les Verts prononcent trop de mots à la seconde et crient trop fort. Ah, la gauche, elle la tient sa victoire, dans deux ans, si proche, elle la touche du doigt ! elle est tellement prête à gagner qu’elle ne va pas gagner. La peur de gagner. Ou plutôt l’incapacité. Elle a tout : les sondages, l’extrême gauche révolutionnaire réduite à zéro, le dégoût du président sortant, crédible sur rien. Elle a donc tout pour perdre. Contrairement à ce que serinent les caciques de gauche à longueur de temps, il ne suffit pas d’un programme, qui n’existe pas encore, mais qui pourrait bien exister – rêvons - il faut aussi des hommes. La politique est autant une question d’amour que de raison. Il faut désirer voter pour des hommes ou des femmes. Et la présidentielle est particulièrement une « incarnation », amen. L’ont bien compris le grand dadais de Villepin et son grand-père Juppé, qui entendent soudain incarner le gaullo-bonapartisme colbertiste conservateur républicain solide et bien élevé, face aux anarchistes libéraux bourrés de fric et vulgaires de la bande à Sarko. Sarko, fut élu en 2007 parce qu’il était calme face à la fausse colère de Royal, et qu’on ignorait qu’il dédaignât les convenances. Il est malpoli de pleurnicher au nom de Guy Moquet après s’être vautré en slip de bain sur le yacht de Bolloré. Eric Besson, qui voudrait tant qu’on l’aime, le malheureux, qui quémande de la confiture compassionnelle et se tartine de ridicule dans une tribune de Libé, est typiquement de la bande des grossiers personnages et des castagneurs de la récré : « Je t’attends à la sortie pour te casser la gueule », quelle classe ! Tapie en son temps, représentait la castagne. Les énervés ne sont pas un modèle d’homme politique dans une démocratie, surtout dans un pays en crise Et à gauche ? Qui sont les énervés ? Les bouillonnants ? Les Verts. Ecoutant un débat sur Inter à propos des affaires Guillon Zemmour ou participait la jeune députée européenne Karima Delli, que je connais ni d’Eve ni d’Adam, mais que j’imagine jeune et enthousiaste, je songeais que Karima Delli était jusqu’aux ongles la militante des verts telle qu’on l’aime, labourant le terrain, connaissant tous les coins et recoins de son terrain de chasse aux électeurs, courageuse, désintéressée, active, une vraime femme politique moderne, l’antithèse de l’apparatchik, comprenant tellement bien les problèmes posés par l’écologie que l’expression de ces problèmes sortait comme un torrent, un trop plein de sa bouche, un trop plein d’énervement qui la conduisait à des lapsus incommensurables du genre : « le bouclier fiscal coûte 14 milliards d’euros. » Gloup ! On se contentera de quelques centaines de millions, c’est déjà pas mal. Les Verts ont un problème d’expression orale – et c’est à l’oral que se gagne une présidentielle : ils en savent trop et en disent trop et trop vite pour nos humbles oreilles, un peu comme Besançenot déverse trop de révolution à la seconde pour que ce soit supportable. Ce que disait Karima Delli, était, au sens strict, inaudible. Or les Verts doivent incarner le progrès tranquille. S’ils sont pour la décroissance, ils doivent arriver à expliquer que la décroissance est une avancée, un progrès de l’humanité, ce qui n’est pas simple (ou alors ils tombent dans le réflexe Lévy-Strauss, pas tout à fait antipathique il faut l’avouer : « la terre postérieure à la découverte de l’Amérique ne me plaît pas ; j’aurais aimé vivre avant le capitalisme »). Les Verts sont assez à l’aise dans des discours d’ingénieurs à la Cochet. Ils doivent s’emparer du discours du progrès techique (oui, oui mes amis ! mes amis ennemis comme moi de la « technoscience » ; je sais, l’expression progrès technique est assez laide, mais il faut la dompter !) et ce discours du progrès pourra s’ajouter à celui de la gestion assez bien incarné par la rondeur François Hollande ou la calvitie de Didier Migaud. Si Mélenchon parvient à tenir le cap, récupérer les Braouzec et Zarka qui quittent le PC, la clef du scrutin est chez les écolos. Vont-ils ou non aller à la présidentielle, en solo ? Ou vont-ils préférer l’option Cohen-Bendit qui consiste à abandonner la présidentielle au PS en échange de circonscriptions législatives ? L’option deux est préférable. Mais dans le premier cas, s’ils peuvent proposer un discours de progrès et apaisé (mais apaisé au sens premier : pas trop de mots à la seconde, pas trop de décibels, et pas trop de beuglements mamériens), c’est gagné. Après avoir récupéré la liberté à travers le libéralisme, la droite a récupéré le progrès à travers la réforme. On ne récupérera pas à gauche la réforme avec des coups de menton et des hurlements.

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