nouveaux affrontements à istanbul
nouveaux affrontements à istanbul © reuters

Après les violents affrontements de la nuit, la place Taksim et ses abords ont retrouvé un semblant de calme. Un calme qui pourrait bien annoncer une nouvelle tempête, avec notamment un appel à la grève générale dans le pays.

Les autorités turques ont entrepris dimanche de nettoyer la place Taksim et ses abords au lendemain de l'intervention des forces de l'ordre pour déloger les manifestants campant dans le parc voisin de Gezi, dans le centre d'Istanbul.

Confronté depuis fin mai à un mouvement de contestation inédit depuis son accession au pouvoir en 2002, le Parti de la Justice et du Développement (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a organisé un vaste rassemblement ce dimanche à Istanbul.

Plusieurs dizaines de milliers de partisans de Recep Tayyip Erdogan étaient présents, pendant que les forces de l'ordre ont continué dans l'après-midi d'affronter quelques groupes de manifestants après leur soudaine intervention la veille au soir dans le parc Gezi.

Confronté depuis fin mai à un mouvement de contestation inédit depuis son accession au pouvoir en 2002, le Parti de la Justice et du Développement (AKP) du Premier ministre a ainsi montré ses forces à quelques kilomètres seulement de la place Taksim et du parc Gezi, où campaient des centaines de protestataires depuis fin mai.

"Nous sommes la majorité silencieuse, pas cette racaille qui essaie de nous effrayer", a dit une participante, Ruveyda Alkan, interrogée parmi la foule de partisans de l'AKP, issu de la mouvance islamiste.

Évacuation de la place Taksim

Entouré d'un imposant dispositif policier, des bulldozers ont démantelé les barricades érigées près de la place Taksim tandis que des employés municipaux nettoyaient les rues du quartier, bouclé par les forces de l'ordre.

Le récit sur place d'Antoine Giniaux.

Samedi soir, la police anti-émeutes a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour disperser les manifestants rassemblés depuis plus de deux semaines dans le parc Gezi, qui jouxte la place. Quelques heures plus tôt, le chef du gouvernement avait exigé la levée de ce campement sous peine d'une évacuation de force par la police.

Après cette soudaine intervention policière, des milliers de Turcs sont descendus dans les rues de plusieurs quartiers d'Istanbul pour ériger des barricades à l'aide de barrières métalliques, de pavés et de panneaux publicitaires, tout en allumant des feux. Certains scandaient "Tayyip, démission".

Le calme est progressivement revenu en fin de nuit et les rues d'Istanbul étaient en grande partie paisibles dimanche.

Mais les manifestants n'ont pas l'intention de lâcher du lest... Et le pouvoir non plus. Antoine Giniaux.

Le gouverneur de la ville a prévenu qu'il ne tolérerait pas le rassemblement prévu dimanche après-midi sur la place Taksim par des protestataires.

Un ministre évoque des "terroristes"

"Tout appel à un rassemblement sur Taksim ne contribuera pas à la paix et à la sécurité. Dès que la situation sera redevenue stable, ils pourront continuer à exercer leurs droits démocratiques. Dans les circonstances actuelles, nous n'autoriserons aucun rassemblement", a dit Huseyin Avnni Mutlu.

A Ankara, les forces de l'ordre ont tiré dimanche des grenades lacrymogènes pour disperser des centaines de manifestants bloquant les rues du quartier de Kizilay, a rapporté un journaliste de Reuters.

Le gouvernement issu de la mouvance islamiste affirme que les contestataires sont manipulés par des organisations clandestines désireuses de semer le chaos en Turquie.

"Il y a là des groupes illégaux. Quel pays fermerait les yeux sur l'occupation d'un espace public par une organisation marginale?", a déclaré le ministre de l'Intégration à l'Union européenne, Egemen Bagis, à l'antenne de la chaîne de télévision Kanal 24.

"Ce qu'a dit le Premier ministre, c'est que les gens de bonne foi devraient se retirer et nous nous occuperons des terroristes. En ne se retirant pas, ils ont donné l'impression qu'ils protégeaient des terroristes", a-t-il ajouté.

Un syndicat du secteur public, le Kesk, a lancé un appel à la grève générale lundi à la suite de l'intervention policière de samedi soir dans le parc Gezi.

Les manifestants s'opposaient initialement à la construction dans le parc Gezi d'un ensemble immobilier imitant des bâtiments militaires de l'époque ottomane. A la suite d'une intervention policière le 31 mai sur la place Taksim, leur mouvement s'est transformé en contestation généralisée du gouvernement, accusé de remettre en cause les fondements laïques de la Turquie et de vouloir imposer un carcan religieux à la société.

Ces troubles ont terni l'image d'une Turquie démocratique et ouverte à l'économie de marché que l'AKP s'emploie à donner au monde depuis une décennie. Ils ont fait quatre morts et environ 5.000 blessés, selon l'Association médicale de Turquie.

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