Journal intime 930 1500 milliards d’euros de dette, et alors ? Rembourser ? Facile ! Il suffit de spolier les créanciers. Bouclier fiscal Quelques 16350 contribuables, pour 585 millions d’euros (1), c’est pas ça qui va renflouer les caisses ! Mais il est vrai que le bouclier fiscal a quelque chose d’odieux, symboliquement parlant : si vous souhaitez augmenter un tant soit peu les impôts, tout le monde trinque, sauf les plus riches. Par exemple si vous augmentez la Crds, la contribution pour le remboursement de la dette sociale, Zaccharias, le type qui a ramassé 4.2 millions d’euros de salaires en 2005, plus une indemnité de départ de 12.8 millions, plus une retraite complémentaire de 2.1 millions, et tout ça sans compter les stock options, ne paiera rien. Rien. Il est au « bouclier ». La première mesure est évidemment de porter le bouclier à 70% ou 80, et d’en sortir la CSG et la CRDS. Zaccharias prétend avoir augmenté la valeur de son entreprise ; en vérité, il a fait suer le burnous de ses employés et bétonné la France, ce qui est plutôt une déperdition de richesse. On devrait le poursuivre pour délit de laideur. Qui va payer la dette ? Et pourquoi la payer ? La dette, c’est de l’argent qu’on doit aux riches, les fonds de pension qui achètent de la dette publique, les épargnants qui placent leur trop plein, les gens qui espèrent faire de l’argent avec de l’argent, sans travailler, sans rien. Le meilleur moyen de ne pas rembourser c’est de la dévaloriser. Toutes les périodes d’inflation ont permis de ruiner les rentiers. Un petit coup d’inflation, les salaires qui suivent l’inflation, et on devra beaucoup moins ! Les créanciers sont de vieux rentiers, les débiteurs des ménages jeunes ou des entrepreneurs. Ruinons les rentiers, et plus de dette. A part ça, le CAC 40 a distribué quelques 35 milliards d’euros de dividendes. On taxe. Si le CAC 40 ne veut pas être taxé, qu’il réinvestisse les profits, ça créera des emplois. « Oui, mais gna-gna-gna, si on taxe les rentiers, ils partiront dans les paradis fiscaux. » Qu’ils partent ! De toutes façons ils sont stériles, voire nuisibles. « Oui, mais gna-gna-gna, le CAC 40 partira en Hollande ! » Qu’il parte ! Et si la Hollande taxe comme nous, kékifait le CAC 40 ? De toutes façons le CAC ne crée pas d’emplois, il en détruit plutôt en délocalisant, il faudrait mesurer si les profits qu’il ramène sont compensés par les délocalisations qu’il implique. Banques Il faut aussi taxer et surtaxer les banques. Les banques sont les seules institutions ayant le pouvoir de fabriquer de l’argent (oui, parfaitement ! fabriquer de l’argent à tire-larigot, leur seule limite est le bon vouloir de la BCE) et de gagner de l’argent avec l’argent qu’elles fabriquent ! c’est y pas un peu honteux ? « Oui, mais si gna-gna-gna on taxe les banques, elles vont partir ! » Qu’elles se barrent ! Qu’elles se barrent ! Vous croyez que les gogos des Banques populaires, spoliés par Natixis, ont envie que Natixis reste en France pour les recocufier ? Les déposants dans les Banques populaires, caisses coopératives, n’ont que faire des désirs spéculatifs morbides des dirigeants qui, voulant se faire arroser comme des pétroliers, ont ruiné leurs déposants. Il faut surtaxer les banques. Et surtaxer les cadres dirigeants des banques. Il faut dégoûter les jeunes d’aller dans les salles de marché. Que les ingénieurs reviennent chercher dans les usines au lieu de spéculer sur les risques qu’ils fabriquent et amplifient eux-mêmes ! Et dernière mesure pour rembourser la dette : en finir avec ces aides stupides aux entreprises pour protéger les emplois déqualifiés. 30 milliards d’euros de dégrèvements de charges pour 600000 emplois préservés (d’après Wauquiez) ça fait cher l’emploi ! 50000 euros l’emploi, grosso merdo. Tout ça pour du fonctionnaire déguisé, qui n’a même pas les avantages du fonctionnaire, que par ailleurs on supprime ! Ah, elle est belle, l’efficacité de la politique économique ! Oncle Bernard Livres A « mon brave lecteur dans un brave new world » qui m’envoie une aimable bafouille sur papier orné de carricatures Siné... M’approuve d’aimer Modiano, mais me dit : « Et Ernaux, donc ! » Oui, Annie Ernaux, bien sûr, et sa lente écriture. J’avoue que je connais mal, mais j’avais aimé « La honte » (Gallimard). Grace à toi j’achète aujourd’hui les yeux fermés « Les Années » (Gallimard toujours.) Et pour résoudre enfin l’énigme botulienne du rationnalisme occidental, je commande sur tes conseils le livre de Bergougnioux publié chez Verdier, « Une chambre en Hollande » - un livre publié chez Verdier ne peut pas être tout à fait inintéressant. En revanche, j’avais pas trop aimé « La Montespan » de Teulé que tu me signales, mais bon... Aurais-tu un bon livre sur la guerre de 40 ? Bien saignant ? Pour moi l’un des meilleurs reste « Le bal des maudits » d’Irwin Shaw, mais je suis en plein « Les nus et les morts » de Norman Mailer, qui vient d’être réédité chez Albin Michel. La gaule ! La gaule ! Enfoncés tous les « Adieu aux armes » ! J’exagère un peu. La débacle de 40 me reste en travers de la gorge (à croire que ma grand-mère a couché avec les Allemands ou que pépé a décampé sur les routes avec l’armée Gamelin) : je lis dans un ravissement total la réédition de « Comment perdre une bataille » d’Alistair Horne, Editions Taillandier, 10 euros. Et me voilà dans « 1940. L’année noire » de Jean-Pierre Azéma, (Fayard), une reprise actualisée de ses chroniques parues dans le Monde il y a vingt ans. Très pédago, très complet. On y trouvera même les strophes de « Maréchal nous voilà » que le pétainiste Zemmour pourra chanter à tue-tête après avoir d planqué la boîte à pilules et dérouillé sa femme. Très original aussi sur son traitement de l’Exode, beacoup de conseils de lectures, vraiment une référence – « la » référence restant le bouquin du grand historien Marc Bloch, fusillé après avoir été torturé le 16 juin 44 : « l’Etrange défaite » (Folio). Henri Guaino, ex de la Fondation Marc Bloch, avait écrit tantôt « L’étrange renoncement » (Albin), un très bon livre anti-libéral.) Pourquoi être fasciné la débacle de 40 ? Parce que c’est une débacle de l’élite, une trahison de l’élite, des puissants, des chefs, un déni et un mépris du peuple. Je ne me lasserai jamais de l’ignominie de Weygand dont le seul souci, avant l’Armistice, était de savoir combien de troupes lui laisseraient les Allemands pour mater le peuple. « Y’ a des chefs ici ? Oui ? Au mur ! » (Durruti) PS : J’ignore tout du différent Arthur-Didier Portes. Quoi qu’il en soit Portes a bien fait, bien écrit, ou bien dit. OB (1) Les Echos

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