L'ancien ministre du Budget qui a "demandé pardon", juge "infiniment peu problable de revenir en politque".

"La gravité de cette faute ne me permet pas de rester parlementaire". C'est par ces mots que Jérôme Cahuzac a annoncé mardi soir sa démission de son mandat de député de la troisième circonscription de Lot-et-Garonne. Il évoque "sa part d'ombre".

Interrogé sur BFM-TV, Jérôme Cahuzac s'exprimait pour la première fois depuis ses aveux de fraude fiscale devant la justice et le scandale qui a suivi.

Jérôme Cahuzac s'explique

La présidence de l'Assemblée nationale a fait savoir qu'elle n'avait pas reçu sa lettre de démission mardi à la mi-journée. Contraint de quitter le gouvernement après l'ouverture d'une information judiciaire, Jérôme Cahuzac, 61 ans, était autorisé par la loi à reprendre son siège dans un délai d'un mois à compter de sa démission, c'est-à-dire d'ici au 19 avril.

A propos de son compte en Suisse, Jérôme Cahuzac a déclaré :

Le président François Hollande, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et la plupart des dirigeants socialistes l'ont enjoint d'y renoncer, jugeant un tel retour inconcevable et indécent après la tourmente provoquée par l'affaire. D'ailleurs, Jérôme Cahuzac demande pardon au président, au Premier ministre et à Pierre Moscovici, réaffirmant leur avoir menti.Tout en ajoutant, sur le chef de l'État : "J'ignore quel était son degré de connaissance de cette affaire".

L'ancien ministre du Budget a également déclaré:

Pour comprendre, il faut comprendre qu’en refusant cette part d’ombre on est dans l’irrationnel, on se ment à soi même avant de mentir aux autres. Quand j’y pensais, je tentais de repousser cette vérité qui me gênait tant. Quand on m’a proposé le poste de ministre du Budget, j’aurais du avoir la force d’âme et la lucidité de refuser à cause de la part d’ombre. Je ne l’ai pas fait je le paye au prix fort.

jérôme cahuzac démissionne de l'assemblée nationale
jérôme cahuzac démissionne de l'assemblée nationale © reuters

Carine Bécard a suivi cette interview de 28 minutes

Sur BFM-TV, Jérôme Cahuzac a ajouté,

Toute ma vie politique personnelle et familiale a toujours été en totale contraction avec ce que le FN a pu ou pourrait préconiser. Philippe Péninc je l’ai rencontré pour des raisons familiales, nous avons sympathisé et c’est à lui que j’ai demandé d'ouvrir un compte.

Il a, à nouveau, reconnu détenir 600 000 euros sur un compte en Suisse, mais a nié posséder tout autre compte, écartant ainsi la rumeur d'un placement de 15 millions d'euros.

Jérôme Cahuzac a ainsi déclaré:

Ce compte n’a jamais servi à financer des campagnes du PS. C’est une rumeur comme sur les 15 millions. Toutes les rumeurs ne sont pas fondées, loin s’en faut.

A propos de la procédure judiciaire qui l'attend, l'ancien ministre a déclaré:

Après ma démission du gouvernement, je comprends qu’il faut cesser avec cette situation malsaine qui fait que je me consume de l’intérieur depuis janvier, à cause de cette contradiction interne que je ne supporte plus. J’ai le sentiment que seule la vérité permettra d’être en accord avec moi-même et avant même d’aller voir les magistrats je renonce à tout recours. Les juges je les ai vus et revus. L’épreuve judiciaire à venir, je veux l’affronter le plus sincèrement possible et je réserve toutes les informations aux juges d’abord.

Sur le risque pénal qu'il encourt et l'éventualité d'une peine de prison, Jérôme Cahuzac a déclaré:

Je le ferai quand même. Si je surmonte cette épreuve, je saurais me reconstruire et peut-être mériter l’amitié de mes amis.

