LONDRES/PARIS (Reuters) - Total a fait savoir vendredi qu'il lancerait "dès que possible" le forage de deux puits de secours dans les installations d'où provient depuis dimanche la fuite de sa plate-forme d'Elgin, en mer du Nord.

Le groupe pétrolier français a en outre estimé que les opérations de surveillance et d'interventions sur le puits concerné, dont l'exploitation avait été stoppée en 2011 après des anomalies, s'étaient faites dans le respect des procédures en vigueur.

"On va commencer le forage des puits dès que possible", a déclaré lors d'une réunion avec la presse Michel Hourcard, directeur développement de la branche exploration et production de Total et porte-parole technique sur l'incident d'Elgin.

Interrogé sur la durée de l'opération, il a jugé "raisonnable" le délai de six mois auparavant évoqué par Total.

Michel Hourcard a également indiqué que le groupe envisageait d'injecter en parallèle de la boue dans le puits d'où provient la fuite de gaz.

Total va forer deux puits de secours par Eric Albert

Philippe Guys, directeur général de Total exploration-production au Royaume-Uni, avait auparavant indiqué lors d'une conférence de presse à Aberdeen, en Ecosse, que le forage de puits de secours pourrait démarrer d'ici 7 à 10 jours.

Michel Hourcard a de son côté rappelé que l'exploitation du puits d'Elgin d'où provient la fuite avait été arrêtée depuis "un peu plus d'un an" après la constatation d'une "anomalie dans les conditions de production".

"Il y a eu au début du mois de février (2012) une deuxième anomalie qui s'est produite dans les enregistrements de pression (...), ce qui nous a amenés à dire qu'il s'était passé probablement quelque chose qui nous amenait à intervenir", a-t-il ajouté.

SITUATION "STABLE"

Total a alors démarré un "abandon" du puits, qui consiste à y injecter de la boue, procédure qui était en cours lorsque la fuite a été constatée le 25 mars.

"Les opérations de 'monitoring' et de plan d'action sur ce puits ont été bien faites, il n'y a pas eu de non respect des procédures. A partir du moment où il y a eu des anomalies, on s'est mis en sécurité", a déclaré Michel Hourcard.

Une source syndicale a cependant dit que des employés de Total sur la plate-forme d'Elgin avaient mis en garde le groupe contre les risques de fuite avant que celle-ci ne survienne mais s'étaient vu répondre que l'incident ne "pouvait pas se produire".

Total étudie en outre différentes solutions qui permettraient d'éteindre la torchère de sa plate-forme, où la situation reste selon lui "stable".

Il songe notamment à arroser la torchère de la plate-forme -soit par hélicoptère soit par navire anti-incendie- ou encore à procéder à une purge à l'azote afin de la priver d'oxygène.

La torchère, qui permet de réduire la pression sur la plate-forme qui a été évacuée, ne peut pas être éteinte à distance et expose à un risque d'inflammation des volutes de gaz qui s'échappent dans l'atmosphère en provenance de la fuite, à une centaine de mètres de distance.

Total et les autorités britanniques ont qualifié de "minimaux" les risques potentiels pour l'environnement de ce nuage de gaz et d'une fine nappe de pétrole qui s'est répandue sur les eaux en surface. Des experts des questions environnementales ont toutefois estimé qu'à faible distance le "cocktail" de gaz serait soit inflammable soit toxique.

Selon le ministère britannique, la torchère constitue un facteur de risque tant qu'elle reste allumée même si le vent pousse le nuage de gaz dans la direction opposée et que cette situation météo devrait continuer dans un avenir prévisible.

"Total a assuré le gouvernement que la plate-forme est conçue de manière à ce que la torchère soit située à un endroit où les vents dominants éloignent le gaz", a indiqué le ministère britannique de l'Energie.

La fuite semble provenir d'une formation rocheuse située dans la partie supérieure du puits et de ce fait, a ajouté Total, le volume de ce gaz provenant de cette étroite formation, qui n'est pas un réservoir en production du champ d'Elgin, est difficile à évaluer.

Les experts internationaux qui conseillent Total n'ont pas encore formulé de recommandation définitive pour procéder au colmatage et aux réparations, selon le ministère.

La fuite de gaz, qui s'est déclarée dimanche, a contraint Total à évacuer les 238 personnes qui travaillaient sur la plate-forme d'Elgin, à environ 240 kilomètres au large d'Aberdeen.

Benjamin Mallet et Muriel Boselli à Paris, Oleg Vukmanovic et Karolin Schaps à Londres, édité par Jean-Michel Bélot

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.