L'exécutif s'apprête à élargir les mesures sanitaires renforcées au Rhône, l'Aube et la Nièvre. Mais compte-tenu de la circulation très active du virus en France, ces mesures seront insuffisantes pour freiner l'épidémie, estime sur France Inter l'ancien directeur général de la Santé, William Dab.

Pour William Dab, la seule option est le confinement strict d'une durée de deux mois
Pour William Dab, la seule option est le confinement strict d'une durée de deux mois © Assemblée nationale

Alors que le gouvernement s'apprête à renforcer les mesures sanitaires dans trois départements supplémentaires, le Rhône, l'Aube et la Nièvre, l'épidémiologiste et ancien directeur général de la Santé, William Dab, doute de l'efficacité de telles mesures. Seul un confinement strict pourrait selon lui freiner l'épidémie.

Un confinement strict avec fermeture des écoles

"S'il s'agit de ralentir la propagation du virus, il est très peu probable que les mesures prises en fin de semaine auront un impact significatif", a-t-il expliqué ce mercredi sur France Inter. Comme de nombreux épidémiologistes et responsables hospitaliers aujourd'hui, il plaide pour une mesure encore plus radicale : "un confinement strict, incluant la fermeture des écoles".

Par ailleurs, selon lui, "vu le niveau très élevé de circulation virale, avec une moyenne de 300 nouveau cas pour 100 000 habitants par jour, et même près de 600 nouveaux cas pour 100 000 habitants en Ile-de-France", ce confinement strict devra être plus long que celui utilisé pour contrer la première vague il y a un an, à savoir "au moins deux mois".

L'exécutif a fait le choix de tenir compte de la santé psychologique des Français, mise à mal notamment chez les plus jeunes, mais aussi de la difficile acceptabilité d'un renforcement trop important des mesures, alors que certains, comme à Marseille avec le carnaval organisé dans la rue, montrent une forme de ras-le-bol. 

Pour William Dab, "d'un point de vue psychologique (…) il vaut mieux imposer des restrictions très strictes pendant une durée courte, ce qui permet de relâcher la pression, plutôt que cet état anxiogène dans lequel nous sommes depuis la fin du mois d'octobre. Nous ne sommes pas libres de nos mouvements, nous avons beaucoup de contraintes dans la vie quotidienne, ça dure et ça dure, et en plus on voit bien que ce n'est pas efficace."

"On pourrait tester les enfants deux fois par semaine"

L'épidémiologiste est très critique des décisions prises par l'exécutif depuis les premières alertes des experts scientifiques qui annonçaient la troisième vague. "Pendant tout le mois de février, on a entendu que 'chaque jour non confiné est un jour gagné'. Mais qu'est-ce qu'on gagnait ? On gagnait sur le plan économique et pédagogique, mais sur le plan de la santé, on était en train de faire des dégâts importants. Donc la logique est totalement différente de ce qui s'est passé l'année dernière, quand le président avait mis la santé en priorité numéro 1, ce n'est plus le cas aujourd'hui".

En Belgique, les autorités viennent de décider qu'à partir de la semaine prochaine, seules les écoles maternelles resteront ouvertes. Sur la question d'agir sur la contamination dans les écoles, William Dab déplore l'avis tranché de Jean-Michel Blanquer qui rejette l'idée de refermer les établissements. 

"Le ministre de l'Éducation nationale nous dit qu'il y a plus de bénéfice que de risque à laisser les écoles ouvertes. Il ne donne aucun argument à l'appui de ce jugement", lance l'ancien directeur général de la Santé."Je suis scientifique, pour juger il me faut des données. On ne peut pas bâtir une politique de prévention uniquement sur des impressions. On peut réfléchir à des stratégies alternatives, parce que dans ce genre de situation, raisonner en termes de tout ou rien est quelque chose qu'il faut mieux éviter. Je pense que l'utilisation systématique des tests permettrait de trouver une voie de conciliation. On pourrait tester les enfants deux fois par semaine."