Intrigues politiques, recherche du salut, inexpérience…les raisons d’abdiquer sont nombreuses.

Dans les annales de la papauté, il n’existe qu’un cas de refus de porter la tiare : celui du cardinal Hugues Roger (1293-1363), frère du pape Clément VI et évêque de Tulle. Camerlingue du Sacré Collège, il est élu à sa grande surprise à la mort d’Innocent VI en 1362. Pourquoi refuse-t-il son élection ? Pour des raisons bassement économiques . Propriétaire d’un immense patrimoine, il préfère poursuivre ses achats somptuaires pour enrichir ses domaines plutôt que de connaître les affres de la sauvegarde de lachrétienté ! Des papes - très peu nombreux - ont, en revanche, démissionné durant leur pontificat. A cela, deux raisons principales. D’abord, il y a les démissions résultant d’intrigues politiques : c’est le cas du duc Amédée VIII de Savoie . Souverain pieux et éclairé, il fonde le prieuré de Ripaille près du Lac Leman, en 1410. Il est élu pape en 1440 sous le nom de Félix V. Il accepte sa nouvelle fonction après moult hésitations. Mais, vite désabusé par les intrigues de la Curie, et soucieux de son salut, il abdique en 1449 . Intrigues et abdications successives marquent le « drôle » de règne de Benoît IX (1012-1056) :il sera pape àtrois reprises entre 1044 et 1048, après avoir perdu puis reconquis son titre à la suite de soulèvements populaires et de rivalités entre de grandes familles aristocratiques romaines.

Ensuite, il y a l’abdication motivée par l’inexpérience.

et …l’attrait d’une vie plus spirituelle. Le cas le plus célèbre, et là encore unique dans l’histoire, est celuide Célestin V. Pietro del Morrone (1215-1296) est le moine bénédictin qui fonda l’ordre des Célestins. En 1294, après deux ans de vacance du siège papal, les cardinaux vont chercher cet ermite de 84 ans qui vivait dans une grotte isolée. Sa réputation de sainteté ne lui fut d’aucune utilité pour gérer les affaires de ce monde. Aussi, conscient de son inexpérience politique, il abdiqua cinq mois après . Son successeur, Boniface VIII, de peur que son aura soit instrumentalisée par ses ennemis, l’incarcéra au château de Fumone, en Campanie, où le vieux moine mourut deux ans plus tard avant d’être canonisé en 1313.

Habemus Papam
Habemus Papam © le Pacte

Intrigues politiques, inexpérience, recherche du salut : l’inventaire des raisons qui poussèrent des papes à démissionner ou à y penser ne serait pas complet sans citer la maladie. Le postulateur de la cause de béatification de Jean-Paul II, Slawomir Oder révèle dans un livre (le Vrai Jean Paul II, Presses de la Renaissance) que Karol Wojtyla, diminué par la maladie, avait envisagé de démissionner. En 1989, il avait écrit en ce sens, une lettre où il prévoyait de « renoncer » à ses fonctions « en cas de maladie, qui (l’)empêche d’exercer suffisamment les fonctions de (son) ministère apostolique ». Cette disposition ne fut jamais appliquée grâce à la volonté du pape polonais qui mourut à la tâche, avec la dignité et le courage qu’on sait.

Jean-Paul II aurait-il crée une jurisprudence destinée à ses successeurs ?

En 1996, il promulgua la constitution apostolique Universi dominicigregis pour moderniser le rituel de l’élection. Mais l’article 86 délivre un véritable code de conduite au cardinal élu qui serait tenté de refuser le choix de ses pairs : « Je prie celui qui sera élu de ne pas se dérober à la charge à laquelle il est appelé, par crainte de son poids, mais de se soumettre humblement au dessein de la volonté divine. Car Dieu qui lui impose la charge le soutient par sa main, pour que l’élu ne soit pas incapable de la porter ; Dieu qui donne cette lourde charge est aussi Celui qui l’aide à l’accomplir, et Celui qui confère la dignité, donne la force, afin que l’élu ne succombe pas sous le poids de la mission. » Un poids sous lequel, tel le roseau de la fable, le pape peut plier mais ne jamais se rompre.

Extraits de l'article d'Olivier Tosseri, paru dans La VIe le 14 avril 2011.

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