911 Journal intime d’un économiste en crise Bulle carbone et trou d’ozone Comment polluer en dépolluant, ou l’oxymore de Copenhague ? François Morel Tous les vendredi matin à Inter, un petit moment religieux capte l’attention des présents : le moment François Morel. Dominique Seux et ma pomme venons de nous affronter sur l’économie, on est dans le couloir, plutôt énervés, on se balance les saloperies que l’on n’a pas osé éructer à l’antenne, mais Morel nous calme. On va main dans la main dans le bocal des techniciens, et on écoute. Jamais déçus. Il y a chez François Morel, une petite touche poétique, celle qui existait chez Desproges, un zeste de mélancolie. Et toujours une petite surprise, un petit cadeau comique, la tendresse du jour. Si vous n’êtes pas encore allé voir son duo avec Olivier Saladin, « Bien des choses » (La Pépinière Théâtre, 7 rue Louis le Grand, 19h) précipitez vous. Merveilleux spectacle écrit et mis en scène par François, spectacle populaire se moquant gentiment du populo. L’anti-dîner de cons. Copenhague Pourquoi Copenhague sera un échec ? Parce que les hommes politiques sont pressés, avec un horizon à deux ans (Obama) ou au maximum cinq ans. La planète, elle, peut attendre. Elle attend, et elle s’en fout. Le vieil océan en a vu d’autres. Les choses sont assez simples : 80% de l’énergie est produite par le charbon le pétrole et le gaz. La « croissance » est simplement la combustion de fossiles. Si l’on ne fait rien, en 2030, la combustion de ces fossiles aura augmenté de 40%, avec quelques conséquences hasardeuses sur le climat. A dire vrai, la lutte contre le réchauffement climatique coûte cher. Qui veut payer ? Vous ? Personne. Les consommateurs ne veulent pas qu’on touche à leur pouvoir d’achat (leur « niveau de vie »), ne veulent pas réduire leur consommation et les entreprises elles, ne pensent qu’à faire du profit. La grande astuce est dire à celles-ci : vous faisiez du profit en polluant, maintenant vous allez en faire en dépolluant ! La, banco. Tant qu’il y de l’argent, il y a de l’espoir. C’est donc le principe du « marché des droits à polluer ». On offre des quotas de pollution (de Gaz à effet de serre, de CO2 concrètement) aux entreprises, qui peuvent les échanger, les stocker, les revendre, ou les utiliser. Comme, en Europe, les quotas offerts aux 11000 entreprises qui représentent 40% des émissions sont supérieurs à la quantité totale émise par les dites entreprises, la tonne de CO2 ne vaut rien, ou presque. En tout cas pas assez pour limiter les émissions. Mais le marché du carbone attire l’argent des fonds souverains, des fonds spéculatifs ou l’argent qui ne peut plus aller dans l’immobilier. Naît une « finance carbone » avec la création de ses hedge-funds, et bientôt une « bulle carbone ». Autre moyen de polluer sans avoir l’air : investir dans le propre dans les pays du Sud : vous acquérez ainsi des droits à polluer équivalents aux économies de C02 permises par vos investissements en « vert ». L’investissement en question ne doit pas être « additionnel » : il doit se substituer à un investissement sale. Par exemple, des éoliennes contre une centrale à charbon. Comment vérifier l’additionnalité ? Impossible. Résumé : on investit au Sud pour continuer à polluer au Nord. Tout bénéf. On fait la même chose en matière de déforestation (on plante des eucalyptus contre le droit de continuer à détruire les forêts primaires). Où investit-on ? En Chine, à 60%. Tiens donc ! là où les multinationales du Nord ont leurs succursales ! 60% des exportations chinoises sont le fait de succursales américaines, ne jamais oublier. On pourrait investir en Afrique, le continent qui sera le plus touché par le réchauffement, et qui pourtant y contribue le moins... Vous n’y pensez pas ? Qui a intérêt à développer la « finance carbone » ? La City, les places financières, les spéculateurs, et les entreprises. Ainsi la croissance continuera, simplement peinte en vert. Nota bene : les américains n’ont aucun intérêt à ce que Copenhague soit un succès, car leur technologie « propre » est légèrement en retard sur celle de l’Allemagne et d’autres. Mais la vraie question reste celle de la croissance : ou l’on continue à croître, en vert bleu ou rouge, ou on accepte un changement de consommation. Ne plus bouffer (ou moins) de viande, refuser tout produit importé par avion, refuser cette saleté de tourisme de masse où l’on se balade d’aéroport en aéroport à prix cassé. Bref, arrêter de s’agiter. Penser. Rêver. Glander. Musarder. Chiner. Ne rien faire. Lire. Dormir. Caresser son beau ou sa belle. Autant d’activités inadmissibles pour « Das Kapital ». En bref Mitterrand et Sarko. Le liseur et l’agité. La célèbre photo de Tonton lisant « Préférences » de Gracq. Souvenons-nous : un « Ministère du temps libre » dans le gouvernement Mauroy... Comme cela nous fait rire aujourd’hui, nous qui lisons les cours de bourse en direct sur nos I-Pod. Et les 35 heures, les RTT ! L’idée que travailler moins fait vivre plus... Ridicule, non ? Géoinginérie Dans le délire ardent productiviste, techniciste, développementiste de la lutte contre le réchauffement climatique, il y a bien entendu l’appel à la production pour lutter contre les dégâts de la production : ainsi on immergera du sulfate de fer dans les océans, balancera de la poussière de souffre dans l’atmosphère (à la manière d’une éruption volcanique), ou simplement fabriquera un immense parasol en orbite pour protéger des rayons du soleil. S’ils trouvent plus nase, que les inventeurs nous écrivent. Londres Les anglais, ces hypocrites ! Protestent contre la nomination de Barnier, en qui ils voient un régulateur (pouf pouf). Or ce sont ces mêmes rosbifs qui ont nationalisé Northern Rock, Royal Bank of Scotland, HBOS... Oublions. Argument pour sauver la City, ce repère de spéculateur et de fraudeurs : 1) si c’est pas la City, ce sera Wall Street. Faux, la City c’est Wall Street. 2) Si c’est pas la City, se sera Shanghai. Faux ! Les Chinois, pas si bêtes, contrôlent parfaitement le crédit. Tiennent leur monnaie en laisse. Etouffent leur propre bourse. L’avenir leur appartient. Livres « Keynes. Par delà l’économie » de Gilles Dostaler. Ed 3° culture, que les patrons des Echos auraient du lire avant de faire leur supplément sur Keynes. Et on reparlera du livre de Caroline Fourest « La dernière utopie », Grasset.

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