Journal intime d’un économiste en crise 11 Philippe Après tout, c’est un journal intime, donc je peux dire que j’ai un lumbago en ce moment et que j’aime Philippe. Philippe est un mec doué. Il comprend vite, il lit comme un malade, il est incroyablement drôle – plus que Labarde, qui pourtant me fait crever de rire, ou que Charb, pas mal dans son genre caca-cucul – je pense qu’il aurait pu faire la carrière de dix Guy Bedos. Dix. En plus, il n’est pas aigre, il ne le sera jamais, comme tout les gens que le monde étonne. Il a choisi la « pensée » par excès. Moi j’ai choisi la « pensée » par défaut : je n’étais pas bon au piano, ni au ski ni au tennis, ni avec les filles, donc je lisais des bibliothèques, comme dans la Nausée : je prenais les auteurs par ordre alphabétique. J’en suis à W, Max Weber. Philippe a introduit l’éco dans « Charlie ». Génial, non ? Claude Soula, du Nouvel Obs, m’a demandé si je comprenais pourquoi tant de gens n’aimaient pas Philippe. Non, désolé, ça m’échappe. Christophe de Margerie « Libé » m’étonnera toujours. Hier une couv’ sur Philippe Val et un portrait vachard, et aujourd’hui une quatrième dythirambique sur Christophe de Margerie, le patron de Total, le mec le plus inintéressant et le plus nuisible de la terre, qui fricote avec la racaille birmane, rase des forêts et employe du travail forcé, fait sauter AZF, mazoute les cotes françaises, vire des salariés après 14 milliards d’euros de profit, mais assume, assume, assume ! Il assume, quoi ! Quel courage ! Besson assume, Hortefeux assume, Aussaresse assumait lui aussi, quel courage tous ces gens qui assument !! Il raconte des histoires de cul - qui visiblement plaisent à la salariée de Libé faisant son portrait - et boit du Lagavulin (oh, quelle classe chérie, mais quelle classe, bien tourbé le Lagavulin, chérie ? ). Il a pas fait l’ENA, parce qu’il a pas voulu. Hi-hi ! Mais qu’on lui augmente son salaire à ce type, qu’on le double, qu’on vote une taxe spéciale Margerie-Mazout pour lui permettre de gonfler sous sa suffisance idiote parfumée au Lagavulin ! Libéralisme Il faut trouver un mot pour ne plus utiliser « libéralisme ». Capitalisme est un peu connoté, sent le coco, ou le méchant qui veut le dépasser (j’en suis). Donc la Commission européenne vient de sanctionner Inter (1.06 milliard d’euros) pour pratique anti-concurrentielle. Inter, qui détient 76% du marché des microprocesseurs, faisait des ristournes aux fabricants d’ordinateurs. Le concurrent d’Intel est AMD (23% du marché). Il faisait des ristournes plus faibles j’imagine. En quoi les ristournes sont pénalisables ? Et si Intel devient un monopole, où est le problème ? On peut imaginer que sa taille lui donnera justement les moyens de recherche et d’investissement nécessaires. A cela, la Commission répond que le consommateur sera racketté par Intel ! La belle affaire ! Comme si le consommateur n’était pas racketté par les banques, qui sont un cartel tacite, par les opérateurs de téléphonie, qui sont des cartels tacite, et même par les marchands d’autos, qui s’entendent plus ou moins tacitement sur les prix ? A cela la Commission répond : nous bastonnons aussi les cartels : 1.38 milliard d’amende pour le cartel des producteurs de verre, 992 millions d’euros pour le cartel des ascenseurs, sans compter Microsoft (899 millions d’euros d’amende en 2008 et 497 en 2004), Saint-Gobain (896) etc. Et alors ? Ca les empêche de vivre et de racketter ? Ce mythe de la transparence qui pourrit l’image qu’on a de l’économie, comme si l’économie pouvait être transparente, pouvait accéder à une vérité qui serait le bonheur du consommateur ! Au lieu d’essayer d’établir la concurrence, autrement dit de nettoyer les Ecuries d’Augias comme le fait la Commission, il faut partir de l’hypothèse inverse : le capitalisme est un vaste racket, ok, laissons faire, et contentons nous d’exiger ce qu’il ne doit pas y avoir dans les produits qui détruise les hommes et la nature. Le reste, le bonheur du consommateur par la baisse des prix, on s’en fout. Les services du ver de terre Le CAs (centre d’analyse stratégique) vient de remettre un rapport où il propose de donner un prix à la nature. A-t-on le choix ? Peut-on imaginer un monde sans prix ? Faut-il accepter que ce qui n’a pas de prix n’a pas d’existence ? Vivons nous vraiment dans une société définitivement marchande, où ce qui n’est pas marchand ne peut qu’être tu ou tué ?Boorlo et beaucoup d’associations de protection de la nature pensent qu’il faut avance sur la voie « des droit à polluer ». A coté des droits d’émettre du CO2, il y aurait donc des « droits à détruire le tissu vivant. » Seul moyen de le protéger un peu. Tant qu’il n’aura pas de valeur, tant qu’on ne frappera pas les entreprises et les consommateurs au portefeuille, ces deux acteurs majeurs de la vie économique continueront de le saccager. Bref : comment apprécier le service que rend le ver de terre dans la fertilisation de la terre détruite par les engrais des agriculteurs ? On devrait poser la question à de Margerie, qui lui bouzille dans une dimension plus grandiose, directement la forêt primaire. Margerie sait-il qu’il participe du tissu vivant de la terre ? Que ses gênes payés 2.750 millions d’euros par an participent de la grande interaction mondiale entre gênes et espèces, du moucheron à lui-même ? Margerie et le ver de terre, mes frères ! Gadgets et gigawatts La consommatin d’électricité liée aux lecteurs MP3 et autres ordinateurs portables, va être multipliée par trois d'ici à 2030. Si rien n'est fait pour améliorer l'efficacité énergétique de ces appareils, ils consommeront à cette date l'équivalent de la consommation actuelle de l'ensemble des foyers américains et japonais (soit 1.700 TWh), dit l’Agence Intrernationale de l’Energie dans dans un rapport intitulé «Gadgets et Gigawatts». C’était la rubrique : l’économie de la connaissance est de la pure douceur.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.