Election au Venezuela
Election au Venezuela © radio-france

par Daniel Wallis et Todd Benson

CARACAS, 7 octobre (Reuters) - Les Vénézuéliens doivent trancher ce dimanche entre la poursuite de la "révolution" mise en œuvre par Hugo Chavez, toujours populaire malgré 14 années de pouvoir, et un changement de cap radical promis par Henrique Capriles, dynamique quadragénaire.

Dans un pays profondément divisé entre partisans et adversaires de l'actuel chef de l'Etat, jamais Hugo Chavez n'avait été confronté à un tel défi dans les urnes depuis sa première victoire électorale en 1998.

A 58 ans, le charismatique président, défenseur autoproclamé des classes populaires et critique virulent des Etats-Unis, est parvenu à surmonter un cancer pour se présenter à cette élection présidentielle. Il a toutefois semblé, durant la campagne, avoir perdu une partie de son énergie passée.

De 18 ans son cadet, son adversaire a joué de ce contraste. Henrique Capriles a encore gravi samedi un sentier de montagne aux abords de Caracas qu'aiment emprunter les adeptes de la course à pied. Vêtu d'une tenue de sport et arborant des lunettes de soleil, il s'est laissé prendre en photo avec des partisans.

Gouverneur régional classé au centre, Henrique Capriles est parvenu à unifier l'opposition derrière sa candidature. Il dit vouloir s'inspirer du Brésil pour promouvoir le secteur privé tout en développant des programmes sociaux.

La polarisation politique du pays est telle que, dans les deux camps, on soupçonne ses adversaires de vouloir refuser une éventuelle défaite.

"Je demande aux acteurs politiques de gauche, de droite et du centre de se préparer mentalement à accepter les résultats de demain. Ce ne sera la fin du monde pour personne", a déclaré Hugo Chavez samedi lors d'une intervention d'une demi-heure devant des journalistes.

Dans les quartiers populaires où l'ancien parachutiste trouve ses plus fidèles disciples, ses partisans se préparaient à faire sonner clairons et trompettes dès le lever du jour pour inciter les électeurs à se rendre aux urnes.

CONCERT DE CASSEROLES

Dans les quartiers aisés de Caracas, les opposants ont pour leur part tambouriné samedi soir sur des casseroles pour manifester leur hostilité au chef de l'Etat.

Les bureaux de vote seront ouverts de 06h00 à 18h00 (10h30 à 22h30 GMT) mais des délais pourraient être accordés en cas de files d'attente.

La commission électorale a prévenu qu'elle attendrait qu'apparaisse une "tendance irréversible" pour annoncer les résultats et elle a interdit aux différents partis de revendiquer la victoire avant cette annonce officielle.

Les sondages sont interdits dans la semaine précédant le scrutin mais différentes études ont indiqué un resserrement dans les intentions de vote à l'approche de l'élection.

Grâce à la manne pétrolière, le Venezuela produisant environ trois millions de barils par jour, Hugo Chavez peut mettre à son crédit l'accès gratuit à la santé pour les familles modestes, la création de multiples universités ou encore l'ouverture de magasins d'alimentation fortement subventionnés.

Sa politique de redistribution lui a assuré une aura l'autorisant à se comparer à Simon Bolivar, le héros de libération des pays de la région au XIXe siècle.

Pour autant, les Vénézuéliens semblent aujourd'hui moins concernés par l'idéologie que soucieux de régler leurs problèmes au quotidien.

Les nationalisations ont fragilisé l'entreprise privée et donné aux apparatchiks du parti chaviste un contrôle grandissant sur l'attribution des emplois.

Les dysfonctionnements de l'appareil judiciaire et la multiplication des armes ont rendu le pays plus violent que certains autres pourtant déchirés par la guerre civile.

Les fréquentes coupures de courant attestent du gaspillage des ressources pétrolières.

Même en cas de victoire, Henrique Capriles n'aurait pas les coudées franches. L'Assemblée nationale, la compagnie pétrolière publique PDVSA et l'appareil judiciaire sont tous dominés par des partisans d'Hugo Chavez.

L'élection sera suivie au-delà de la seule Amérique latine.

Outre son hostilité aux Etats-Unis, Hugo Chavez a noué des liens avec des régimes aussi géographiquement éloignés du Venezuela que la République islamique d'Iran, la Syrie de Bachar al Assad ou la Biélorussie d'Alexandre Loukachenko.

Pascal Liétout et Bertrand Boucey pour le service français

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