Journal intime 921 Les marchés et les porcs Pauvre animal si sympathique, si doux, si joli et que l’on utilise pour désigner la saleté ou l’ignominie... PIGS Portugal, Irlande, Grèce et Espagne, on peut aussi ajouter Islande, ce qui donne « Piigs », mais on reste dans le cochon, le cochon d’endetté. Ce sont les « marchés » qui ont découvert cet acronyme peu sympathique pour ces pays trop endettés et publiquement trop dépensiers. Les « marchés » (les 100000 analphabètes spéculateurs, le mot est de Minc) ne sont pas tout à fait « irrationnels », « exubérants », « mimétiques » « panurgiques ». Ils sont tout ça. Mais ils sont aussi un ramassis de beaux salauds qui construisent l’opinion sur la Grèce et les autres. Pourquoi ? Parce que si la Grèce est réputée ne pas pouvoir payer ses dettes, celles-ci méritent un intérêt très élevé, bien supérieur à l’intérêt qu’exige Jean-Claude Trichet en ce moment sur les émissions d’euros, de l’ordre de 1% (moins que rien, quand on sait que l’inflation moyenne de la zone euro est de 1.9% ; autrement dit Trichet fait cadeau de l’argent qu’il prête aux banques). La Grèce vient d’émettre un emprunt de 3 milliards d’euros. Le volume de l’offre a été de 25 milliards ! Ce qui veut dire qu’il y a beaucoup de gens qui ont vraiment envie de continuer à prêter à la Grèce ! et qui espèrent que la Grèce sera montrée du doigt pendant cent cinquante ans, afin qu’ils puissent engranger d’énormes marges : les mêmes salauds qui prêtent à la Grèce se font refinancer par les banques à un taux à peine supérieur à celui permis par Trichet, ou au taux du dollar s’ils font passer du dollar à la Grèce qui est de 0.5%. PORCS La Grèce est-elle un ramassis d’escrocs, comme tente de le faire croire un certain nombre d’analystes financiers (traduction : trop forte dette, trop forte dépense publique, et surtout évasion fiscale spectaculaire). La Grèce n’est pas plus endettée que le Japon où les Etats-Unis (dont le total cumulé, dette publique et privée doit friser les 350% du PIB – dixit Michel Aglietta). Certes, elle connaît une forte évasion fiscale, mais celle de la France est tout aussi remarquable. Son déficit est de 12.7% mais celui de l’Espagne est de 11.4... COCHON Ce cochon de Soros, quand il avait attaqué la livre sterling en 1992, avait procédé exactement de la même manière : il avait créé une opinion financière défavorable à la Grande Bretagne. Il s’était répandu dans tous les média racontant que la livre allait être dévaluée. Tout simplement il était initié : le Trésor britannique avait laissé filtrer la possibilité d’une dévaluation. Du coup tous les spéculateurs ont commencé à attaquer la livre, et Soros, avait acheté à terme de la devise anglaise, avait empoché un milliard de dollars de différence de change. Après quoi il s’était répandu dans les télés pour donner des leçons de démocratie (il continue d’en donner d’ailleurs). GORETS Que des cochons de spéculateurs donnent des leçons à une démocratie est inadmissible. Mais comment une démocratie peut-elle s’en sortir si le pouvoir politique ne contrôle pas le crédit et la monnaie ? L’autonomie de Trichet et de sa BCE interdisent tout mouvement à la Grèce. Elle ne peut plus battre monnaie. Les autres membres de la zone euro ne peuvent l’aider car ils sont soumis à la BCE. La seule issue serait un Eurogroupe (l’ensemble des ministres des finances de la zone euro) décidant de soutenir la Grèce, et par la même étranglant les spéculateurs, ce qui ne devrait pas vraiment poser de problèmes puisque la Grèce ne représente que 3% du PIB de l’Europe. Je dis bien Eurogroupe, et non Commission européenne, qui donne en ce moment des leçons à la Grèce, et qui n’a rien à foutre la dedans, pas plus que le FMI n’avait à intervenir avec ses « plans d’ajustement structurels » dans les finances des pays qu’il conseillait (et encore, lui, au moins il prêtait !) PORCELETS Tout ça pour en venir à Woerth, qui, une fois de plus, montre le doigt du fonctionnaire pour faire oublier la face lune des ministres. Ce gouvernement n’aime pas les fonctionnaires. Il leur supprime des postes (500000 euros gagnés par an, excusez la somme ! Ouah !!), décide que leurs pensions de retraite seront baissées, et qu’ils pourront être virés sans indemnités. Quand vous ne savez pas quoi faire, vous pouvez toujours cracher sur le fonctionnaire et vilipender l’impôt, ça vous ramènera la voix du type qui ne paye pas d’impôt parce qu’il est au seuil de pauvreté. Pourquoi faut-il des fonctionnaires de police ? Parce que sinon c’est les nervis qui font la loi. Pourquoi des juges fonctionnaires ? Parce que sinon c’est la mafia qui juge. Pourquoi des enseignants ? Parce que sinon tous les gosses iront suivre des cours faits par des crétins à Dauphine au lieu de suivre les cours de Deleuze à Paris 8 (il n’y est plus, hélas !) ou les cours gratuits du Collège de France. J’imagine que ce pauvre président de Dauphine ferait payer les cours du Collège de France. Après tout, tant mieux : s’il y a des zozos qui sont assez sots pour payer des milliers d’euros à Dauphine pour devenir boursicoteurs ou marchands de carambars en priant tous les jours que Dieu fait la Vierge Marie et l’Efficience des Marchés Purs et Parfaits, qu’ils y aillent, c’est autant de place gagnée pour les autres facs. Tiens ! 90% des énarques restent dans la fonction publique. 10% vont vendre des carambars. Etonnez vous qu’ils aient les dents gâtées. Livres A tout seigneur tout honneur, « Vivre et penser comme des porcs » de Châtelet, Editions Exils ; et « Mauvaises nouvelles de la chair » de Marie Rouanet (Albin Michel), qui m’a fait pleurer. Jamais personne n’a aussi bien parlé des « porcs » et des élevages. Personnes sensibles s’abstenir. Et pourtant quelle poésie ! Je lis ce week-end « Le Triomphe de la Cupidité » de Joseph Stiglitz, Editions LLL, Les liens qui libèrent. C’est moi, oui, parfaitement ! qui ait trouvé cette marque « Les liens qui libèrent » (Henri, tu m’en veux pas de le dire ? Henri est le patron des LLL). Qu’est-ce que je suis fier que Stiglitz soit aux LLL ! Les LLL ont aussi publié « Bidoche » de Fabrice Nicolino. Je disais que Michel Aglietta est le meilleur prof d’éco fi sur le marché en ce moment (je l’ai pas dit ? alors je le dis !) et il publie « Les Hedge Funds, entrepreneurs ou requins de la finance » chez Perrin. J’ai enfin compris la perversité de ces bestiaux. Un dernier pour la route : « Cas de conscience » de Pierre Joxe. Ed Labor et Fides. Joxe ne voulait pas réhabiliter les généraux putschistes d’Alger. Mitterrand l’a fait. Joxe en est toujours malade. Mitterrand dînait avec Bousquet (la rafle du Vél d’Hiv). Lire le portrait de Bousquet dans « Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance » de Simon Epstein, Albin Michel : de quoi couper l’appétit à n’importe quel estomac, même au votre, cher Joxe !

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