PARIS (Reuters) - L'ouverture d'une usine Renault géante au Maroc illustre le gouffre qui existe entre les paroles et les actes du gouvernement français qui, en tant qu'actionnaire, aurait pu l'empêcher, a déclaré dimanche François Hollande.

Le candidat socialiste à l'élection présidentielle a condamné le fait que le gouvernement ait "laissé faire".

"Quand on est au capital, on pèse", a-t-il dit sur Canal +.

"Vous vous rendez compte, l'écart entre les paroles et les actes? Au moment où se prononcent des phrases définitives sur le 'produire français', et bien voilà, un acte fait en toute impunité", a-t-il ajouté en précisant que, s'il était élu, il poserait des "règles" et exigerait "une stratégie".

Le Parti socialiste, une partie de la majorité et l'extrême droite ont fustigé l'initiative du constructeur automobile, dont l'Etat français est -à égalité avec Nissan- le premier actionnaire, avec 15% du capital.

Cette inauguration, jeudi dernier, survient alors que la défense de l'emploi industriel national est au centre de la campagne, le centriste François Bayrou parlant de défendre le "made in France", François Hollande évoquant le "patriotisme industriel" et Nicolas Sarkozy multipliant les tentatives de sauvetage de sites menacés.

Le ministre de l'Industrie Eric Besson a toutefois défendu dimanche le choix de Renault, fustigé par son prédécesseur, l'UMP Christian Estrosi, qui a parlé d'une annonce "tout à fait insupportable voire scandaleuse".

"Je trouve que c'est un mauvais procès qu'on est en train de faire à Renault et à la France en la matière", a-t-il dit lors de l'émission Le Grand Rendez-vous Europe 1/i> TELE/Le Parisien.

"On est très content quand on vend nos produits au Maroc, le TGV notamment et d'autres produits mais lorsqu'on va produire au Maroc des produits destinés au Maghreb et à d'autres pays sur une gamme sur laquelle Renault n'est pas, on s'en plaint", a-t-il expliqué. "Le procès en expatriation, délocalisation de nos talents est absurde."

Quelque 880 sites industriels ont été fermés en France depuis 2009 et environ 100.000 emplois industriels ont été perdus durant la même période, selon une étude de la société Trendeo. Pendant la même période, 494 nouveaux sites ont été créés, ce qui laisse donc un solde négatif de 385 usines en moins, dit l'étude.

Yves Clarisse

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