L’avocat de DCN :

L’attentat était peu prévisible

Pour Bruno Labey-Guimard, l’avocat de DCN et du Ministère de la Défense devant le Tribunal des affaires de Sécurité sociale de la Manche, aucun élément ne permettait de prévoir un attentat visant les salariés de Karachi, estimant que les questions de sécurité étaient, avant tout, l’affaire des autorités pakistanaises.

« Le risque n’a pas été mal évalué, estime Me Labey-Guimard, parce qu’à l’époque il était peu vraisemblable que des ouvriers civils français qui travaillaient au Pakistan, en contribuant à son armement, puissent faire l’objet d’un attentat. La France n’apparaissait pas comme un adversaire. On pensait que les autorités pakistanaises avaient pris les mesures pour assurer la sécurité des Français, et qu’il n’y avait pas plus de risque que cela. Cela paraissait aux autorités françaises comme quelque chose de très peu prévisible. »

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Bruno Labey-Guimard

Concernant les mesures de sécurité qui auraient pu être prises par DCN (par exemple, ne pas loger les salariés à hôtel mais dans des maisons individuelles, les faire tous bénéficier d’une voiture avec chauffeur ou encore regrouper les salariés de façon sécurisé dans l’enceinte même de l’arsenal pakistanais), Me Labey-Guimard estime qu’ « il est assez commode de refaire l’histoire » , mais que « toutes ses précautions pour de simples ingénieurs, agents de maitrise et ouvriers français qui travaillaient dans un arsenal à Karachi apparaissaient disproportionnées par rapport aux risques. La France a fait confiance aux autorités de police pakistanaisesqui connaissaient mieux que nous les dangers particuliers qui pouvaient exister à Karachi. »

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Bruno Labey-Guimard

Mais comment expliquer le décalage entre les notes de DCN relayant les différentes alertes avant l’attentat et le niveau de sécurité qui ne cesse de baisser après le 11 septembre 2001 ? L’avocat de DCN et du Ministère de la Défense ne répond pas précisément sur ce point.

« Il n’y avait pas plus d’inquiétude pour les salariés DCN à Karachi que pour tout ressortissant Français , explique Me Labey-Guimard. Les salariés de DCN n’apparaissaient pas comme des cibles. On ne pouvait pas penser qu’ils étaient menacés. La sécurité des salariés n’a pas été « sacrifiée » pour que DCN respecte ses engagements.Il y a eu une mauvaise appréciation du risque.Mais de quel risque exactement fallait-il se protéger ? Les choses me paraissent complexes…Si nous avions été plus circonspects, plus exigeant, peut-être cet attentat n’aurait-il pas eu lieu. S’agissait-il seulement d’un risque terroriste ? Ce n’est, peut-être pas aussi simple. »

Bruno Labey-Guimard

Dans leurs conclusions écrites (que nous avons pu consulter) devant le Tribunal des affaires de Sécurité sociale de Saint-Lô, DCN et le Ministère de la Défense estiment que l’attentat de Karachi « est le résultat d’un acte délibéré commis par des terroristes. Ces circonstances sont étrangères à l’action de l’employeur DCN qui ne pouvait ni prévoir, ni empêcher l’attentat en question, attentat précédé d’aucune menace terroriste à l’encontre, tant des intérêts français en général que de ceux de DCN. »

Une argumentation, on l’a vu, contredite par les notes internes de DCN, ainsi que par les témoignages de Mustapha Laraich et de Philippe Cuquemelle.

Par ailleurs, DCN tient « à noter que cet attentat a été revendiqué » , sous entendu par Al-Qaida. En réalité, Al-Quaida n’a jamais formellement revendiqué l’attentat de Karachi . Le 12 novembre 2002, un enregistrement audio attribué à Ben Laden se félicite simplement de plusieurs actes terroristes, ces derniers mois, contre des Occidentaux. L’attentat de Karachi est cité, sans qu’Al-Qaida n’en revendique la paternité.

Voir l’argumentation officielle de DCN et du Ministère de la défense sur les questions de sécurité liées à l’attentat de Karachi. Il s’agit d’un extrait d’un document de 9 pages, daté du 11 décembre 2003.

Gérard Clermont :

Je n’ai rien vu venir.

Entendu par la Mission d’information parlementaire sur l’attentat de Karachi, le chef de site de DCN à Karachi, Gérard Clermont (qui était en France le jour de l’attentat), a nié avoir eu connaissance du moindre élément pouvant l’alerter sur une menace potentielle contre les salariés :

« Il y avait tellement de violence, explique Gérard Clermont. Mais rien ne laissait présager un attentat kamikaze. Je n’ai rien vu venir. (…) Nous n’étions pas inconscients, maisnous ne sous sentions pas directement menacés. Sur l’affaire Daniel Pearl, à l’époque, ce n’était pas clair. Il était présenté comme un agent du renseignement américain. L’attentat contre la chapelle chrétienne d’Islamabad m’avait beaucoup plus inquiété carj’avais l’impression que cela se rapprochait de nous. Le consulat général nous disait que nous, à la DCN, n’aurions jamais aucun problème, car protégés par la Pakistan Navy.Au Pakistan, l’armée, c’est l’Etat. Un Pakistanais n’aurait jamais attaqué l’armée. La protection de l’armée était quelque chose. On nous suivait même pendant nos soirées. »

N’était-il pas possible de modifier les horaires du bus pakistanais transportant les salariés de DCN, afin de limiter les risques d’attentat ?

Devant la Mission d’information parlementaire, Gérard Clermont jure avoir essayé de modifier les habitudes : « J’ai fait plusieurs tentatives pour changer les horaires, dit-il. J’ai une fois tenté de retarder l’horaire de retour du bus –jamais celui du matin– vous ne pouvez pas imaginer les remarques que j’ai eues sur ce sujet ! J’ai aussi essayé une fois d’avancer son départ en prévenant le personnel au dernier moment. Il y a eu également beaucoup de protestations. »

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Un témoignage vigoureusement contesté par les familles de victimes.

Gérard Clermont restera en poste à Karachi, pour le compte de DCN, après l’attentat.

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