Grande politique malade Borloo s’en va, Fadela Amara est virée. Elle dit qu’elle a pu mesurer à son poste « les limites que constitue le poids de l’inertie et du sectarisme » Ah oui ? C’est en soutenant la politique sécuritaire du gouvernement qu’on en mesure le sectarisme ? Borloo, lui, part de son plein gré, amer certes, humilié sans doute, mais avec une ombre de plume de panache. Il ne participera pas à ce gouvernement qui n’a qu’une fonction : faire réélire son patron. Pourquoi ? Pour le faire réélire. oui, mais pour quoi faire ? Pour survivre dans les ors de la République en fonçant de temps en temps dans la foule avec sa voiture bruyante entouré de ses flics. Comme Chirac est resté au pouvoir des années pour rien, sinon pour survivre comme politicard (1) ? Pour foutre en l’air l’Etat providence aussi, mais surtout, essentiellement, pour ça. Pour rester. Sarko avait bien imaginé se refaire une virginité avec le G20 (« c’est moi le cacou, chef des grands qui va faire s’entendre les grands entre eux ») mais comment imaginer que le G20 ait pu ne pas échouer ? qui a intérêt à ce que le G20 réussisse, à part Sarko, pour des raisons de pure politique intérieure, et qui s’est piteusement enfui sans prononcer d’allocution de cloture ? Dans la tempête, chacun pour soi. Le traité de Westphalie (1648) a consacré l’émergence des nations et la domination des pouvoirs séculiers sur l’idéologie religieuse : fini la guerre au nom de Dieu, désormais ce sera au nom de la patrie. Quelques carnages plus tard, une nouvelle religion met à bas la puissance des nations : la religion du commerce et de l’argent. La religion du capital. La religion de la croissance – c’est pareil. Le problème du capital est qu’il est à double face : tantôt il utilise sa nation comme socle et fournisseur d’armes (la protection contre la concurrence, les droits de douanes, la fiscalité avantageuse, les commandes publiques) tantôt il lutte contre sa propre nation pour croître. Ainsi le capital américain (Wall Mart, Nike, les autres...) a tout intérêt à ce que la Chine, qui l’enrichit prodigieusement, reste puissante et finalement lamine l’Amérique. Mieux vaut travailler se dit le marchand pour 1,5 milliards d’individus que quelques centaines de millions. A Séoul ce n’était pas Sarko, Merkel, Obama et Juin Tao qui bavassaient, mais Renault, Siemens, Ford et Juin Tao. La grande force de Juin Tao c’est qu’il est toujours lui. Sarko est tantôt tantôt Monsieur Renault, qui brule de se tirer de France et de ruiner son pays, tantôt Monsieur le bistrotier de la Place de la République. Devant ces contradictions que fait l’homme politique ? Il politicarde. Il surnage, survit, anguille et frétille pour conserver son poste, et si possible pour gravir un échelon de plus. Chaque génération offre un homme politique de valeur, peut être deux. En France Mendès, De Gaulle. En Espagne Adolfo Suarez. Et regardez ce gouvernement d’une tristesse politicienne à pleurer, tous ces vieux chevaux qui suivent à l’écurie le bourgeois de la Sarthe et Monsieur et Madame Alliot Marie ! Avec tous les jeunes vieux chevaux, encore plus usés que les vieux, tellement appliqués à mastiquer l’avoine qu’on vient de leur jeter, les Lefebvre, les Apparut... L’abbé Chatel, Lemaire le poète avec ses rimes en langue de bois, « rien vierge vers à ne désigner que la coupe », rien, rien, rien. On doit respirer en quittant ces gens. Borloo respire. Il a du se jeter un godet bien frais, du muscadet d’après nos infos, avant de regarder du coté des écolos. Justement Europe écologie et les Verts fusionnaient à Lyon. José Bové, Eva Joly, Daniel Cohen Bendit, Cécile Duflot et les autres, Jean-Paul Besset, Dominique Voynet essaient-ils de faire une politique différente ? Déjà elle est plus simple, délestée de cette pseudo grandeur et de cet apparat de religieux confits dans la solennité de leur propre importance, où l’on perçoit la vérole sous les soieries. Rêvons de politique plus fraîche, plus directe, plus citoyenne osons le mot, de politique qui ne soit pas le fait d’une caste, de rentiers du suffrage universel, de gabelous du bulletin de vote... Qui osera un référendum, et quel référendum à gauche ? Un vrai référendum, pas un référendum où les gens votent non alors qu’on leur dit de voter oui, et à qui on dit ensuite : « vous avez voté non, mais c’est comme si vous aviez voté oui, circulez » ? Rien n’est rance comme la politique en France : des journalistes font passer le crachoir à des politiques qui leur repassent après quelques postillons et qui récupèrent ensuite. Et les citoyens regardent les aller-retour, comme au tennis. Le couvercle politique devient insupportable. En 68, c’était les oreilles de Peyrefitte qu’on ne supportait plus, aujourd’hui c’est le dentier de MAM. Encore deux ans de MAM à se taper ! Remets moi un muscadet, Léon. PS: Baroin refuse de faire passer dans la loi budgétaire des amendements votés à l'unanimité par les députés!! Or le vote de l'impôt est l'acte démocratique par excellence. C'et un déni de démocratie. Après ça, on peut toujours se vanter de laisser la Commission des finances à l'opposition! Remarque: si les députés de la majorité avaient eu un peu de courage, ils auraient refusé le vote bloqué. Mais bon, on peut crier depuis son siège (ce qu'ils ont fait) mais ensuite accepter une petite entaille à la démocratie. (1) J’exagère : en quarante ans de vie publique, Chirac a tout de même fait le discours du Vél d’Hiv reconnaissant la culpabilité de la France dans la Rafle.

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