En France, l'épidémie continue sa progression avec plus de 150 000 personnes vivant avec le VIH. Parmi elle, Sylvie et Laurent. Ils ont appris leur séropositivité à la fin des années 80.

Sylvie

Sylvie
Sylvie © Radio France

« J’étais navigatrice, je voyageais sur un voilier, j’étais heureuse, j’étais libre. En 1987, j’étais au Brésil avec mon mari quand une ancienne connaissance a appris sa séropositivité. Je n’ai fait aucun rapprochement, je ne me sentais pas concernée. C’est deux ans plus tard que j’ai découvert que j’avais été contaminée. J’étais enceinte, j’avais 29 ans. Ma première réaction a été de penser que j’allais mourir. On était en 1989, avant les trithérapies. Mon mari, avec lequel j’étais mariée depuis cinq ans était miraculeusement séronégatif. Nous avons décidé de ne pas garder cet enfant.

Les gens partaient les uns après les autres à cette époque. Et quand vous entriez à l’hôpital vous en sortiez rarement vivant. Un an plus tard, je suis retombée enceinte. J’ai mené cette grossesse à terme, tout s’est bien passé, mon fils est né le 24 décembre 1990. Il est séronégatif. C’était compliqué pour mon mari et moi, j’avais tout le temps peur de le contaminer. J’avais peur que mon fils ne devienne orphelin. Il vient de fêter ses 21 ans. C’est bien d’être encore là…

Aujourd’hui je suis dépendante d’une trithérapie. Ce traitement est arrivé à temps parce que je commençais à dépérir. En 1996, j’avais une quantité élevée de virus dans le sang et mon système immunitaire était très affaibli. On m’a mise sous antirétroviraux, je prenais vingt comprimés par jour matin, midi et soir. Maintenant, c’est seulement trois, matin et soir.

Le regard de la société a changé, les campagnes d’information ont permis de démystifier le VIH. Un peu trop peut être dans l’esprit du public, beaucoup de gens ne se dépistent pas, je vois des jeunes qui ne se protègent pas toujours… On oublie que la réalité d’un malade du sida, c’est perdre pour toujours la liberté de vivre pleinement sa vie. La vraie liberté, c’est de se protéger et de ne jamais attraper le virus. »

Laurent

Laurent
Laurent © Radio France / a

« Je suis médecin, homosexuel et célibataire. J’ai été découvert ma séropositivité l’année de ma contamination en 1987. J’avais 21 ans. Je l’ai appris seul, j’avais été faire un test dans un laboratoire, on m’a tendu un papier. Pendant deux ans, je ne l’ai pas du tout assumé, je n’étais pas capable de le vivre, de le penser. J’étais étudiant en médecine, on suivait des patients qui avaient le sida…

En 1989, après deux ans de secret, j’ai été capable d’en parler à ma famille et à mes amis. J’ai été entouré, soutenu. Certains de mes amis suivent aujourd’hui des patients gays qu’ils accompagnent merveilleusement. « On comprend le sida quand on connaît quelqu’un qui vit avec », m’a dit un jour mon beau-frère. C’est à partir de ce moment que l’on commence à réfléchir au sida, à en parler et à le concevoir. C’est ainsi que j’ai décidé de témoigner publiquement en 2009.

Je pensais que ce témoignage pour un documentaire sur le VIH resterait confidentiel, mais j’ai ensuite été invité sur le plateau du magazine de la santé. Mes proches ont eu peur des conséquences pour moi, mais aussi pour eux. Je l’assume, et pourtant je redoutais la réaction de mes confrères. Mon frère me disait : « tu vas avoir des procès, tu devras mettre des gants pour soigner tes malades ». Rien de tout cela n’est arrivé, au contraire.

Je l’ai fait en me disant que je n’avais pas le choix, trop de copains sont morts, trop de gens souffrent et se cachent. Je voulais que cela soit plus facile de faire son annonce car je pense que le secret rend malade. Je l’ai dit pour que les personnes vivant avec le VIH puissent en parler plus facilement, pour que les gens réalisent que tout le monde peut être séropositif. C’est important de se protéger, quoi que dise un partenaire, séropo, c’est pour la vie.

Jérôme, 37 ans est séropositif depuis 10 ans par Marie Mutricy

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