Julliard et Ferry partent en bateau. Julliard tombe à l’eau... Julliard Jacques Julliard, le pépé du Nouvel Obs, centriste mouduculisé au déodorant Rosanvallon découvre tout à coup que le « marché », qu’il révérait depuis trente ans, depuis le tournant delorien de la rigueur sous Mitterrand, n’apporte pas le bonheur plein de ouatures et d’i-pods qu’il imaginait, et permet simplement à une minorité de se gaver : le marché, le nom propre, aseptisé du capitalisme, transforme le monde en bidonville, détruit la nature aux prix de quelques chinois accédant à la bagnole, et surtout se marie parfaitement avec la dictature, ce qui, pour un démocrââââââââte, pue des pieds. Julliard découvre que le néocapitalisme, c'est-à-dire la finance toute puissante, a permis aux actionnaires de prendre le pouvoir sur les gestionnaires ; or les gestionnaires « pouvaient avoir le sens de l’intérêt général » : en français, l’entrepreneur pouvait être bon, comme Ford le nazi, dont l’antisémitisme a été toujours occulté, mais qui pensait à bien payer ses ouvriers pour qu’il lui achète ses bagnoles ; ou comme Berliet le collabo, qui équipa la Wermarcht pour transporter ses troupes vers Moscou tandis que Renault lui fournissait les tanks, parce que ça créait des emplois. Ainsi la figure de l’actionnaire méchant s’opposerait à celle de l’entrepreneur gentil, innovateur et faiseur de progrès pour l’humanité et la classe ouvrière (Schumpeter, Keynes, plus près de nous Artus, ou le bon industriel Beffa, ex patron de Saint-Gobain, qui vilipendait les fonds de pension), acceptant une forme de régulation, ainsi qu’un contrat social type social-démocrate ou Etat-providence. Le néocapitalisme (la finance donc), dit Julliard, a réintroduit « son pouvoir de classe dans sa nudité ». La lutte des classes quoi... Putain ! On mollit pas au Nouvel Obs’ entre deux pubs pour BMW ! Evidemment le capitalisme a toujours, toujours été financier avant que d’être autre chose (depuis que des armateurs financent des pirates pour ramener de l’or et des esclaves), sauf pendant la période d’après-guerre, dite des Trente Glorieuses, où le diable avait été remis très provisoirement dans sa boîte : de 44 à 72, le marché monétaire international avait disparu, suite aux accords de Bretton Woods. Ca ne pouvait pas durer, et ça n’a pas duré. Toujours sinon, des crises boursières et financières ont succédé aux crises boursières et financières. Le capitalisme financier est-il en contradiction avec le capitalisme industriel ? Non. Croire que les méchants spéculateurs ont obligé les gentils entrepreneurs à aller chercher de la main-d’œuvre bon marché en Chine, lesquels se sont exécutés de mauvaise grace, est en deça de la sottise crasse. Croire qu’une entreprise n’est pas capable de gérer simultanément des profits financiers et industriels, et jouer tantôt sur un tableau, tantôt sur l’autre, n’existe que dans la tête de Julliard. Jamais la marchandise – les ouatures et les i-pod – n’a servi à autre chose qu’à accumuler de l’argent. « L’argent est la forme ultime et éternelle de la marchandise » et le procès de production, qui préfère utiliser du chinois que du français trop peu servile et trop protégé en matière de santé et de retraite, n’est qu’une étape dans l’accumulation d’argent. Argent, marchandise, plus d’argent. Le hege-fund, qui emprunte pour racheter une boîte, tailler dans le gras, délocaliser, et revendre trois ans plus tard (durée moyenne de propriété pour un hedge-fund) fait simplement cracher de la productivité à une main-d’œuvre qui n’en crachait pas assez. Le hedge-fund est aidé 1) par la banque centrale (Trichet) qui lui file du cash quasi-gratos à tire larigot et 2) par le système fiscal international qui lui permet d’échapper à l’impôt en consolidant les activités des boîtes qu’il restructure (excédentaire) et sa la boîte mère déficitaire (emprunteuse d’argent). Et Julliard de s’étonner que les gouvernements ne soient pas plus « régulateurs », ouaf ouaf ! Lagarde, avocate d’affaires, régulatrice ? Sarko, avocat d’affaires ? Copé, avocat d’affaires ? Ouaf ! Le seul qui ait envie de se cogner la finance en ce moment, c’est Obama. Pourquoi ? Mystère. Roosevelt aussi en son temps se la prit bille en tête. Donc Julliard a raison de vouloir nationaliser le crédit : c’est le point de départ. Ou, comme disait Wyplosz, peu suspect d’être de gauche, mais conscient que les financier et les industriels qui leur sont acoquinés sont dangereux pour l’humanité : « faire une législation qui dégoûte les banquiers d’être banquiers ». Ferry Ferry a lu son « ami Julliard ». Il lui répond dans Libé, et il est d’accord sur tout ! Il est d’accord pour nationaliser les banques. Il a compris l’essence du capitalisme, dont la métaphore est le vélo : tu pédales, de plus en plus vite, ou tu te casses la gueule (et tu finis quand même par te casser la gueule, ça s’appelle la crise économique). Il est d’accord pour dire que la marchandisation totale du monde est en marche. Comme il est anti-communiste (comme Julliard) et anti-écolo (comme Julliard) il pense (comme Julliard) qu’une régulation au niveau mondiale par l’ONU transformée en gourvenement sarko-obamo-merkelo-centriste lui permettra de continuer d’écrire dans le Figaro et de toucher les miettes et les prébendes que lui refileront les grands patrons du CAC dans les croisières où il fait des ménages avec Julliard. Ouaf ! Ouaf ! Malheureusement pour Julliard et Ferry, le bateau avance vers l’Iceberg de la Nature ? Boum ! Plus de matières premières, plus d’eau, plus d’air à respirer ! Julliard et Ferry sautent dans le premier canot de sauvetage, tandis que l’humanité se noie. Ainsi finit l’histoire.

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