Magali Drouet :

Il fallait que le contrat soit bouclé, coûte que que coûte.

Magali Drouet est la fille de Claude Drouet, chef d’équipe charpentier, tué lors de l’attentat de Karachi, qui avait en charge le bon déroulement du transfert de technologie pour la partie coque du sous-marin.

Elle revient sur les différentes alertes, avant l’attentat. « Plus on se rapproche de la date du 8 mai [2002], plus les alertes sont grandes, constate Magali Drouet. Or, curieusement, les plans de sécurité de DCN vont en décroissant ! »

__

Magali Drouet

Les salariés de DCN n’avaient pas tous les mêmes conditions de logement, et de transport. Comme le note la Mission d’information sur l’attentat de Karachi dans son rapport, « les ingénieurs habitaient des villas répartis dans Karachi et se rendaient au chantier dans une voiture avec chauffeur. Ce cas est classique dans un pays où la main d’œuvre n’est pas chère. Il a permis de les protéger car ils étaient moins facilement identifiables. Les ouvriers, pour leur part, ont logé dans différents hôtels » , avec transport en bus, ce qui, de fait, les rendaient plus vulnérables.

Pour Magali Drouet, les conditions de sécurité des salariés ont été négligées pour des raisons économiques.

Après le 11 septembre 2001, son père a été rapatrié en France, comme tous les salariés DCN, avec « des mesures de sécurité drastiques » .

Jusqu’ici, Claude Drouet disposait d’une maison, et d’une voiture avec chauffeur. A son retour au Karachi, en décembre 2001, les choses changent :« Il a demandé à pouvoir garder la maison et la voiture pour des raisons de sécurité,explique sa fille, Magali,quitte à partager la maison avec trois collègues pour diminuer les frais. On lui a répondu qu’économiquement ce n’était pas viable, qu’il allait faire comme tout le monde, aller à l’hôtel et prendre le bus. »

__

Magali Drouet dénonce « des économies de bout de chandelle pour une société qui a plus de 2 milliards [d’euros] de chiffre d’affaire par an » face à « un contrat qui devait absolument aller au bout. Même au moment de nous présenter ses condoléances, DCN a eu l’indélicatesse de nous dire que le contrat Agosta devait être terminé, coûte que coûte ! » , s’indigne Magali Drouet, pour qui les salariés de DCN ont été « sacrifiés », ce que conteste l’avocat de DCN et du Ministère de la Défense.

Magali Drouet

Magali Drouet raconte comment les syndicats de DCN ont conseillé aux familles de ne pas engager de procédure pénale sur ces questions de sécurité , et de se cantonner à une action devant le Tribunal des affaires de sécurité sociale… Or, seule une procédure au pénal aurait permis d’éventuellement poursuivre en leur nom propre des responsables de DCN.

Magali Drouet

Ecoutez la réaction de Magali Drouet

Sandrine Leclerc :

Pourquoi DCN n’a pas mieux sécurisé ses expatriés ?

Sandrine Leclerc est la fille de Jean-Yves Leclerc, mécanicien diéséliste pour DCN, lui aussi, tué dans l’attentat de Karachi.

Elle raconte l’impression étrange que lui a laissé la procédure devant le Tribunal des affaires de Sécurité sociale de la Manche condamnant DCN, comme si ce jugement avait été un peu trop facilement « offert » aux familles de victimes afin qu’elles n’aillent pas plus loin. Quatre ans plus tard, l’attentat de Karachi devenait une affaire d’Etat…

Sandrine Leclerc

Pour Sandrine Leclerc, « il y avait des mesures simples à mettre en place, comme modifier les horaires et le trajet des salariés . On se pose des questions : pourquoi même des choses qui économiquement n’auraient pas été très importantes n’ont pas été mises en place ? Nous ne voulons pas de demi-vérité. »

Sandrine Leclerc

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.