Journal intime 940 La guerre de l’énergie L’Amérique punie par là où elle a péché, la France dans la débâcle du photovoltaïque. L’Amérique est la fille du pétrole et de la bagnole. Elle a fait la guerre à l’Irak pour du pétrole. Ce sont des pétroliers, les Bush, qui ont dirigé le pays pendant 12 ans. Son aménagement du territoire repose sur la voiture et le fioul bon marché. Or voilà qu’on fore de plus en plus profond pour ramener du fioul, et qu’un jour l’écorce terrestre saute comme un bouchon, libérant le champagne noir ! Oublions l’irréversible, la destruction irrémédiable de la nature, l’économie ignore l’irréversibilité, elle ne connaît que le coût ; ce coût est de l’ordre de 6 milliards de dollars aujourd’hui. A terme, le gouvernement américain estime que le coût se situera entre 10 et... 100 milliards de dollars (on admire la précision). Donc BP doit créer une fonds d’indemnisation des victimes, et d’ores et déjà provisionner 20 milliards de dollars. BP représente 240 milliards de dollars de capital. Elle a fait 17 milliards de dollars de bénéfices l’année dernière. Elle a, en gros, 10 milliards dans ses caisses. Mais 20 milliards est néanmoins une grosse somme. La terreur de BP est qu’une décision judiciaire (d’un tribunal de Louisiane par exemple) la rende responsable de la catastrophe. Dans ce cas, vu les indemnités à verser aux habitants de Louisiane, la facture pourrait dépasser les 100 milliards. Même BP ne peut pas payer. Pour éviter la ruine, BP envisage, dans une faillite préventive, de placer les coûts du nettoyage et les indemnisations dans une entité juridique séparée. Shell et Exxon guettent la ruine de BP pour l’avaler. Mais elles hésitent à se ruer sur la proie, dont la valeur de l’action a baissé de 30%, car elles avaleraient aussi les coûts de dépollution et d’indemnisation. Barak Obama en profite pour remettre en avant la défense de l’environnement, qui était au cœur de son programme. Il laisse entendre que la catastrophe du golfe du Mexique est le « Tchernobyl » américain. Mais pour favoriser les énergies renouvelables au détriment du pétrole et de l’atome, il faudra un troisième Tchernobyl. Pendant ce temps, la France poignarde dans le dos les énergies renouvelables. Le lobby nucléaire a gagné. Le gouvernement vient de publier une réglementation diminuant les prix de l’électricité photovoltaïque, prenant prétexte d’une baisse du prix des panneaux et du risque d’une « bulle » photovoltaïque (sic). Kaputt le Grenelle de l’environnement, capitulation. Finie la mise en ligne d’une puissance photovoltaïque de 3000 mégawatts. C’est la moitié de ce que l’Allemagne met en ligne cette année, au prix d’un tarif plus cher de l’électricité, c’est exact. Mais le dogme de l’énergie bon marché conduit aux Tchernobyl pétroliers. Alors que l’Allemagne a créé 100000 emplois dans les secteurs éolien et solaire en dix ans, la France n’en a créé que 12000. Jamais l’objectif de 5400 mégawatt ne sera atteint en 2020. En 2020 le différentiel d’emploi France Allemagne dans le photovoltaïque sera de 250000 emplois. La production sera Allemande, la qualité allemande. L’Allemagne, ce jour du dix-huit juin, nous flanque encore une raclée. Merci Monsieur Ollier, porte-parole du lobby nucléaire, par qui la chute du photovoltaïque est arrivée. Zarzélettres Economistes et écrivains Les anciens économistes aimaient la littérature. Keynes était fou d’Ibsen et de Virginia. Marx lisait chaque année Eschyle dans le texte. Il connaissait par cœur Goethe et Heine, qu’il citait souvent et professait un véritable culte pour Shakespeare, que ses trois filles durent apprendre par cœur. De Walter Scott il adorait « Les puritains d’Ecosse » (Old mortality). Bien entendu il plaçait au dessus de tout Balzac, comédie sociale oblige. A 50 ans il apprend le russe pour lire Pouchkine dans le texte. Darwin aussi était un grand liseur de romans. La littérature fortifie la pensée. Erik Orsenna est l’un des rares économistes (il commit une thèse sur le Commerce international et la Balance des paiements) à avoir « percé » dans la littérature. Les économistes feraient mieux d’écrire des contes plutôt que de nous ennuyer avec les taux de croissance. Oxymore « L’abondance frugale » de Jean-Baptiste de Foucauld (Odile Jacob). L’abondance c’est le spirituel. La frugalité le matériel. De toutes façons on n’y échapera : méditer sur notre condition et notre connerie passée dans une terre ravagée, bidonvillisée, polluée, sans animaux. « Même la pensée criminelle d’un bandit est plus grande et plus noble que toutes les merveilles du ciel » (Marx). Pas sûr, mais si ça c’est pas aimer les hommes ! Toujours chez Odile Jacob et dans les oxymore « L’homme viable » de Michel et Florent Griffon. Non, finalement l’homme n’est pas viable. Toujours dans la décroissance, la revue « Entropia » nous parle des « Territoires de la décroissance ». « Habiter en poète » écrit Jean-Claude Besson-Girard. Chercher « la confluence et les lisières entre la poésie et l’objection de croissance ». Et Besson Girard de citer Saint-John Perse « le poète est la mauvaise conscience de son temps ». Certes, surtout Alexis Léger, dit Saint-John-Perse, capitulard, munichois, pétainiste. Reste que la revue est vraiment bonne. Un bravo particulier à l’article sur Pierre Clastres, merveilleux ethnologue. Très belle revue, vraiment (adresse : 54 Grand rue, 84340 Malaucène) Appolinaire et les artistes Un lecteur me signale la « Correspondance avec les artistes 1903-1918) » de Guillaume Appolinaire, Gallimard, édition de Laurence Campa et Peter Read. Tous écrivent à Appolinaire, et il écrit à tous, Picabia, Picasso, Vlaminck, Matisse, le Douanier Rousseau, Braque, Derain et bien sur Marie Laurencin. Toujours à l’affut du front, je retiens surtout la correspondance avec Max Jacob, à qui il annonce l’éclat d’obus dans la tête dont il périra. Il tenait la rubrique « arts » dans l’Intransigeant avait noué un incroyable réseau de relation. Il eu quelques difficultés à s’engager, car étranger, mais finit tout de même sous-lieutenant. La « jolie guerre » eut raison de lui. Michel Bernard (« La tranchée de Calonne », « Le corps de la France ») me dit que tous les artistes, à de très rares exceptions près, s’engagèrent et se battirent contre l’Allemagne. Pendant ce temps, en Angleterre, l’objection de conscience était à la mode : Keynes, Lytton Strachey... On imagine Max Jacob et les autres buvant et festoyant pendant que Guillaume grelotte dans la boue. Le 20/09/17, André Rouveyre écrit à Appolinaire : « Je lis que l’as Allemand Kurt Volff s’est tué. C’était mon éditeur à Leipzig. » Que la guerre est jolie !

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.