hollande se pose en héritier du "réformiste" mauroy
hollande se pose en héritier du "réformiste" mauroy © reuters

"Réformisme" et "rigueur". François Hollande a revendiqué ce matin l'héritage politique de Pierre Mauroy, adressant un signal politique à sa turbulente majorité lors de la cérémonie d'hommage à l'ancien Premier ministre de François Mitterrand.Le président français a salué la fidélité aux idéaux socialistes mais aussi le "réalisme" dont a su faire preuve l'ancien maire de Lille. Le chef de l'Etat a cité "le sérieux budgétaire, le blocage des prix et des salaires, les restructurations industrielles". Ces décisions difficiles, à peine deux ans après l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir, lui "coûtèrent", "mais il sut prendre ces décisions parce qu'il les savait non pas inévitables, mais nécessaires pour reconvertir, redresser et repartir".

Confronté à des difficultés économiques qui ne sont pas sans rappeler celles auxquelles la France faisait face en 1983, le chef de l'Etat a semblé répondre à ceux qui critiquent sa politique économique et sociale jugée pas assez à gauche :

Pour Pierre Mauroy, réformer ce n'était pas renoncer, c'était réussir. Réformer, c'était se défaire de l'illusion des mots pour passer à la vérité des actes. Réformer, ce n'était pas céder à la réalité mais la saisir à la gorge pour la transformer

Critiqué par son aile gauche pour une politique économique jugée sociale-démocrate et faisant la part belle à l'austérité, François Hollande a défendu la politique de Pierre Mauroy, seule à même de réussir le changement selon lui.

La rigueur, c'était la condition pour poursuivre les réformes, le changement

François Hollande a également rappelé l'implication de Pierre Mauroy dans la politique européenne : "Il avait surtout compris que le destin de la France passait par l'Europe, que faire cavalier seul pourrait finir dans une cavalcade sans lendemain".

Le reportage de Cyril Graziani

Ce double message sur le réformisme et la rigueur intervient à quelque jours d'une convention nationale sur l'Europe du Parti socialiste qui risque d'être tendue. Le texte soumis par la direction du PS à ses militants a obtenu près de 90% des voix mais la gauche du parti conteste ces résultats.

Une première version du document sur la construction européenne avait jeté le trouble entre Paris et Berlin : il dénonçait "l'intransigeance égoïste de la chancelière Merkel" et prônait la confrontation politique avec l'Allemagne. Le texte a été édulcoré mais n'en appelle pas moins à la "confrontation avec les droites européennes", accusées d'avoir "abîmé l'Europe et précarisé les Européens", notamment en imposant à l'UE une politique d'austérité.

De nombreuses personnalités politiques présentes

Autour de Gilberte Mauroy, l'épouse de l'ancien dirigeant socialiste, de nombreuses personnalités de gauche comme de droite, à commencer par les anciens Premiers ministres Michel Rocard, Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin et Edith Cresson, étaient réunies dans la cour des Invalides. Tous les membres du gouvernement étaient également présents, de même que la maire de Lille, Martine Aubry, et son père Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne et ministre des Finances de Pierre Mauroy. Plusieurs anciens ministres de François Mitterrand, comme Jack Lang, Robert Badinter ou Michel Charasse, étaient aussi présents, ainsi que les présidents de l'UMP, Jean-François Copé, de l'UDI, Jean-Louis Borloo, du MoDem, François Bayrou.

Pierre Mauroy, qui était hospitalisé dans un établissement de la région parisienne, avait été opéré d'une tumeur cancéreuse au poumon en avril 2012. Né en 1928 à Cartignies (Nord), il est nommé Premier ministre en 1981 et dirige le premier gouvernement socialiste de la Ve République jusqu'en 1984. Son passage à Matignon est notamment marqué par la semaine de travail de 39 heures, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans et l'abolition de la peine de mort.

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