PARIS (Reuters) - François Hollande estime que la parole de Nicolas Sarkozy "s'est épuisée" et que son projet de révision du traité européen n'est qu'une "fuite en avant" qui ne réglera rien.

Réagissant au discours de Toulon du chef de l'Etat, le candidat socialiste s'oppose également à l'idée de "directoire à deux entre l'Allemagne et la France".

François Hollande, qui assistera lundi à Berlin à un congrès du SPD au moment où la chancelière allemande Angela Merkel sera reçue à l'Elysée, juge que "l'amitié franco-allemande suppose une relation équilibrée et respectueuse".

Mais "aujourd'hui, ce n'est pas tant l'Allemagne qui est forte, car elle connaît aussi une dette importante, que la France qui est faible car elle est mal gérée depuis cinq ans", dit-il dans le Journal du dimanche.

Selon lui, l'Europe "a moins besoin d'un traité de plus que d'actions immédiates", ajoute-t-il, soulignant à la lumière de l'expérience du traité constitutionnel européen qu'il faudrait "des mois et des mois pour être négocié, puis pour être ratifié et autant pour être repoussé".

"Ce n'est pas l'annonce d'une machinerie qui convaincra les marchés et les citoyens", insiste le candidat socialiste.

Pour François Hollande, la confiance peut revenir rapidement et la spéculation être vaincue "si la Banque centrale européenne même dans ses statuts actuels assouplit ses interventions" et si le Fonds européen de stabilité financière "se transforme en banque pour venir en soutien des pays les plus vulnérables".

Il estime que la banque européenne d'investissement doit également engager une politique de grands travaux et prône la mise en place d'une taxe sur les transactions financières et le lancement d'euro-obligations.

Le candidat PS, en baisse dans les sondages et malmené par ses alliés écologistes, se livre à une analyse très critique du discours de Nicolas Sarkozy à Toulon, qui est à ses yeux "un aveu d'échec et d'impuissance".

Après cinq années de pouvoir, "le chef de l'Etat en arrive à constater que les Français ont peur et ne sont plus maîtres de leur destin. Il révèle donc qu'il n'a pas été capable de donner un sens à son action et de susciter la confiance de son pays", affirme-t-il.

François Hollande rappelle qu'il y a trois ans, déjà à Toulon, le chef de l'Etat s'était engagé à moraliser le capitalisme, soumettre les marchés et refuser l'austérité.

Trois ans plus tard, "il admet que la crise est toujours là et s'est même aggravée avec le rôle accru des agences de notation, la circulation frénétique des capitaux, la volatilité des marchés, la fragilité des Etats".

Pour le responsable socialiste, Nicolas Sarkozy "en est réduit à une fuite en avant en proposant un nouveau traité européen".

Gérard Bon, édité par Benjamin Massot

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