Comment l'Europe sociale en chantier va-t-elle tenir le coup, sous l'effet du chômage et de la crise ? Comment les ouvriers s'en sortent-ils ?

Reportage dans la Grande Région France-Luxembourg, un creuset d’emploi avec des aciéries Mittal des deux cotés de la frontière, des producteurs de pièces détachées pour l'automobile coté français et des banques coté luxembourgeois.

Un haut fourneau Mittal à l'arrêt en France comme celui de la filière acier liquide à Florange ce sont 1500 personnes sur le carreau, si vous incluez les intérimaires et la sous-traitance. Les PME, il y en a 80 000 en Lorraine qui flanchent.

Chaque usine, comme celle de Gandrange condamnée à s'arrêter le 31 mars, fait tourner d’autres entreprises. Pour Gandrange on parle d’électricité, de concassage, de bennes, de transport, de chaudronnerie qui préfèrent fermer plutôt que de supporter 50% du cout du chômage.

Et en aval les équipementiers automobiles. ZF Lemforder a déplacé le tiers de ses chaines de production en Bulgarie. Thyssen Krupp à Fameck renvoie la moitié de son personnel intérimaire. IMS, les aciers spéciaux, renvoie 10% de son personnel en France et en Belgique.

De l’autre coté de la frontière, à 20 kms seulement, on cour les agences d'intérim, à la recherche du moindre travail mieux payé, parce que le Smic ici est à 11 euros de l'heure (8,71 € en France).

### Travailler au Luxembourg, avantages et inconvénients

Sans les frontaliers l'économie du Luxembourg (500 000 habitants) ne fonctionnerait plus.

Les salaires, en raison des 40 heures et de l'absence d'harmonisation du SMIG en Europe, sont en moyenne 30% supérieurs à ceux pratiqués pour les mêmes métiers en France. Et au Luxembourg on vous garantit en plus une allocation de 200 euros par mois dès le premier enfant.

Ils sont 88 000 français à passer la frontière tous les jours en train, en bus, en voiture. L'autoroute A31 Thionville Luxembourg est saturée tous les matins. Le covoiturage s'est rapidement développé.

François, 45 ans, 2 enfants, est ouvrier électricien transfrontalier . Tous les jours il s’arrête sur le parking de covoiturage au rond point de l'Etoile à Thionville pour partir à 6 h du matin sur un chantier de sa société au Luxembourg avec 3 de ses collègues.

François, ouvrier électricien transfrontalier

Les ouvriers de Gandrange chez Mittal Luxembourg

La crise qui secoue l'industrie de la sidérurgie et la sous-traitance automobile des deux cotés de la frontière n'est pas vécue de la même façon.

Dans l'entreprise Mittal et les aciéries du Luxembourg, la baisse de production ne se traduit pas par du chômage partiel comme en France. Le Ministre de l'économie Jean Krecké s'est même engagé à reprendre dans les aciéries Mittal Luxembourg -l'Etat est actionnaire- les 595 ouvriers reclassables de l'usine française de Gandrange, si possible.

Jean Krecké, le Ministre de l'économie du Grand Duché

En cas de crise, on privilégie la mobilité interne

L’aciérie Mittal de Belval tourne au ralenti, à 60% de sa capacité. On travaille 4 jours et le reste du temps on est en congés. Mais on va accueillir des ouvriers en provenance de Gandrange.

Jérôme Lambert est un cadre ingénieur français. Il fait partie des ceux qui vont former les premiers déplacés de l'aciérie de Gandrange qui va fermer le 31 mars.

Jérôme Lambert, cadre chez Mittal au Luxembourg

Faut-il protéger l'emploi ou les salariés ?

Au "sommet social" à l'Elysée, gouvernement, patronat et syndicats parleront, entre autres, du chômage partiel.

Pourquoi ne prendrait-on pas exemple sur le Luxembourg où l’indemnisation du chômage partiel est de 80% du salaire horaire brut contre 60% du salaire net en France.

Edouard Martin, le délégué CFDT Mittal France à Florange, souhaiterait qu’on maintienne les salaires des ouvriers qui vont perdre leur activité à cause de la crise, en profitant de la période creuse de production pour les aider à se former et même à partir en détachement, comme cela se fait au Luxembourg dans des sociétés qui ont besoin d'eux, sans perte de salaire.

Edouard Martin, délégué CFDT chez Mittal France

Bandeau © Laurent Césard

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