Depuis les révélations sur des fichiers volés à la HSBC par le journal le Parisien, Genève est devenue une « parano city »

Le siège de la HSBC se trouve tout près du pont des Bergues, à deux pas des bords du lac Léman. Ses voisins sont des confrères, Crédit agricole, UBS, Crédit Suisse, un peu plus loin la BNP.

Quelques employés, la trentaine, sortent sur le trottoir le temps d’une pause cigarette. Les visages se figent lorsqu’on leur propose de parler de l’atmosphère qui règne ici depuis un mois. Hervé Falciani travaillait-il bien ici ? «Nous n’avons pas le droit de vous parler ». A l’accueil, les deux agents en service bottent en touche : « il y a 8 ou 9 bâtiments HSBC dans Genève et les services informatiques ne sont pas là » . Dix minutes plus tard, un dirigeant genevois contacté la veille appelle, renseigné sur la petite discussion que nous venons d’avoir sur le trottoir. « Oui il y a bien sûr eu des consignes de discrétion vis-à-vis de la presse. Nous faisons l’objet d’un audit lancé par le siège à Londres (…) nous ne savons même pas comment il s'y est pris ! Une faille ? Falciani évoquait au départ des fax qu’il aurait interceptés et maintenant, qu'il a pénétré le système, c'est très très différent, oui depuis un mois nous revoyons toutes nos procédures de contrôle en particulier de tous nos IT et nos consultants » .

Il n’y a pas qu’à la HSBC que la situation a viré à l’obsession du contrôle et de la surveillance.

Un peu plus loin, aux Acacias, l’autre grand quartier des banques qui regroupe de nombreux services informatiques, ce n’est pas mieux. Deux jeunes cadres refusent poliment de s'exprimer sur le sujet : « pas de commentaires » .Un informaticien de l'une des très grandes institutions de gestion de fortune, Pictet, raconte hors-micro que le niveau de parano était déjà élevé et que donc les choses n’ont pas foncièrement changé. Un cadre d'UBS (banque qui nage elle-même en plein scandale de pratiques favorisant l’évasion fiscale sur le sol américain) répond en souriant que la Suisse a connu des temps meilleurs. Alors qu’à l’UBS, c’est un directeur américain qui a tout balancé, dans l’affaire HSBC c’est un Franco-italien qui s’est enfui avec son ordinateur. « Dans les années septante quand j'ai débuté, il n'y avait pas de collègues américains, français ou autres... Une des conséquences de ce genre d'affaire, c'est que l'on risque de revenir à des modes de gestion du passé, y compris sur le personnel employé. » Finalement, un banquier français installé depuis 25 ans à Genève accepte de décrire la situation actuelle : « une paranoïa totale » .

Un banquier anonyme (Emmanuel Leclère)

Au retour, dans le tramway qui mène vers le quartier de la gare où se trouve notre hôtel, nous interrogeons un banquier, la quarantaine, manteau noir, coupe de cheveux impeccable, qui a fini plus tard que la majorité de ses collègues. Il ne souhaite pas non plus parler de l'affaire Falciani : « En fait cela ne m'a pas intéressé» , dit-il en montrant ses écouteurs qu'il souhaite vivement remettre. Durant le trajet, il jette un œil sur un livre de poche qu'il sort de son cartable en cuir. Nietzche, L'antéchrist.

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