Henri Coindé est mort lundi 19 février à 85 ans. En 1996, alors prêtre de l’église Saint-Bernard à Paris, il avait ouvert les portes de sa paroisse à près de 300 migrants en situation irrégulière avant leur évacuation forcée trois mois plus tard. Une messe est célébrée ce samedi à 18h00 à l'église Saint-Louis de Toulon

Le "curé des sans-papiers" lors de l'évacuation des 300 migrants de l'église Saint-Bernard, le 23 août 1996
Le "curé des sans-papiers" lors de l'évacuation des 300 migrants de l'église Saint-Bernard, le 23 août 1996 © AFP / THOMAS COEX

Henri Coindé était un défenseur des sans-papiers, même s'il aura toujours refusé les étiquettes. Normand d’origine, il entame des études de commerce, mais sa carrière est écourtée par le service militaire. Il est envoyé en Algérie en 1958. Très marqué, il décide d’entrer dans les ordres à son retour.

En juin 1996, alors prêtre du diocèse de Paris, Henri Coindé prend une décision qui fera basculer sa vie : il décide d’accueillir les 300 migrants en situation irrégulière dans sa paroisse, située dans le 18e arrondissement de la capitale. Des familles pour la plupart qui errent depuis leur expulsion de l’église Saint-Ambroise.

Saint-Bernard, l'évacuation

Le prêtre refuse de signer l’ordre de réquisition pour permettre à la police d’intervenir. En accueillant les sans-papiers, le prêtre défie l’archevêché de Paris qui juge l'occupation "irresponsable". L'abbé résiste aussi à des menaces de mort et aux pressions de la préfecture qui veut le tenir responsable en cas de problème.

Durant trois mois, hommes, femmes et enfants ont occupé la paroisse Saint-Bernard, avant leur évacuation forcée, par un millier de CRS, le 23 août 1996. Ce jour-là, le prêtre officiait la messe dans sa paroisse. Au pupitre, le père Henri lit "I have a dream" de Martin Luther King, résigné face à la violence de l'évacuation. Face aux caméras, l’abbé retient ses larmes, alors que les policiers forcent l’entrée de l’église. 

Ces images auront marqué les esprits. L'intervention musclée est suivie par des centaines de personnes et de journalistes, événement qui a marqué l’opinion publique et lancé le débat autour des sans-papiers.

"L'étranger n'est plus un étranger, mais un frère"

Henri Coindé n’a jamais oublié Saint-Bernard. De ces trois mois d'occupation, il a écrit des anecdotes dans un journal, devenu un livre intitulé Curé des sans-papiers (Ed. Cerf), publié en 1997. Il y avait écrit : 

J'ai changé au fond de moi. Quand on me parle de l'immigré, il n'est plus là-bas, mais il est là [...]. L'étranger n'est plus un étranger, mais un frère.

Le reportage de Sébastien Sabiron

1 min

Le reportage de Sébastien Sabiron

Par Sébastien Sabiron

Le prêtre s'était retiré dans le Var pour sa retraite, mais il est resté engagé jusqu'à sa mort. Dernièrement, il avait participé à l’exposition Les migrants hier et aujourd’hui dans la crypte de l’église Saint Louis, à Toulon. C’est dans cette église qu’une messe est célébrée en son souvenir ce samedi à 18h00.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.