Journal intime 917 Haïti sent moins le cadavre que la Bourse Violence immodérée, captation de la richesse par des hommes politiques véreux assistés de truands, horreur de l’histoire (la colonisation française, puis espagnole, puis américaine) séquelles de l’esclavage, et pour parfumer le tout, un zeste de cataclysme. Secourir Haïti, évidemment, mais il y a quelque chose d’impudique et d’atroce dans les larmes de crocodile versées par les nantis : « ah, ces malheureux, qui n’ont rien, et en plus prennent le ciel sur la tête ! repasse-moi de la tarte. » Ou plutôt repasse moi du bonus. Comparons ce que recevra Haïti et la finance : Pour Haïti : 7 millions d’euros venus de France, 48 de l’Union Européenne. 100 millions prévus par les Etats-Unis. Allez, en forçant un peu, avec ce que donneront l’ONU, la Banque Mondiale et le FMI, on devrait friser le milliard de dollars. Pour la finance : JP Morgan devrait vers 595000 dollars en moyenne à chacun de ses salariés de la branche investissement ; 463000 pour Morgan Chase. JP Morgan Chase, Morgan Stanley et Goldman Sachs devraient distribuer 30 milliards. Selon le Wall Street Journal, les traders devraient recevoir 145 milliards de dollars de bonus en 2009. Ca fait mal, hein ? Imaginer ces parasites, qui vont s’acheter deux ou trois Ferrari de plus, se payer quelques lignes de coke et les poules russes de service avant de repartir pour un tour sur leur écran d’ordinateur pour piquer à nouveau de la bonne plus-value bien épaisse sortie de la sueur des prolos du monde entier... Hé-hé... On voit bien cette racaille bambochant au champagne sur les montagnes de cadavres de la Perle des Antilles... Pendant ce temps, les bandes armées d’Haïti rapinent pour quelques dollars. Apprenez la finance, les gueux ! Pourquoi la finance est parasitaire ? Voila la bonne question. On peut imaginer qu’un type qui répare une voiture, qui soigne une dent, qui façonne un tube, qui crée un logiciel, qui cherche un vaccin soit utile. Utile à l’humanité. Qu’est-ce à dire ? Qu’il participe au maintien de l’humanité sur la terre, à l’allongement de sa vie et à sa satisfaction avec des objets eux-mêmes utiles (nourriture, trams, métros, éoliennes, vaccins etc.) Tous ces gens utiles transforment de la valeur d’usage (des objets) en valeur d’échange (de l’argent). Et dans cette transformation, apparaissent les parasites, les traders. Comment ? Les banquiers fabriquent et avancent l’argent pour les activités utiles ; de cet argent une partie sert à rémunérer les faiseurs d’objets utiles, l’autre rémunère leurs patrons, et l’autre revient aux banques. Or ces banques payent des traders pour négocier des contrats concernant les activités utiles des hommes tout en bas, ceux qui font les objets utiles. Ces contrats sont sur les actions qui changent de main, et passent d’activité utile ou en activité utile (des vélos, des vaccins, des voitures de TGV...) ou encore sur les taux d’intérêt sur les emprunts permettant d’avancer de l’argent aux gens utiles, ou encore sur les variations des monnaies engendrées par les spéculateurs eux-mêmes, ou encore des contrats d’assurance sur les risques que les spéculateurs eux-mêmes créent. Dans ce dernier cas ils sont du parasitisme à la puissance deux. Ces spéculateurs n’ont aucune idée de ce qui se fait en bas. Ils font circuler de l’argent. Et plus ils font circuler de l’argent, plus ils en gagnent. Ils doivent donc pomper, sucer de plus en plus d’argent qui aurait du revenir aux bras utiles faisant des objets utiles, voire aux patrons faisant mouliner les bras utiles. Petit exemple : la rémunération du capital représentait 20% des profits aux Etats-Unis en 1960, 45% en 2000. Les parasites ont réussi à extraire le double d’argent des activités utiles. Vous me direz : cet argent qui est passé des bras utiles aux mains parasitaires, il reste dans l’économie... Non. Largement il finance des activités parasitaires : des Ferrari plutôt que des voitures de métro, des Rollex plutôt que des vaccins, des avions privés plutôt que des heures d’enseignement etc. Une autre partie de cet argent va vers des avocats d’affaires, des conseillers, des gardes du corps. Enfin, une dernière partie de cet argent redescend vers les pauvres via des métiers parasitaires : flics, espions, gardiens de boîtes de nuit, serviteurs, valets, putes ; mais comme ces petits parasites ne produisent pas d’objets utiles (ils ne sont là que pour protéger et satisfaire les gros parasites), cet argent demeure parasitaire. Certes, si un flic loge une infirmière, il participe via le loyer à une activité utile. Adam Smith écrivait, dans la Richesse des Nations quelque chose comme : si j’embauche un ouvrier dans mon usine, je crée du travail utile ; si j’embauche un nouveau serviteur je crée un parasite. Mais comme tous les petits parasites ne suffisent pas à éponger l’argent sucé par les gros, une partie de cet argent repart vers la Bourse ou l’immobilier, créant des bulles et interdisant l’accès au logement, et surtout sortant du circuit économique : la hausse immobilière liée à l’excès de liquidités volées par les parasites est une manière de thésaurisation. Les traders mettent de l’argent sous le matelas (ou dans la pierre, ce qui est la même chose). Barak Michelle et Haïti. Barak non, mais Michelle oui : elle est arrière petite fille d’esclave. Barak, lui, vient de se faire traiter d’esclave au service du sionisme, par je ne sais trop quel zozo d’Al Quaeda. Barak a décidé d’aider Haïti. Il a fait allusion à Martin Luther King. Barak est une juste revanche des esclaves. Il taxe les banques aux Etats-Unis, en disant : « elles vont rembourser le peuple ». C’est courageux. C’est fort. C’est démago, hurlent les banquiers... Ah-ah... Comme s’ils étaient du peuple, eux aussi, quoi... Trichet. Banquier en chef de l’union européenne, et beaucoup plus habile que je croyais : à propos de la crise, de ses conséquences, de la stigmatisation des banquiers il clame : « surtout pas de bouc émissaire ; nous sommes tous coupables. » Et oui : les connards qui ont voulu des subprimes sont aussi coupables que les salauds qui les leur ont filé. Et oui : les cons qui veulent des bagnoles sont aussi coupables que les salauds de publicitaires qui les incitent, à longueur d’écran, à en acheter, etc. Livres « Ce que sait la main » de Richard Sennet (Albin) « Le développement humain » d’Esther Duflo (très très sérieux, Esther, tu dois pas être une rigolote !) et de Thomas Legrand « Ce n’est rien qu’un président qui fait perdre du temps » (Parti pris). Vous ne pouvez pas imaginer le temps que vous perdez avec Sarko. De quoi Sarkozy est-il le nom ? de rien.

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