Journal intime 938 Rabotez bien les angles ! Fillon décide de réduire de 10% les niches fiscales. Aussi stupide que de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux. Fillon, conducteur automobile, au cerveau aussi développé qu’un type dont le plus grand plaisir est de faire « vroum-vroum, vroum-vroum-vroum ! » avec une bagnole, vient de décider de réduire les niches fiscales de 10%. En son temps Laval (lui c’était les cravates blanches) avait baissé toutes les dépenses publiques de 10%. On rabote les angles ! Au carré ! Ca c’est de la politique économique. Au fait... Pourquoi la France est-elle aussi endettée (1500 milliards, quand Pébereau faisait son rapport à Sarko, il y a cinq ans, c’était 1000 seulement) ? Parce qu’elle a baissé les impôts et emprunté pour payer. Elle n’a pas tort, Mère Aubry, quand elle déclare que Sarko, Fillon et consorts c’est Madoff donnant des leçons d’équilibre comptable ! Sarko-Fillon (après toute la droite) on fait notamment des cadeaux fiscaux pour embaucher des personnes à domicile. Ainsi, pensait-on, le déclin de l’emploi industriel serait compensé par une hausse des services, ce qui est une faute grave, on s’en rend compte aujourd’hui. Car un emploi industriel n’est pas un emploi de services. Un emploi industriel crée de la richesse, un emploi de services non. « Quand un patron embauche un ouvrier il s’enrichit, quand il embauche un domestique il s’appauvrit » (Adam Smith). Oui, car le premier crée de la richesse, le second en consomme. En plus, les ouvriers sont en moyenne plus qualifiés (salaire moyen de l’ouvrier français de l’industrie : 36000 euros ; salaire moyen de l’ouvrier allemand : 47000 euros ; salaire moyen annuel de l’homme de services : 25000 (1)) Calculez : vous troquez 36000 euros de richesse contre une perte (je dis bien une perte) de 25000. Vive Adam Smith. Le G20 se réunit ce week-end en Corée du Sud. Résultat ? Zéro. Le G20 était destiné à réformer le système financier international, il ne fait rien, il ne veut rien. Réformer la finance, c’est 1) lutter contre la fraude. Où en est-on des paradis fiscaux ? de tout le fric bloqué dans les paradis fiscaux qui oblige les Etats à emprunter aux salauds planqués dans les paradis ? Lutter contre la fraude c’est aussi lutter contre les agences de notations, corrompues jusqu’à l’os et payées par leurs clients, les banques pour ne pas les nommer. Goldman Sachs qui paye les agences de notation pour dégrader les notes sur les Etats européens. 2) Lutter contre la spéculation – taxe Tobin, interdiction des ventes à découvert. 3) réformer les normes comptables, en finir avec la « valeur de marché » qui fait que tout le pouvoir est donné aux bourses pour valoriser l’économie. On ne veut pas réformer le système financier, parce qu’on ne veut pas réformer un système fondé sur l’effet de levier et le crédit, qui permet de maintenir artificiellement la croissance et surtout de ne pas augmenter les impôts. Point final. (1) Chiffres le Figaro éco, 25/05/10 Zarzélettres La haine du roman La haine du roman comme sujet de roman. Ô perfide lecteur qui connaissant mes obsessions seconde-guerre-mondiale me fit lire « HHhH » de Laurent Binet (Grasset) ! Quel cadeau empoisonné ! Jamais vu un type aussi content de lui, connaissant superbement la littérature et ses ficelles, détestant (hi-hi) le roman et écrivant un roman aussi bon ! et se lisant avec autant d’avidité (là, je suis sûr que j’injurie le bonhomme ; non ; je le flatte ! il frétille !). « HHhH », l’histoire de l’assassinat d’Heydrich le tortionnaire, promoteur de la solution finale - le seul type qui foutait la trouille à Hitler - par la résistance tchèque est un bonheur de lecture. « Mon histoire est trouée comme un roman, mais dans un roman ordinaire, c’est le romancier qui décide de l’emplacement des trous, droit qui m’est refusé parce que je suis l’esclave de mes scrupules. » (p.395) Ouaf ! On a compris, gros malin, que vous écriviez un roman extraordinaire, et que vos « scrupules-mon-cul » étaient une mèche de plus à votre talent d’artificier (boum sur Heydrich !) et quel artificier vous faites ! « Soudain j’y vois clair : les « Bienveillantes », c’est « Houellebecq chez les nazis, tout simplement » (p. 327). Bien vu l’artiste ! « Le caractère puéril et ridicule de l’invention romanesque » (p.177) « Comment disent-ils ? J’habite mon personnage. » (p. 412) Désir de ne pas faire un roman comme les autres romanciers vulgaihèèèèèères, et le résultat est un super-polar palpitant jusqu’au bout, en beaucoup mieux, car, comme dans Hitchcock, on connaît la fin mais on pense que ça ne va par finir comme ça... Superbes analyses sur la racaille collabo française (Alexis Léger dit Saint-Jonh-Perse, ce salaud de munichois, dont on aime la poésie, hélas...) et surtout Bousquet : les pages sur Bousquet et son assassinat vous font pleurer de rage (comment un connard, pour trois minutes à la télé, nous priva du procès Eichmann) ! Bon. Ce livre est excellent. Après tout, Racine, l’homme le plus cupide de son siècle, nous écrivit les plus beaux vers de la langue française. Tant pis si Binet, du haut de sa suffisance debordienne (il cite évidemment Debord dans ce roman scandé en 257 thèses) décrète qu’il faut détester Emma Bovary et aimer Salammbô. Il a fait du bon boulot de romancier de base, malin et efficace. Et comme il se fout de nous avec ses vapeurs antiromanesques, on appréciera d’autant plus son superbe roman. Lapaque et d’Ormesson. L’autre jour dans un salon Se pointa le vieux d’Ormesson. Bouche ouverte sur le juron Sur Lapaque il se jeta. Que croyez-vous qu’il arriva ? Son dentier il avala. Au terme de son dernier livre « Au hasard et souvent » (Actes Sud ; à lire je répète ; interro écrite la semaine prochaine) Lapaque met de l’ordre dans sa bibliothèque : les livres à jeter, les livre non lus mais à garder et à lire, les livres à avoir à portée immédiate etc. Et il signale simplement qu’il n’a jamais eu un bouquin de d’Ormesson. Voilà que ça ne plait pas à l’ancêtre ! Croisant Lapaque à un pince-fesses, grand-père va pour le souffleter ! Non, mais ! Gardez vos rhumatismes ! On a le droit de ne pas lire d’Ormesson, de pas regarder la télé où il passe pour un oui ou pour un non, et ceux qui le lisent l’achètent par habitude comme le calendrier des pompiers, au style éponyme.

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