Journal intime 937 Voyez comme je suis courageux ! La réforme des retraites illustre une fois de plus le dogme libéral : fort avec les faibles, faible avec les forts. Texte Le courage d’Eric Woerth L’histoire est remplie d’hommes courageux : le préfet Papon qui a maté la manif du FLN (que courage !), le ministre Pons qui mata la révolte d’Ouvéa, le ministre Debré qui évacua courageusement l’Eglise Saint-Martin, les ministre Besson, qui renvoie courageusement les immigrés chez eux et tant d’autres ! et aujourd’hui le ministre Woerth qui a le courage de faire la réforme des retraites. Quand on vit plus longtemps, comment ne pas travailler plus longtemps ? Il y a tellement de bon sens, dans cette question. Et pourtant... Pourquoi faudrait-il travailler plus longtemps ? Parce que le travail est un devoir biblique ? Pour gagner plus ? Et pourquoi gagner plus ? pour dépenser plus ? Travailler plus longtemps pour maintenir le niveau de vie des retraités ? Pourquoi les retraités auraient-ils le même niveau de vie que les actifs ? (en ce moment il est globalement plus fort ; le patrimoine moyen des retraités aussi est beaucoup plus élevé que celui des actifs, c’est une nouveauté dans l’histoire économique). Pourquoi les retraités ne pratiqueraient-ils pas enfin la décroissance ? Oui, mais beaucoup de retraités ont à peine de quoi survivre. D’accord. Alors faisons payer les retraités riches pour les retraités pauvres, confisquons entièrement la retraite des Zaccharias, limitons la retraite des députés, abolissons les régimes spéciaux de retraites (auxquels le courageux Woerth se garde bien de toucher, il a bien trop peur de voir les bataillons de la SNCF dans la rue). Deuxième remarque, l’espérance de vie à la naissance n’a pas de sens. Ce qui compte, c’est l’espérance de vie à 60 ans. Combien de temps reste-t-il à vivre à 60 ans ? 7 ans de moins pour un manœuvre que pour un cadre. La réforme de Woerth est une réforme pour les cadres aisés qui auront le temps de profiter de leur retraite et de leur revenu supérieur. Le déficit de la Sécu représente 20 milliards d’euros, et celui des retraites 7 milliards seulement. A comparer avec les 138 milliards d’euros du déficit public. La réforme « courageuse » des retraites est une manière de faire oublier la lutte contre le déficit ; de faire oublier le chômage, cause majeure du déficit des retraites ; l’injustice de la fiscalité en France, où le patrimoine est plus protégé que le travail. Une fois de plus on tape sur les plus faibles. Que de courage ! Les français plébiscitent la retraite à soixante ans. Sans doute le travail n’est pas une aussi bonne chose que le voudrait Neuilly qui nous gouverne. Nota bene : « Quand j’embauche un ouvrier je m’enrichis, quand j’embauche un domestique, je m’appauvris » (Adam Smith). Une des phrases les plus profondes qui soient. La France s’est désindustrialisée, les ouvriers ont disparu, en revanche les services à la personne déductibles des impôts des riches ont explosé. Etonnez-vous que la France s’appauvrisse. Rééquilibrer le budget On veut vraiment rééquilibrer le budget ? La TVA à 25%. Et la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) doublée. Plus une vignette sur les grosses autos. Oui, mais la consommation va s’effondrer ! et alors ? vive la décroissance. Oui, mais c’est injuste de faire payer à un pauvre la même TVA qu’un riche. Pas d’accord. Pourquoi un pauvre qui consomme un poste de télé serait-il « diminué », « sous-hommisé » dans sa jouissance du poste de télé ? Il jouit du même poste de télé, il paye pareil, normal. On ne voit pas pourquoi son plaisir étant le même, le prix à payer serait différent. Quand Fischetti va aux putes, il demande un tarif étudiant ? Pas sûr. Oui, mais quand Fischetti va au ciné, il sort sa carte d’étudiant (il est toujours étudiant à 45 balais). Pas tout à fait pareil, un étudiant comme un chômeur ne travaille pas, donc réduction. TVA réduite pour tous les chômeurs. Les Anglais Retour des conservateurs, thatchérisme soft, par force, tout a été saccagé par Thatcher. Les travaillistes avaient un peu réhabilité les services publics (éducation, santé, transports), les conservateurs taillent dans le maigre. Les anglais ont 12% de déficit, 88% de dette publique (comme nous) et 150% de dette privée ! C’est pas en privatisant la poste qu’ils vont s’en sortir. Mais ils ont deux atouts : d’abord, la dette est possédée par les anglais, à 72% (à 30% seulement en France). Le déficit est donc un problème qui sera réglé à la loyale, entre british, sans pression des marchés ; sans doute les pauvres rembourseront les riches, mais c’est la vie. Ensuite, les british vont laisser filer leur monnaie. Autant de moins de dette à rembourser. Hélas, la manne pétrolière s’interrompt bientôt. Donc ils sont mal, très mal. Ca nous console de Crécy et de Fachoda. Livres En ces temps de ferias et d’ignobles corridas (certains quotidiens, que je ne citerai pas, et qui adorent les coups publicitaires, devraient être distribués avec une poche de sang) lire « L’âge de l’empathie » de Franz de Wall, éthologue (Editions LLL). Figurez-vous, chère Luce Lapin, que vous êtes une mammifère, « donc dotée d’une vocation maternelle obligatoire. L’attachement a pour nous une incroyable valeur de survie, le lien essentiel entre nous étant celui qui unit la mère et sa progéniture. » J’adore ! Bref, l’entraide et la coopération sont essentielles à la survie de l’espèce et on la retrouve chez les bonobos, les chimpanzés, les éléphants, les dauphins etc. L’homme, l’animal le plus empathique, a pu supplanter par la protection des faibles toutes les espèces. Cette thèse fout en l’air le libéralisme. De Waal parle « d’altruisme auto protecteur ». Protéger les faibles rend fort. Conclusion : L’homme ne sera adulte que lorsqu’il protègera les animaux. Du coté du front. Merci au lecteur qui m’a conseillé « Vie des martyrs et autres récits du temps de guerre » de Georges Duhamel, Omnibus, que je n’avais pas lu. Je ne sais pas si l’on peut « poétiser » les blessés et mutilés de guerre... Je ne crois pas. J’ai reçu le Jacques Sapir : « Et si la France avait continué la guerre » (Taillandier) dont je dirai beaucoup de bien (ou de mal) la semaine prochaine. Connaissant Sapir, ça doit être du lourd, du sérieux ! Sacré Sapir ! Et si ma tante en avait, elle serait ?

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