C'était le 11 mars 2011. Suite à un tsunami, plusieurs réacteurs entrent en fusion à la centrale atomique de Fukushima. Deux ans après, de nombreux Japonais souhaitent l'arrêt du nucléaire dans l'archipel. Une demande qu'on retrouve aussi en France.

manifestation antinucléaire à tokyo, deux ans après fukushima
manifestation antinucléaire à tokyo, deux ans après fukushima © reuters

Ils étaient des milliers à défiler dimanche dans les rues de Tokyo, demandant au gouvernement nippon de renoncer à l'énergie nucléaire. 24 heures après, c'est le jour anniversaire du tsunami, cette catastrophe qui en a entraîné une autre, encore plus grave, à la centrale atomique de Fukushima.

Depuis, la totalité des 50 réacteurs nucléaires du Japon ont été fermés pour évaluation des risques, et deux seulement ont été remis en service. Mais la victoire électorale en décembre du Parti libéral-démocrate (PLD) et l'accession au pouvoir de Shinzo Abe inquiètent le camp des antinucléaires, car Abe est favorable à leur réouverture si elle ne présente pas de risque pour la sécurité.

Shinzo Abe affirme que le Japon ne peut pas sortir du nucleaire s'il veut maintenir son rang de troisieme puissance economique au monde. Explications de Frédéric Charles.

La fusion de réacteurs à la centrale de Fukushima Daiichi, due à la panne du système de refroidissement, a entraîné l'évacuation de 160.000 habitants de la région et la mise en place d'une zone d'exclusion dans un rayon de 20 km autour de la centrale, et a contaminé durablement l'environnement terrestre, atmosphérique et maritime. Cette catastrophe a déclenché des manifestations parfois importantes dans un pays où l'habitude n'est guère de descendre dans la rue pour afficher ses opinions.Deux ans après la catastrophe, provoquée par un séisme exceptionnel, de magnitude neuf sur l'échelle de Richter, le Japon a toujours fort à faire pour remettre en état la région touchée, dans le Tohoku (nord-est de Honshu). Le séisme et le tsunami ont fait plus de 15.000 morts et des milliers d'autres personnes n'ont toujours pas été retrouvées.

Reportage au coeur du réacteur, avec Frédéric Charles, notre correspondant à Tokyo.

"Il devient de plus en plus important pour nous de manifester. Je le fais pour mes enfants. On ne peut pas leur léguer ce chaos que représente l'énergie nucléaire", déclarait une Japonaise de 32 ans, mère de deux enfants, venue défiler devant le ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie en scandant: "Halte au nucléaire! Protégez nos enfants!" Selon un sondage récent, 70% des Japonais sont partisans d'un abandon du nucléaire à terme. Une proportion équivalente soutient Shinzo Abe, alors même que celui-ci milite pour une relance des réacteurs à l'arrêt.

Une action collective contre Tepco

Aujourd'hui, des centaines de victimes de l'accident nucléaire de Fukushima ont saisi la justice japonaise pour exiger de Tepco, la société exploitante de la centrale gravement endommagée par le tsunami du 11 mars 2011, qu'elle accélère les travaux de décontamination. Environ 800 personnes ont décidé de se joindre à cette action collective intentée le jour même du deuxième anniversaire du séisme. Les plaignants ont demandé au tribunal du district de Fukushima de décider d'imposer à Tokyo Electric Power (Tepco) une astreinte de 50.000 yens (environ 400 euros) à verser par personne et par mois jusqu'à ce que la région affectée par les rejets radioactifs retrouve son état d'avant l'accident, ont indiqué leurs avocats.

La plupart de plaignants sont de la région même de Fukushima, mais certains viennent des préfectures voisines.

Et en France ?

La catastrophe de Fukushima a évidemment marqué les esprits bien au-delà des frontières nippones.

Imaginer l'inimaginable

Pour Jacques Repussard, le directeur général de l'IRSN, l'institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, Fukushima a montré la vulnérabilité des réacteurs nucléaires aux catastrophes naturelles. il faut donc faire les investissements pour éviter que celà arrive.

Jacques Repussard

Samedi, une chaîne humaine a rassemblée 20.000 personnes à Paris (4.000 selon la police) pour réclamer l'arrêt du nucléaire français.

Parmi les manifestants, Denis Baupin, député Europe-Ecologie-Les-Verts de Paris, est inquiet pour les enfants et les générations futures de la région de Fukushima.

Europe Ecologie les Verts demande justement un audit complémentaire "indépendant et pluraliste", au plus vite, afin d'évaluer le coût d'éventuels accidents nucléaires en France.Une demande qui fait suite à un rapport confidentiel de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) qui date de 2007, et selon lequel le coût de base d'un tel accident serait de 760 milliards d'euros et pourrait aller, dans une situation extrême, jusqu'à 5.800 milliards d'euros.Début février, ce même institut avait fait part d'un chiffre bien inférieur, estimant qu'un accident similaire à la catastrophe de Fukushima au Japon pourrait coûter à la France 430 milliards d'euros.

"Ce chiffre (...) démontre la folie du pari nucléaire et la pertinence de la revendication des écologistes sur une sortie du nucléaire", a écrit dimanche dans un communiqué Pascal Durand, le secrétaire national d'EELV.

La France compte 58 réacteurs en activité et neuf prototypes, dits de première génération, sont à l'arrêt. Un 59e réacteur doit être mis en service en 2016 à Flamanville (Manche), où le chantier du premier réacteur français de troisième génération accuse quatre ans de retard et des surcoûts importants.

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