Pourtant, dans tout ce mea culpa, l'ancien ministre n'a pas un mot renvoyant à un délit pénal.

Une manière de se protéger ? Les explications Sara Ghibaudo.

Interrogé sur sa situation morale et le risque de suicide, Jérôme Cahuzac s'est ainsi exprimé:

Je comprends la colère de mes amis et de ceux qui me faisaient confiance et c’est pour ça que leur colère est si vive. J’espère que le temps ou la colère passé viendra le moment ou le jugement sera moins dur et qu’on evrra ce que j’ai pu faire dans mon travail. Il faut bien que je m’accroche à quelques espérances. Le plus triste : faire souffrir ceux que j’aime avoir mis le désordre dans le pays, avoir déçus ce que j’aime ? Mais dans toute cette détresse, il y a une rare joie : des amis m’ont conservé leur affection malgré leurs mots très durs. Il me faut en être digne de l’amour de celles et ceux qui continuent à en éprouver pour moi. Dans les jours très noir il est banal de se poser des questions fondamentales, et puis il y a pour tenter de rattraper cette faute la nécessité de me relever et d’affronter le plus dignement possible l’éprouve judiciaier et l’assumer.

Le monde politique "scotché" devant l'interview

Au PS, on souffle après cette annonce du renoncement de Jérôme Cahuzac. Pas question pour les socialistes de le voir revenir au Palais Bourbon, comme l'explique le président de l'Assemblée Claude Bartolone : selon lui l'ancien ministre a pris "la seule et bonne décision".

Ce mardi à l'Assemblée, les députés socialistes ont suivi avec attention l'intervention de Jérôme Cahuzac. Marion Lagardère.

Jean-Marc Ayrault, lui, n'a pas regardé "jusqu'au bout" l'intervention de Jérôme Cahuzac, il l'a dit sur France Inter ce mercredi matin.

Pour le Premier ministre , il y avait "un côté pathétique" dans ce mea culpa de son ancien ministre.

A droite, on considère que ce mea culpa ne lève pas toutes les interrogations. "Lorsque Jérôme Cahuzac dit qu'il ignore lui-même le degré de connaissance par François Hollande de sa situation, ça en dit long sur l'incertitude", explique le patron de l'UMP Jean-François Copé.

Une incertitude que relève aussi l'ancien président de l'Assemblée, Bernard Accoyer.

Pour le député FN Gilbert Collard, il y a peut-être là une volonté de "dégager ses amis de la situation dans laquelle il les a plongés".

Michel Gonelle, ancien maire de Villeneuve-sur-Lot et détenteur de la bande audio à l'origine dce la chute de Jérôme Cahuzac, juge lui cette intervention "sincère, voire parfois émouvante", malgré le caractère "gravissime" de son mensonge.

Une élection partielle en Lot-et-Garonne

La démission du député implique la tenue d'une élection partielle en Lot-et-Garonne. Son suppléant, Jean-Claude Gouget, qui l'a remplacé au siège de député de la 3e circonscription lorsqu'il avait été nommé ministre du Budget, n'est en effet pas autorisé, de par la loi, à se maintenir.

Vers la création d'une commission d'enquête parlementaire

La commission des Lois de l'Assemblée nationale a adopté mardi la proposition de résolution initiée par l'Union des démocrates et indépendants, UDI, afin de créer une commission d'enquête sur l'action du gouvernement dans l'affaire Cahuzac. Elle sera débattue le 24 avril dans l'hémicycle.

Cette commission s'intitule désormais "commission d'enquête relative aux éventuels dysfonctionnements dans l'action du gouvernement et des services de l'Etat entre le 4 décembre 2012 et le 2 avril 2013 dans la gestion d'une affaire qui a conduit à la démission d'un membre du gouvernement".

L'UDI voudrait que le député Charles de Courson (UDI) soit rapporteur de cette commission. Mais, le nom du député PS Alain Claeys circule également, selon plusieurs sources parlementaires.

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