par Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - François Hollande a affiché samedi sa détermination à renégocier le pacte budgétaire européen pour relancer la croissance devant des dirigeants socialistes de l'Union ravis mais presque partout dans l'opposition aux gouvernements en place.

Le candidat socialiste à l'élection présidentielle veut croire que son éventuelle victoire changera la donne dans une Union européenne dominée par 21 gouvernements conservateurs.

"Je ne serai pas tout seul, parce qu'il y aura des alliés", a-t-il dit devant 1.500 personnes au Cirque d'hiver de Paris en clôture d'un séminaire intitulé "Renaissance pour l'Europe".

Mais il a dû reconnaître que, pour l'instant, les socialistes ou sociaux-démocrates n'étaient au pouvoir que dans une demi-douzaine de petits pays comme la Belgique, le Danemark, l'Autriche, la Slovénie et la Slovaquie, où ils sont d'ailleurs souvent en coalition avec des partenaires conservateurs.

"C'est trop peu et c'est ce qui doit changer, et d'abord ici en France", a-t-il dit. "Si le mouvement se lève en France, il sera irréversible dans toute l'Union européenne."

François Hollande a décliné son projet européen qui passera d'abord par une renégociation du pacte budgétaire signé début mars par 25 des 27 Etats membres de l'UE.

"Je renégocierai le traité de discipline budgétaire non pas seulement pour la France, mais pour l'Europe tout entière", a-t-il expliqué en estimant que ce texte est "à bien des égards son pire ennemi", puisqu'il ne prévoit selon lui que de l'austérité.

Sans mesures pour relancer la croissance, a-t-il ajouté, les gouvernements ne parviendront jamais à rembourser leur dette et les peuples s'éloigneront de plus en plus d'une construction européenne qui les contraindrait à l'appauvrissement.

"DÉTERMINATION ENTIÈRE"

Il prône ainsi le lancement d'euro-obligations pour financer de grands projets européens, par exemple dans le domaine de l'environnement, l'énergie et l'emploi des jeunes, l'augmentation des prêts de la Banque européenne d'investissement et l'instauration d'un taxe très large sur les transactions financières afin de financer l'économie.

Les moyens du Mécanisme européen de stabilité (MES) seraient accrus et la mission de la Banque centrale européenne (BCE), actuellement le maintien de la stabilité des prix, évoluerait pour tenir aussi compte des impératifs de croissance.

Pour donner des gages de son orthodoxie, le candidat socialiste entend respecter le volet "discipline" du nouveau traité européen afin de réduire le déficit de la France.

Il a ainsi annoncé qu'il ferait adopter dès son élection une loi de programmation budgétaire pour cinq ans dont l'objectif sera l'équilibre des comptes en 2017.

"Le traité est signé, il n'est pas ratifié, il y a donc un espace de négociation", a-t-il dit en expliquant être prêt à en débattre longtemps. "Ma détermination sera entière."

Mais les gouvernements signataires de ce traité ont dit leur refus de toute renégociation, certains l'ayant même déjà ratifié, même si quelques pays, comme l'Espagne, peinent à appliquer ses recettes en période de récession.

François Hollande risque donc de se heurter à une fin de non recevoir, notamment en Allemagne.

UN TRAITÉ "DANGEREUX" ?

Cela ne suffit toutefois pas à le décourager et le soutien qu'il a reçu samedi des socialistes européens, en premier lieu des sociaux-démocrates allemands (SPD), lui fait penser qu'il pourra obtenir gain de cause.

"Je pense que l'élection présidentielle en France et la candidature de François Hollande auront des incidences bien au-delà de la France", a dit leur président, Sigmar Gabriel, imité en cela par son homologue italien Pier Luigi Bersani.

Le Bulgare Sergueï Stanichev, le président du Parti socialiste européen, a abondé dans le même sens.

"Ce n'est pas juste ta priorité, François, c'est aussi la nôtre", a-t-il expliqué au Cirque d'hiver.

Pour le chef du groupe socialiste au Parlement européen, Hannes Swoboda, "ce traité est au mieux inutile, au pire dangereux". "Oui, il faut le renégocier."

L'espoir est clair : si le mouvement est lancé en France, l'Allemagne et l'Italie peuvent basculer à gauche et ces trois pays, qui représentent 200 des 500 millions de citoyens européens, seront suivis par de nombreux autres pays de l'UE.

Il reste que les élections italiennes et allemandes n'auront lieu qu'en 2013 et que François Hollande sera confronté dans l'immédiat à Angela Merkel et à Mario Monti, qui comptent sur une ratification rapide. Et, obstacle supplémentaire, le traité entrera en vigueur dès que 12 pays auront franchi le pas.

Pour un haut responsable européen qui est au coeur des négociations à Bruxelles, une renégociation est impossible mais un texte séparé sur la croissance peut être adopté, même si ce sera difficile à faire accepter par la gauche française.

"Après les élections, les choses ne se présenteront pas forcément de la même manière", estime-t-il.

Edité par Marine Pennetier

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