Pourquoi y a-t-il eu autant d'interpellations à Paris ce samedi, lors du quatrième week-end de mobilisation des "gilets jaunes" ? Près de 800 arrestations au total, plus de 500 gardes à vue, c'est beaucoup plus que samedi 1er décembre.

Des gendarmes arrêtent un manifestant à Paris, en marge d'une manifestation des "gilets jaunes".
Des gendarmes arrêtent un manifestant à Paris, en marge d'une manifestation des "gilets jaunes". © Maxppp / Fred Dugit

Samedi midi dans la capitale, il y avait déjà plus d'interpellations que sur toute la journée de mobilisation des "gilets jaunes" le 1er décembre. Près de 800 arrestations au total, plus de 500 gardes à vue et pour certaines d'entre elles avant même que les manifestants n'arrivent à Paris, ces chiffres sont records. Mais quelle explication à ces interpellations (très) nombreuses ?

Arrestations préventives et massives dès samedi matin

Des arrestations "préventives" ont eu lieu dès samedi matin tôt et de façon massive. En effet, en prévision de la journée de samedi, le procureur de Paris avait pris des réquisitions pour autoriser les contrôles d'identité, la fouille des sacs et des véhicules. Ainsi, dans la capitale, des contrôles ont été organisés dans les gares, sur des péages avant Paris et sur les grands axes. 

Ainsi, les policiers et gendarmes ont pu confisquer les matériels de protection (masques de ski ou de plongée) et les objets qui pouvaient servir d'armes (marteaux, batte, boules de pétanque). Dans ces cas là, les détenteurs ont été placés en garde à vue. Certaines vont pouvoir déboucher sur des poursuites pour "participation à un groupement en vue de la préparation de violences contre le personnes ou de destructions de biens" ; des faits passibles d'un an de prison et 15 000 euros d’amende.

Des objets saisis lors de contrôles aux péages.
Des objets saisis lors de contrôles aux péages.

Travail de renseignement

Il y a eu aussi ces derniers jours des interpellations liées à des enquêtes en cours pour des menaces ou appels à la haine sur les réseaux sociaux, de personnes d’extrême-droite ou d’extrême-gauche notamment. "Les services de police judiciaire ont travaillé pour confondre les auteurs d'exaction et de menaces, interpellés tout au long de la semaine et au petit matin", a expliqué samedi à la mi-journée Laurent Nuñes, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur dans le journal de 13 heures de France 2. Au total, "29 meneurs, membres de l'ultradroite ou de l'ultragauche ou de la frange radicalisée des gilets jaunes" ont été interpellés, a-t-il précisé.

"Dissocier les manifestants des casseurs"

C'est un dispositif exceptionnel, qui était donc déployé ce samedi, par l'ampleur des moyens mobilisés et son organisation. 89 000 policiers et gendarmes dont 8 000 à Paris, deux fois plus que la semaine dernière. "Le ministre de l’Intérieur nous a demandé de nous adapter, dans le dispositif et les procédures. Il y a eu des interpellations ce matin, L'idée est vraiment de dissocier les manifestants pacifiques que nous allons encadrer des autres qui peuvent être hostiles" expliquait ce matin Camille Chaize, porte-parole de la Police nationale, invitée de France Inter. 

Un dispositif "novateur"

Le dispositif était, en plus, "très novateur" selon David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la Police nationale. Novateur, pour son caractère "dissuasif et offensif" expliquait-il à la mi-journée sur France Inter : "Cet effet dissuasif et préventif montre que plus on écarte de gens qui sont là pour commettre des exactions, plus on écarte la foule venue pour des intentions honnêtes de manifester de pouvoir le faire dans le calme". Il assure que tout l'arsenal juridique était présent pour respecter la loi et que toutes les interpellations ont été faites dans les règles du code pénal. "Sur la base des réquisitions légales, nous avions le droit de fouiller véhicules et personnes et de les interpeller lorsque l'on trouvait des armes ou l'arsenal pour participer à une manifestation". 

Alors y a-t-il eu trop d'interpellations ce samedi ? "C'est un chiffre élevé en rapport avec ce qu'il s'est passé le 1er décembre mais une partie de la bonne gestion de cet l'événement réside dans la manœuvre judiciaire mise en oeuvre depuis ce matin" a estimé sur France Inter Bertrand Cavalier, ancien général de Gendarmerie, ancien commandant du Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier en Dordogne. "Le dispositif a été mieux construit que la semaine précédente. Il a été réalisé dans la profondeur, en amont, dans les péages et sur les autoroutes, certaines gares. Il y a eu plusieurs milliers de personnes contrôlées. Tous ces individus qui auraient pu constituer un noyau très violent n'ont pas pu agir. La chaîne judiciaire a été déclenchée pour traiter les interpellations. et justement le dispositif était offensif pour aller à l'interpellations."

Un dispositif vivement contesté 

Sur de nombreux groupes Facebook, comme "La France en colère !!!", l'une des plus importantes communautés du mouvement des "gilets jaunes", de nombreux messages reprochent au gouvernement le nombre d'interpellations. "Aucun message du président, rien, à part des violences des forces de l'ordre. C'est inadmissible" écrit par exemple Melissa. "Garde à vue pour avoir un masque à gaz pour se protéger, dictature", s'indigne Angélina.  

Capture d'écran de la page Facebook "La France en colère !!!"
Capture d'écran de la page Facebook "La France en colère !!!" /
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