qui s'est occupé de l'affaire Cassez en tant que secrétaire général de l'Elysée pendant le mandat de Nicolas Sarkozy. "Les commentaires qui sont attribués à certains à l'Elysée disant que c'est le triomphe d'une méthode par rapport à une autre sont de la basse politique politicienne."

L'ancienne ministre de la Justice Rachida Dati a trouvé "un peu dommage" de la part de François Hollande de ne pas avoir "cité Nicolas Sarkozy qui a quand même été à l'oeuvre", a-t-elle déclaré.

lien dossier affaire Cassez
lien dossier affaire Cassez © Radio France

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