En ces temps d’angoisse liée à l’épidémie, les fausses infos se multiplient et circulent sur les réseaux sociaux. Comment aider les enfants et les adolescents à distinguer une véritable information d’une infox ou fake news ?

Les fake news, les propos complotistes... Comment les débusquer ?
Les fake news, les propos complotistes... Comment les débusquer ? © Getty / Karl Tapales

Avec Catherine Nayl, directrice de l'information de France Inter, Rudy Reichstadt, fondateur et directeur du site de référence ConspiracyWatch.info (qui analyse de manière critique les contenus complotistes) et Thomas Huchon, rédacteur en chef de Spicee. Ils étaient réunis autour d’Ali Rebeihi dans l'émission Grand bien vous fasse. Ces spécialistes ont délivré quelques conseils pour aider les jeunes à s’y retrouver, à savoir si une information est fiable ou pas.

Un propos fiable est toujours sourcé 

Catherine Nayl : « Dans une « vraie information », il y a toujours un point de départ, ce qu'on appelle dans les écoles de journalisme, « une source ». 

L’information part toujours d'une parole, d'un propos ou d'une enquête.

Et il faut toujours la chercher dans toute information ou pseudo-information que vous voyez dans la presse ou sur les réseaux sociaux. 

Cette source, c'est « selon un invité de France Inter », « selon les journalistes du Monde », « selon une revue scientifique qui a fait paraître une étude », mais vous devez toujours savoir d'où vient cette information. 

En aucun cas, une information fiable naît d'une espèce de boucle, comme on peut le voir en ce moment où dans les périodes de crise beaucoup plus de pseudo informations circulent. Alors si vous voyez un propos qui commence par « J'ai un oncle qui connaît, un médecin m'a dit ça… », méfiez-vous ! 

Et il faut toujours que vous recherchiez ce point de départ : qui vous parle (le nom du journaliste) ? D'où on vous parle (le média) ? Qu'est-ce qu'on vous raconte (le propos) ? C'est ça qui est très important ! » 

Croiser les sources 

Thomas Huchon : « En tant que lecteur, on doit s'obliger à un certain nombre de règles, de bonnes manières que tous les journalistes connaissent : souvent croiser les sources et essayer de remonter à la parole originale, en remontant un peu ce fil de l'information, comme un saumon qui remonte la rivière, on arrive bien souvent à faire le tri entre le bon grain et l'ivraie.

Mais cela devient de plus en plus difficile parce que l'accès à l'information aujourd'hui se passe majoritairement sur Internet. » 

Prendre le temps de vérifier… et ne pas partager si on ne l'a pas fait

Thomas Huchon : 

Vérifier une information prend du temps. Donc, la première chose, c'est que si l'on n'a pas le temps de vérifier une information, il ne faut pas la partager. Il faut arrêter la propagation.

« Si on veut commencer à vérifier, il faut savoir que non seulement cela demande du temps, de la méthode, mais aussi de la méticulosité : 

Il faut commencer par chercher qui nous parle (a-t-on a une signature ?). Ensuite, essayer de voir à quel moment on nous parle (a-t-on une date ?) Et enfin, d'où vient la source : qui est celui qui a produit cette information ? Mais attention, se poser une seule de ces questions sans les autres, c’est aussi tomber dans le piège. » 

Des propos complotistes ont souvent la même forme trompeuse

Rudy Reichstadt : « On peut reconnaître ces discours complotistes, notamment parce qu’ils reposent sur un certain nombre de lieux communs. 

  • D'abord, c'est un mélange du vrai et du faux. Les vidéos complotistes que l'on a vues circuler ces derniers jours disent « attention, tout est vérifiable ! ».
  • En général, les pseudo-informations se défendent d'ailleurs de tout complotisme. 
  • Il est illusoire de penser que d'un côté, vous avez les fake-news entièrement basées sur des faux, et de l'autre, des informations qui se réfèrent à des documents authentiques. Très souvent, les infox jouent sur une ambiguïté : elles partent de documents authentiques, de vraies citations, de vrais propos, mais qu'elles interprètent mal pour en tirer des conclusions complètement erronées. C'est un mélange permanent du vrai et du faux, du vérifiable, et du spéculatif…
  • Il y a une autre chose, c'est la technique du mille-feuilles argumentatif. Le sociologue Gérald Bronner explique très bien ce terme de mille-feuilles : l'efficacité des théories du complot, c'est d'avancer un nombre très important d'arguments empruntés à des champs parfois très variés de la connaissance. Ils produisent un effet d'intimidation intellectuelle qui fait que lorsque vous y êtes exposé, vous vous dites que cela ne peut pas être faux, qu’il n'y a pas de fumée sans feu et que finalement, il y a au moins peut être quelque chose de vrai là-dedans. Et donc, le doute est instillé. Et c’est mission accomplie pour les complotistes. 
  • Il y a autre chose qui est très présent dans le discours conspirationniste, c'est le ressort de l'indignation. Ce sont des propos où on nous parle de scandales, de scandales d'État. On nous dit qu'on nous prend pour des imbéciles, etc. Il y a souvent cette rhétorique aussi du « à qui profite le crime? » "Ouvrez les yeux", "Ne soyez pas des moutons", etc.  Et une défiance très forte à l'égard des médias professionnels. 
  • Et puis, dernier point, une arrogance de l'ignorance, c'est à dire ces informations donnent le sentiment qu'on est très compétent, alors qu'en réalité, on ne l'est pas du tout et qu'on lit de travers des documents dont on a l'impression qu'on les a sortis au terme d'un travail d'investigation extrêmement scrupuleux.»

Se méfier de soi 

Il est assez difficile de sortir de sa bulle cognitive. Nous avons tendance à chercher des informations qui vont dans notre sens, qui nous confortent dans nos opinions. Et nous avons trop tendance à accorder du crédit aux informations qui vont justement dans ce sens, dans notre sens.

Thomas Huchon : « Je crois que c'est un mécanisme qui est propre à l'être humain et finalement, je crois qu'il ressort de manière très forte dans une période de crise. »

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