Toutr Eiffel - Union européenne
Toutr Eiffel - Union européenne © y.caradec

PARIS, 21 septembre (Reuters) - François Hollande et Angela Merkel célèbrent samedi l'amitié franco-allemande au château de Ludwigsburg, où l'union bancaire européenne et le projet de

fusion entre EADS et BAE devraient constituer le plat de résistance de leur déjeuner de travail. Organisée en mémoire d'une visite du général de Gaulle dans cette ville baroque du Bade-Wurtemberg, la rencontre permettra surtout au président et à la chancelière d'accorder leurs violons à un mois à peine du Conseil européen du 18 octobre. Au-delà des discours sur la jeunesse faisant écho à celui prononcé par Charles de Gaulle en septembre 1962, l'essentiel se passera en coulisses entre les deux dirigeants qui ne se sont pas vus depuis le visite-éclair de François Hollande à Berlin, le 23 août.

Aux copieux dossiers européens s'est ajouté le projet de mégafusion entre les groupes EADS et BAE

appelé à faire naître le plus gros groupe mondial de défense et d'aéronautique. Le gouvernement allemand a prévenu vendredi qu'aucune décision n'était attendue à Ludwigsburg sur ce dossier, une déclaration qui a pesé sur le titre EADS, avec une clôture en baisse de 0,91% à 25,70 euros.

Au menu de la réunion Hollande-Merkel, par Lise Jolly

Une source proche des négociations a cependant qualifié la position allemand de "bluff", Berlin et Paris n'ayant pas les mêmes cartes dans la partie en train de se jouer. L'Etat français détient en effet une participation directe de 15% dans EADS tandis que les intérêts allemands sont portésnon pas par l'Etat allemand mais par Daimler, même si Berlin prévoit de racheter une partie de la participation du constructeur.

De manière plus générale, les analystes pensent que Berlin veut saisir l'opportunité d'une éventuelle fusion EADS-BAE pour rééquilibrer le rapport de forces. La France risque toutefois être réticente à faire de trop importantes concessions en la matière en échange d'une position commune.

Pour compléter le tableau, l'Allemagne et la Grande-Bretagne se méfient toujours de qui constitue à leurs yeux l'interventionnisme français. Une autre source proche du dossier a de son côté déclaré que Daimler voyait d'un oeil critique la valorisation retenue dans le cadre du projet de fusion entre EADS et BAE Systems, ajoutant que le constructeur ne manquerait pas de le faire savoir. SUPERVISION BANCAIRE

L''autre grand dossier en cours, la future supervision bancaire européenne, ne devrait pas non plus connaître des progrès fulgurants lors du sommet. France et Allemagne peinent à trouver une position commune sur la création de cet instrument qui vise à rompre l'interdépendance entre les banques et les gouvernements endettés, un cercle vicieux qui a exacerbé la crise. Partisan de cette réforme dès le sommet européen de juin dernier, Berlin a mis en garde depuis contre une mise en oeuvre trop hâtive, s'inquiétant de perdre son droit de regard sur les nombreuses banques régionales et coopératives allemandes.

Alors que Paris plaide pour une supervision de la totalité des quelque 6.000 banques de la zone euro, Berlin souhaite la limiter aux grandes banques dites systémiques, dont la faillitemettrait en péril la finance européenne.

Angela Merkel a jugé lundi "improbable" qu'un superviseur bancaire unique soit opérationnel en Europe dès le 1er janvier 2013, ce qui constitue pourtant un souhait de la France.

Les deux Etats devront aussi rapprocher leur position sur le projet de fusion entre les groupes d'aéronautique et de défense européen EADS et britannique BAE Systems, dont l'annonceintempestive a pris de court les dirigeants politiques.

De l'avis du ministre français des Affaires européennes, Bernard Cazeneuve, il reste "énormément d'obstacles techniques à lever" avant que Paris et Berlin donnent leur feu vert. Selon des sources allemandes, les discussions au niveau des conseillers techniques des deux pays sont en cours depuis jeudi mais le dossier n'est pas assez avancé pour l'instant pour permettre d'arrêter une position commune.

La France, qui ne souhaite pas à l'heure actuelle se retirer du capital, juge cruciale la question de la gouvernance tout comme celle du cantonnement de certaines activités militaires hautement stratégiques. OPTIMISME

Sur le front de la crise de zone euro, ces derniers jours ont été marqués du sceau de l'optimisme avec des nouvelles rassurantes pour les dirigeants européens et les marchésfinanciers.

La cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe a ainsi autorisé le nouveau Mécanisme européen de stabilité (MES), la Banque centrale européenne (BCE) a présenté une politique derachats d'obligations souveraines et les partis pro-européens ont remporté les élections législatives néerlandaises.

Quant à l'Espagne, qui pourrait se décider à demander officiellement l'aide de Bruxelles, elle a réussi à lever de la dette sur les marchés à des taux en forte baisse. Du baume au coeur pour le président français, qui a multiplié les rencontres avec les dirigeants européens depuis son arrivée au pouvoir, en mai.

Malgré de nombreuses rencontres, le socialiste François Hollande et la conservatrice Angela Merkel n'ont pas encore forgé une relation personnelle étroite capable de reconstituer un axe franco-allemand aussi fort que celui qui liait François Mitterrand à Helmut Kohl, par exemple.

"On est dans une période d'ajustement et comme la crise est très forte, il n'y a pas beaucoup de temps", juge un diplomate français qui constate toutefois une "nette amélioration". Vue d'Allemagne, la vision européenne du successeur de Nicolas Sarkozy reste encore mystérieuse. La France n'a pas clairement répondu à l'appel à constituer une fédération d'Etats-nations lancé par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ni au bond en avant fédéral proposé par Angela Merkel.

Parfois critiqué pour laisser l'initiative à ses partenaires, François Hollande juge nécessaire un renforcement de l'intégration européenne mais campe sur ses positions autour du concept encore flou "d'intégration solidaire".

(Avec Catherine Bremer et Tim Hepher, édité par Yves Clarisse) REUTERS

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