Journal d’un économiste en temps de crise « Cette foutue crise... » Marre de cette foutue crise, me dit un journaliste d’Inter, marre d’être obligé de parler de la croissance qui va revenir, peut-être, on ne sait pas... Et si la hausse du CAC 40 était un bon signe, et si la production industrielle, en chute libre aux Etats-Unis, diminuait moins qu’on ne croit ? Et si la Chine (10% du PIB mondial) allait recommencer à tirer l’économie mondiale ? Et si la confiance revenait ? Et si ma tante en avait ? Ma seule crainte : que la crise s’arrête trop tôt. Bon dieu, un peu de décroissance, de dégonflage des bedaines, de perte de poids... La crise oblige à penser. Au lieu de penser, tout le monde supplie la croissance de revenir... Quelle croissance ? Quand on croise toutes ces saloperies de camions qui vont et viennent comme des fous sur les routes de France qu’ils défoncent et parsèment de cadavres en roulant à toute allure, penser que ces gros culs font de la croissance, de la croissance très exactement comptabilisée dans les services. On est très fier du PIB de la France, dont les services représentent 70%. C’est-à-dire des mastodontes sur des paysages transformés en spaghettis autoroutiers, des armées de touristes photographiant la Tour Eiffel pendant que leurs énormes bus laissent tourner le moteur pour rafraichir, après la promenade leurs quintaux de graisse, des salauds de banquiers qui vous rackettent ici ou là parce que vous êtes obligés d’avoir un compte en banque... Mais vive la crise, vive la crise !! Matmut Pendant la crise, la pub pour la Matmut continue. Cette pub est un cauchemar. Jamais entendue pareille pollution sonore, pareille insulte à l’intelligence, le matin, au moment où les oreilles sont encores embrumées du sommeil de la nuit. En plus, sur tous les murs de Paris, dans le métro, partout, on a droit à la tronche des deux « comiques » payés pour vanter la « Matmut » et avoir l’air encore plus con que nature – ce qui est une prouesse, j’en conviens. Quels sadiques doublés de malades mentaux ont pu concevoir pareille torture ? Cette pub a du conduire pas mal de personnes au désespoir. La « Matmut » assure-t-elle contre le suicide des honnêtes gens ? Krugman et le peuple le plus gras « Sommes-nous condamnés à être le peuple le plus gras ? » (George Bush père, l’une des phrases les plus intelligentes dites par un président des Etats-Unis d’Amérique) Quand on regarde les manifs du Front popu, les actus de la dernière guerre, celles de la guerre d’Algérie etc. on est frappé par la maigreur des protagonistes. Les gens étaient secs, maigres. Leur pression écologique était moindre. A propos des Etats-Unis, Krugman, le dernier « prix Nobel » d’économie est en train de se faire une spécialité de la critique gauchiste d’Obama. Krugman est une bille, au demeurant fort sympathique. Contrairement à Stiglitz, formé au moule de l’économie mathématique et qui a apporté son lot de théorèmes d’impossibilité à la pseudo-science économique, Krugman n’a pas fourni un seul résultat. C’est un empiriste pur, un intuitif. C’est le mec qui s’est contenté de dire, dans de forts bons livres d’ailleurs, que tantôt il fermer les frontières, tantôt les ouvrir, tantôt les ouvrir à moitié, tantôt les fermer à moitié, ça dépend... Stiglitz, pas plus que Krugman, ne croit à la notion de « loi économique », mais il a eu son « Nobel » (en fait un prix remis par la Banque de Suède en la mémoire d’Alfred Nobel le même jour où les vrais prix Nobel (physique et médecine notamment) sont remis, pour faire croire que c’est Nobel qui a songé au prix, alors qu’il n’a jamais eu cure de la pseudo-science économique) parce que l’establishment lui a su gré d’avoir œuvré pour l’économie la plus absconse qui soit. Au kilo d’équations au mètre carré, il fut l’un des meilleurs. Le lendemain de son Nobel, Stiglitz a effacé son tableau noir imbitable, et s’est transformé en gauchiste. Krugman, lui, doit son Nobel à la crise : impossible, tout de même, en pleine crise de remettre ce prix à un économiste libéral, dont la doctrine apparaissait enfin ridicule.Qui élire ? Nouribi ou Krugman ? Krugman est éditorialiste du New-York Times. Il est fin, malin, son réseau est meilleur que celui de Nouribi. Elu, il a décidé de réduire son volume de cours pour se consacrer aux conférences ; il surfe sur le gauchisme anti-Obama avec de petites pointes d’accent républicain assez dégueulasses, mais il reste sympathique ; sachant que Nouribi est payé 50000 euros la soirée, et que Krugman – qui vient de faire la couv’de Newsweek - est plus coté que Nouribi, quel est l’âge moyen du comité de la Banque de Suède attribuant le prix ? Dans un interview récent il prétend que son seul souci est de perdre du poids. La décroissance Krugman, la décroissance ! Heuliez Faut-il sauver Heuliez, 1000 salariés, dont 300 pourraient se consacrer à la voiture électrique ? Ce n’est pas moi qui pousserait à sauver un équipementier en bagnoles, ni un fabricant de bagnoles, ni un constructeur d’autoroutes, ni tout ce qui transforme notre vie en cauchemar (baladez-vous à Venise, les gars, vous serez étonné de voir une ville sans voitures). Mais bon, puisqu’il paraît qu’il faut se déplacer, et qu’on est pressé (combien de temps mit Tocqueville à voyager en Amérique ? Et Chateaubriand ? Qui est le voyageur ? Celui qui fait des millions de kilomètres en jet, ou celui qui parcourt un pays à pied ?), autant le faire en voiture électrique. Donc il faut sauver Heuliez. « Oui, mais la voiture électrique coûte cher. » Réponse : on t’emmerde. C’est au nom du « c’est pas rentable » qu’on a supprimé le réseau ferré secondaire de France, pauvre nase ! Oncle Bernard Post-Scriptum « Corrida Basta ! » par Christian Laborde, Robert Laffont, le pamphlet le plus documenté, le mieux écrit, le plus drôle, le plus sanglant pour tous les emplumés de la muleta, les pouffiasses des arênes de Nimes, et les avinés cultureux de la tradition des mains trempées dans les tripes et la merde. Laborde est un amoureux de la poésie et de la beauté. Les aficionados sont des porcs sadiques (pardon, pauvres et chères bêtes, gentilles bêtes roses, martyrisées dans les élevages concentrationnaires). Laborde fait peur. Guillaume Durant devait l’inviter : refusé au dernier moment. Ruquier devait l’inviter : refusé au dernier moment.

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