Journal intime 14 Luce La pin Luce me demande un texte sur les cochons... Que dire, sinon que j’aime les cochons. Ils ont les yeux vicieux de Johnny Halliday, la queue tordue de Pelloux, le poil soyeux de Catherine, les oreilles d’Honoré. Pas plus facile à dresser qu’un cochon. Il est calme, silencieux. Aucun animal n’est aussi propre, si on lui donne un gîte correct. Son nez en prise électrique est craquant. Très simple à nourrir. Un cochon de lait est beaucoup plus attendrissant qu’un nouveau-né et les éleveurs de truies en batterie et hors sol sont des porcs. Tout ça pour vous conseiller le livre de Châtelet (Exils) « Vivre et penser comme des porcs ». Dany, le keynésien vert. Candidat vert dans le 10°, j’avais fait un débat avec Dany Cohen-Bendit. Il y avait une chance sur un million que nous portions la même veste pied de poule Kenzo : nous portions la même veste pied de poule Kenzo. Dany expliqua pourquoi la drogue devait être en ventre libre. J’expliquai, la crise mondiale, la Taxe Tobin, l’Humanisme, la Fraternité et l’Utopie mondiale. Dany est plus concret. En juin 44, tout le monde était coco et résistant. Aujourd’hui, tous keynésiens. S’ils savaient ! l’euthanasie du rentier, la nationalisation de la terre et du sous-sol, la décroissance... Mais peut-être sont-ils vraiment pratico-kéynésiens : le cul, le fric, les amis, les livres. « Mon seul regret ? Ne pas avoir bu plus de champagne » (Keynes) Pigasse Mathieu, le n°2 de Lazard, qui rachète les Inrockuptibles sur ses deniers personnels ! Mathieu Pigasse, le seul mec a suivre tous les feuilletons les plus débiles à la télé tout au long de ses nuits blanches, et à connaître merveilleusement les rouages de la finance. Mathieu vous expliquerait très simplement pourquoi les banques américaines remboursent soudain 68 milliards de dollars (une goûte d’eau) à l’Etat qui les a abreuvé : parce qu’elles espèrent payer leurs dirigeants comme elles l’entendent. Et recommencer leurs affaires. En Europe, seul Londres s’oppose farouchement à la mise en place d’une système régulation trans-national et au retour de règles comptables moins « autorégulatrices » que la « fair-value » qui impose de faire confiance au marché au jour le jour. Les bonnes négociations sur le secret bancaire avec le Luxembourg, l’Autriche et la Suisse montrent que l’Europe – sauf Londres – est sur la bonne voie. Virer les Anglais ? Et les Irlandais en prime ? Piketty et le partage Qui lire en éco ? Daniel Cohen, Piketty, Lordon pour ses imprécations pro situationnistes (« La crise de trop », Fayard, est un modèle), sinon Karl Marx, qui reste une bonne base. Piketty arrive un mardi par mois dans Libé, et il a toujours une bonne idée macroéconomique. Il y a un mois il montrait un truc drôle (aussi drôle que puisse être une remarque économique) : comment les banques centrales et particulièrement la BCE, à qui il est formellement interdit de prêter aux Etats ou à une quelconque administration, tournent la chose en prêtant massivement aux banques privées qui prêtent aux administrations. « Les banquiers vous prendront toujours pour des bœufs », dirait Pigasse en feuilletant les « Inrocks » et revisionnant « Hélène et les garçons ». Mardi dernier, Piketty, grand spécialiste de l’analyse à long terme des inégalités, revient sur le rapport Cotis, commandé par Nicolas Sarkozy au directeur général de l’Insee. Ce rapport traite du thème du partage de base dans une société, le partage salaires profits, le partage entre les salariées et les propriétaires du capital. On observe des choses surprenantes : la relative stabilité de la part des salaires, plus faible qu’il y a vingt ans, masque une inégalité croissance, un appauvrissement des salariés du au fait notamment qu’ils payent les impôts et les cotisations sociales que ne payent plus les riches. En vingt ans, le salaire moyen n’a pas bougé. Bon, rien de bien neuf. Voila le neuf. On suit les profits bruts, alors qu’il faudrait suivre les profits nets. Profit net = profit brut moins amortissement. Et oui, camarades ! Le capital se déprécie continuellement, et avant de faire de nouveaux investissements, ceux qui permettront de vous embaucher, camarades, il faut amortir, remplacer les équipements engagés. Or les amortissement représentent beaucoup, près de la moitié des profits bruts. Lorsqu’une entreprise fait 100 euros de profit, d’emblée elle en gèle cinquante pour le remplacement du matériel. Ces cinquante sont comptabilisées en charges, donc par d’impôt dessus, lequel impôt tape le profit net. Après avoir payé l’impôt, les entreprises rémunèrent leurs actionnaires. Et s’il reste quelque chose, elles achètent du matos que vous ferez travailler de vos petites mains, ô camarades aux mains calleuses pleines de cambouis et d’espoir socialiste ! Et il ne reste rien. Les entreprises donnent tout aux actionnaires, en dividendes. Elles donnent même plus qu’elles n’ont : l’épargne nette des entreprises est négative. Qui finance l’accumulation du capital, qui permet de vous employer, ô nobles camarades ? l’épargne nette des ménages, autrement dit, vous, pauvres nases ! C’est bien la moindre des choses que vous payiez les machines sur lesquelles vous suez, pendant que vos patrons payent leurs financiers où rémunèrent leurs actionnaires. « Les entreprises se sont mises à distribuer à leurs actionnaires plus de profit qu’elles ont en caisse » (Piketty). J’adore. Nota bene : En économie, la seule question qui vaille, comme disait mon pote Ricardo, c’est le partage salaires-profit. Le reste, bull shit. En bref... Hadopi retoqué par le Conseil constitutionnel. Albanel, ma pauvre fille... Tapie ne dit pas non au Club med, tandis que SOS racisme met les mains dans la confiture, pour racler quelques milliers d’euros. Quel rapport ? Quand on vole, on vole en grand, camarades, et on se fait payer par l’Etat au terme d’un procès. Titre de Libé : « Révélations sur l’affaire Bettencourt ». Après la dernière page sur Christophe de Margerie, le patron de Total, que nous réserve Libé ? Ca fait vingt ans que je braille que je vais me désabonner de Libé, et tous les matins je le lis pour brailler que je vais me désabonner. Les agriculteurs veulent bloquer les grands surfaces. Même les bouseux commencent à comprendre. Tiens ! Et s’ils saccageaient le bureau de Borloo au passage ? (Le saccage du bureau de Voynet, jamais digéré.) La bonne nouvelle de la semaine : les pays riches modèrent leurs déchets. La mauvaise : au niveau mondial les déchets progressent. Heureusement qu’on les stocke au Sud.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.