par Elizabeth Pineau et Catherine Bremer

PARIS (Reuters) - En visite à Londres, berceau de la "City", François Hollande a plaidé mercredi pour une meilleure régulation de la finance européenne et souligné la nécessité d'une approche commune sur ce point avec l'opposition travailliste au Royaume-Uni.

A mois de deux mois de l'élection présidentielle en France, le candidat socialiste a reçu les encouragements du chef du Labour Ed Miliband, avec lequel il a dit son intention de préparer d'autres alternances à gauche.

"Je ne suis pas dangereux", a plaisanté en anglais l'ancien premier secrétaire du PS, qui a été accueilli à sa descente de l'Eurostar par une trentaine de militants à la gare de Saint-Pancras. "Nous devons avoir davantage de régulation, partout".

François Hollande, qui a fait de la finance son principal adversaire dans la campagne, a ensuite été reçu au Parlement par Ed Miliband, avec qui il a plaidé pour une "approche commune" vers plus de régulation et de justice en Europe.

"Je voulais venir ici à Londres pour rencontrer Ed Miliband pour dire ensemble que nous souhaitons que la croissance en Europe puisse être encouragée, stimulée et que nous avons besoin d'une Europe qui ait cette vision", a-t-il dit lors d'une conférence de presse dans le bureau de son hôte.

"Nous sommes aussi venus ici à Londres pour dire que la finance doit être au service de l'économie, doit permettre de créer de la richesse et non pas s'enrichir sur l'activité économique réelle", a ajouté le candidat.

C'est "la finance non régulée" qui est à l'origine de la crise de 2007, a fait remarquer de son côté Ed Miliband. "Nous devons réformer la façon dont fonctionne la finance et le capitalisme (...) Nous sommes deux dirigeants qui avons une approche commune même si les causes, les pays, sont différents".

Alors que la Grande-Bretagne taxe à 50% ses plus hauts revenus, François Hollande a de nouveau justifié son choix, très commenté en France, de taxer à 75% les personnes qui gagnent plus d'un million d'euros par an.

PRÉPARER LE CHANGEMENT EN EUROPE

"Moi ce que je veux, c'est envoyer un signal : que dans les plus grandes entreprises, avant de distribuer des rémunérations qui dépassent un million d'euros par an, il y ait une prise en compte de ce qu'est la réalité sociale de notre pays", a-t-il expliqué. "Cette décision de créer un taux marginal d'imposition à 75% pour les revenus de plus d'un million d'euros doit servir justement de dissuasion".

"Nous sommes dans un moment très difficile dans notre pays, de cohésion sociale et nationale, et chacun doit montrer l'exemple surtout ceux qui sont au plus haut dans la hiérarchie sociale", a-t-il ajouté.

Dans les différentes villes européennes visitées depuis l'automne, le candidat socialiste a été reçu par des leaders de gauche à Berlin et en Italie, sans obtenir de rendez-vous avec les dirigeants conservateurs en exercice comme David Cameron en Grande-Bretagne ou Angela Merkel en Allemagne.

"Je viens dans les pays européens pour rencontrer ceux qui sont les plus proches de ma démarche", a-t-il dit à ce sujet. "Nous sommes aujourd'hui dans l'opposition mais nous devons nous retrouver sur des positions communes pour demain préparer les changements dans nos pays respectifs".

Les prochaines élections en Grande-Bretagne sont prévues en 2015.

François Hollande a dit de pas être "fâché du tout" de ne pas voir David Cameron, qui soutient Nicolas Sarkozy.

"Je suis toujours heureux que les chefs de gouvernement soient gentils les uns avec les autres et M. Cameron, comme conservateur, soutient M. Sarkozy", a-t-il ironisé. "Je ne suis pas sûr que ce sera pour les Français un élément décisif quand ils feront leur choix mais ça ne m'a pas fâché du tout".

Son directeur de campagne, l'ancien ministre Pierre Moscovici, s'en est pris aux conservateurs européens.

"Nicolas Sarkozy est l'ami des conservateurs, l'ami des héritiers de (l'ex-Premier ministre britannique Margaret)Thatcher. Celui qui a leur soutien, c'est le président actuel", a-t-il déclaré à la presse. "Pour le candidat du peuple, c'est quand même un peu curieux."

Edité par Yves Clarisse

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