Des milliers de personnes ont entamé dimanche une marche pour "la VIe République" de la place de la Nation à La Bastille, à Paris, à l'appel de Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de gauche à la présidentielle.

Les sympathisants du député européen, qui a créé la surprise de la campagne en atteignant des scores de 10% à 11% dans les sondages, entendent faire une démonstration de force en ce jour anniversaire du soulèvement de la Commune.

L'équipe de campagne espère réunir 30.000 personnes pour cette "marche du peuple" destinée à amplifier la dynamique créée autour du Front de gauche, une coalition rassemblant le Parti de gauche, les communistes et plusieurs petites formations.

Au fil de sa progression dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon a gagné en appétit et rêve aujourd'hui de talonner le candidat socialiste François Hollande.

"Dix pour cent, ça a été un seuil. Si on passe devant François Bayrou (candidat du MoDem) ce sera un autre seuil. On a pas l'intention d'en rester là", a dit au départ du cortège son directeur de campagne, François Delapierre.

Deux cents cars et huit trains ont acheminé de toute la France des sympathisants portant le badge "VIe République". Jean-Luc Mélenchon devait prendre la parole en fin d'après-midi place de la Bastille.

En tête du cortège, ont pris place des ouvriers en lutte, comme ceux de Fralib, ArcelorMittal ou des 3 Suisses, marchant aux cris de "résistance". De-ci, de-là fusaient des "Sarkozy dégage" visant le président sortant.

Des salariés suivaient un grand éléphant de carton-pâte donné par un cirque aux salariés de Fralib, qui fabriquent le thé Lipton et les infusions Eléphant à Géménos, près de Marseille.

"LE PEUPLE EN MARCHE"

Des manifestants portaient des bonnets phrygiens, d'autres des bouquets de mimosa, symbole de luttes du mois de mars dans plusieurs pays du sud de l'Europe.

Rejetant les accusations de passéisme lancées notamment par l'UMP, les animateurs du Front de gauche estiment faire une campagne totalement inédite. D'autres meetings à "ciel ouvert" sont prévus à Toulouse et Marseille.

"C'est le peuple qui se remet en marche. Nous, on leur dit 'prenez le pouvoir'", a dit Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste.

François Delapierre espère qu'un peu partout en France des sympathisants du Front de gauche sortiront des salles de meeting pour "prendre pacifiquement la rue".

Bien que la progression de Jean-Luc Mélenchon, qui "mord" sur le PS et chez les écologistes, commence à poser des problèmes au candidat socialiste François Hollande, ses partisans défendent l'idée d'un vote utile.

Le principal succès de Jean-Luc Mélenchon est d'avoir, sur la lancée des régionales et cantonales de 2010 et 2011, réussi à fédérer la gauche antilibérale, qui était très émiettée lors des scrutins de 2002 et 2007.

L'ancien socialiste a également bénéficié du retrait d'Olivier Besancenot, l'ancien leader du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) qui a laissé la place à Philippe Poutou, un candidat moins charismatique.

La bouillante personnalité et les qualités de tribun du candidat à l'écharpe rouge lui ont ensuite permis d'entamer une montée continue qui, espère-t-il, lui permettra de peser sur un futur gouvernement de gauche si François Hollande devait l'emporter.

Il estime que ses thèmes s'installent dans la campagne depuis que François Hollande a proposé d'imposer à 75% les revenus supérieurs à un million d'euros et Nicolas Sarkozy de taxer les exilés fiscaux.

"Ca donne une centralité à ma campagne. Le pire pour moi aurait été d'être coincé dans un coin et de ne pas pouvoir en sortir", a-t-il dit au journal Le Monde.

Gérard Bon et Chine Labbé, édité par Patrick Vignal

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