Journal intime 931 Les retraités saignent la Grèce Et si la question de la faillite de la Grèce était liée à celle des créanciers exigeant, via les fonds de pension, des taux de rendements exorbitants ? André, t’as tout compris ! André, c’est André Orléan, un économiste, directeur de recherche au CNRS, qui a co-écrit avec Michel Aglietta en 1983 « La violence de la monnaie » (1), un ouvrage absolument remarquable, mais assez compliqué il est vrai, sur la monnaie « bouc émissaire ». Pour moi cette lecture fut une découverte. J’ai aussitôt foncé sur Girard, puis sur les bouquin se Jean-Pierre Dupuy, autre girardien. Gilles Dostaler et ma pomme fumes des girardiens orléanistes fanatiques (Dostaler plus orléaniste, et moi plus girardien). Et là, André signe un super papier dans le monde, au titre badin hélas (« La crise, moteur du capitalisme ») mais au contenu exceptionnel. Premier point : la crise, c’est un rapport de force entre créanciers et débiteurs. Oui, la lutte des classes, les riches, les pauvres etc. Mais n’oublions pas le rapport de force créanciers-débiteurs. Qui sont les créanciers ? Les capitalistes rentiers, et les fonds de pension, les retraités, les titulaires de patrimoine. Qui sont les débiteurs ? Les salariés jeunes et pauvres et les chefs d’entreprise. Les créanciers exigent des taux de rendement sur le capital de 15%, qui tuent l’industrie et font exploser les inégalités. Le rapport entre les salaires moyens des ouvriers et des dirigeants passe de 40 à 500 aux Etats-Unis. Un chiffre ahurissant : le total des actifs financiers représente 100% du PIB mondial peu avant 1980, et 350% aujourd’hui ! La part des profits captés par la rente financière, par le secteur financier, passe sur la période de 10% à 40% ! Dernier point : la bourse détruit du capital. Je répète : la bourse détruit du capital. Quoi ? Je croyais que la bourse servait à financer l’économie... Non. Seuls les nigauds et les menteurs le croient. La bourse fait sortir du cash pour racheter des actions et payer des dividendes. La messe est dite. Toutes les autres questions – retraites, Grèce... doivent partir de la financiarisation de l’économie. Justement la Grèce... Les « marchés » testent la volonté des politiques, les marchés s’inquiètent, les marchés machin. Les marchés ne sont rien, ils sont mouvant, fuyants et ont le même nombre de neurones qu’un tas de boue. Ils cherchent à faire du fric, sans savoir pourquoi, point. Donc ils font du fric en spéculant sur la valeur de la dette grecque. A force d’en faire, ils ont fini par faire chuter la valeur boursière des banques, car les banques prêtent à la Grèce, et bien entendu aux hedge funds pour qu’ils spéculent contre la Grèce (sinon, d’où sortiraient-ils leur pognon, les hedge-funds ?) En faisant crever la Grèce, les hedge funds font crever les banques européennes... Pas plus con qu’un marché. Parenthèse, les banques françaises et les compagnies d’assurances possèdent 45 milliards d’euros de dette grecque. Si la Grèce fait faillite, on va être mal ! Cette pauvre Grèce doit emprunter cette année 50 milliards, elle va les emprunter à 8%, alors que Trichet-le-nœud-nœud-tout-va-bien, prête à ces banques à 1% !! Ces banques en train de préparer la corde pour se pendre ! Et l’Allemagne ? Qui peut sauver la Grèce, sinon l’Europe et la zone euro, sauf que ni l’une ni l’autre n’existent. L’Allemagne a décidé de torpiller la zone euro, si elle cesse de la servir. L’Allemagne achète avec l’euro fort hors de la zone euro, et revend à la zone euro avec un profit substantiel. L’Allemagne fait fabriquer hors de la zone euro, et revend à la zone euro avec un gros profit. L’Allemagne achète des composants hors de la zone euro a prix cassé grâce à l’euro fort, les intègre dans ses produits, et les revend à la zone euro ! L’Allemagne tue la zone euro à petit feu. Que la Grèce dégage, elle n’en a rien à faire. Si on veut sauver la zone euro, il faut dégager l’Allemagne, lui rendre son mark, qui sera aussitôt super réévalué. Fin de la combine. L’Allemagne est le passager clandestin de la zone euro. Qui peut faire entendre raison à l’Allemagne ? Sarko ? Ouaf ! Ouaf ! Livres Jean-Marc me conseille « La 25° heure » de Virgil Georghiu (Pocket). Oui, Jean-Marc, oui ! J’avais adoré ce livre, que je place à peine au-dessous de « Vie et destin » de Grossman (Livre de Poche) et j’achète illico sur tes conseils « Le cantique de l’apocalypse joyeuse » de Arto Paasilinna. Du coté des économistes, rien de bien fameux en ce moment. Ailleurs, c’est mieux : « L’inhabitable capital » de Jean-Paul Dollé, (Editions Lignes), par cher (12 euros), situationniste, et posant la question de l’ignoble propriété. « Le capitalisme rend le monde inhabitable », certes. Le bidonville et/ou le camp de concentration est l’avenir de l’humanité. J’attaque avec ferveur « Ce que la main sait » de Richard Sennet (Albin Michel). Le « Travail sans qualités » du même était formidable. Les autres « Respect » et « La culture du nouveau capitalisme » sans intérêt. Sennet, philo-sociologue, pétri d’histoire, ayant lu Marx, doué d’une bonne plume (il commet ici et là quelques romans) se rattrape. Avais-je parlé des « Discrètes vertus de la corruption » de Gaspard Koenig, chez Grasset ? Non ? Assez fascinant, remarquablement écrit (ça aide toujours, pour un bouquin), une remise en cause du noir et du blanc et du bien et du mal. « Dans les affaires, tout n’est pas clair » disait Georges Bush. Oui, le vice à quelque vertu dirait Mandeville, le mal est dans le bien approuverait Freud.

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