Journal intime d’un économiste 4 Titre Salaires, stock options, parachutes et grivèlerie. Les rémunérations des patrons, c’est le rackett et la mafia, sans les risques de la prison ou du règlement de comptes. 1 Artistes et patrons Ce qui m’a toujours fait rigoler chez les patrons, cette propension à se comparer à des artistes : « Je gagne énormément, d’argent ? Et alors ? Et Zidane ? Et Aznavour ? Et Sophie Marceau ? » Hé, hé... Zidane et les autres possèdent ce qui est le moins partagé dans le monde, du talent, de l’orginalité, un sens artistique. Un patron est tout sauf un artiste. L’art est à l’opposé de l’esprit d’entreprise. Keynes disait fort bien qu’on devient patron quand on n’a pas pu être un savant ou un artiste. Un patron doit savoir calculer, diriger, exploiter – exactement le contraire de l’art – et c’est la condition de sa réussite. Le patron de McDo, marchand de graisse, de sucres, de produits transgéniques et de pesticides incorporés à sa bouffe n’est pas un artiste. Celui de Wall Mart, importateur de sueur chinoise pour obèses américains non plus. Goshn, marchand de voitures, de bruit, de stress et de pollution (les quatre pour le prix d’un) non plus. Mais il sait exploiter, diriger, vendre (même pas vendre, d’ailleurs), se servir au passage. Daniel Bouton, racketteur discret (un euro par ci sur les retraits bancaires, deux euros par là sur les tenues de compte...) n’est pas un artiste, mais un pickpocket qui joue sur les grandes séries. « Oui, mais si vous ne payez pas bien les patrons, ils iront se faire embaucher ailleurs... » Hi-hi ! Où irait se faire embaucher ce nul de Goshn ? A Détroit où l’on ne vend plus de voitures ? Et Bouton, incapable de voir qu’un type lui souffle sous le nez quelques milliards d’euros, qui en voudrait ? Où est le « talent » Bouton ? De Morin, pdg de Valéo qui part avec 3.2 millions d’euros en licenciant 1500 personnes et après 207 millions de pertes pour 2008 ? Quel artiste que Daniel Bernard qui prit 40 millions pour quitter Carrefour qu’il avait mis dans la panade (qui peut croire que ce type serait assez bête pour se comparer à Picasso ?), quelle classe que celle de Sir Godwin qui a fait plonger la Royal Bank of Scotland de 30 milliards d’euros pour la seule année 2008 et qui part avec 17 millions ! Imaginons la foule des fans se précipitant pour lui demander des autographes et saluer tant de talent ! NB : Dans le genre talentueux, Bouton dont on ne se lasse jamais, l’artistique fonctionnaire patron de la Société Générale, récupérée par lui comme les membres du PCUS ont récupéré le capital de la Russie, s’est accroché à son plan de stock options (avec ses compères Oudéa, Cabannes, et Alix). Il a peur de quoi, ce pauvre vieux ? de manquer, malgré ses milliards ? d’être sans-abri un jour ? d’émarger au Rmi ? Il croit qu’il mérite quelque chose que des épluchures ? Finalement, Bouton et les autres ont cédé. 2 Décret bidon La goute d’eau: Chevreux, filiale du Crédit agricole qui a empoché des milliards de l’Etat, vire 75 personnes et distribue 51 millions d’euros de bonus à ses cadres dirigeants. Ecoeuré par tant d’argent distribué à d’autres, Nicolas Sarkozy concocte un décret bidon qui ne concerne que quelques patrons (pdg et dg) ayant déjà renoncé à leurs stock options : les patrons des six banques aidées par l’Etat ainsi que ceux des groupes Renault et Psa. Le patron de Valéo peut continuer de faire des bras d’honneur. Mais dans les banques elles-même les autres hauts salariés (traders, patrons de filiales...) pourront poursuivre leurs activités de parasites ou de nullards (rayer les mentions inutiles) en cumulant salaires, bonus et stock options. NB : Pourquoi Sarko protège-t-il autant les patrons, sinon par désir d’en devenir un, et gros si possible ? 3 Stock-options Les Stock options (SO) sont apparues en France au milieu des années 70, cinquante ans après les Etats-Unis. Ce sont des bons d’achats d’action à un prix inférieur au cours. Les socialistes de l’ère Mitterrandienne ont encouragé le système, particulièrement pervers. Les SO sont un ajout, ou une substitution de capital au salaire. Les « salariés » concernés (le staff dirigeant) reçoivent des d’actions de l’entreprise en options, options qu’ils peuvent exercer plus tard en bénéficiant d’avantages fiscaux. Les SO sont donc un moyen de frauder le fisc et sont une incitation à valoriser le capital de l’entreprise par tous les moyens : rachats d’actions, restructurations, pression sur les salaires, endettement pour faire apparaître des profits sur les capitaux propres. Tout le capitalisme financier des années 80 nait de cette recherche forcenée de la « valeur ». Avec les SO, le rapport du travail au capital est inversé : les salariés font une avance à l’entreprise qui les rembourse sur les profits futurs, ils sont pieds et poings liés à l’entreprise (comment quitter une entreprise dans laquelle on espère exercer des options ?), et surtout le personnel est cassé en deux : une minorité à des options, les autres rien. NB : Tout ce qui est SO, participation, PEA etc ; est une subtile perversion du jeu social. 4 Les repentis Mestrallet et Cirelli, patrons de Suez sont les repentis de la mafia patronale. Ils ont trahi le rackett, et les autres leur en veulent à mort. Mestrallet à renoncé à 830000 stock-options et Cirelli à 300000. Pourtant leur entreprise embauche, fait des bénéfices, distribue des dividendes. Pourquoi ? Par éthique ? Par bonté soudaine ? Parce que les salariés les sont salement menacés. NB : Jamais les patrons propriétaires ne se sont distribués autant d’argent. Ce sont les mandataires payés par les conseils d’administration qui se gavent. Ainsi le brave Zaccharias qui empocha tantôt 170 millions d’euros de SO. 5 « L’argent, c’est de la liberté frappée » (Dostoïevski) Ouais, ouais... C’est ce que chante en substance une patronne interviewée par le JDD ,qui note que les jeunes ne veulent que de l’argent pour « être libres » etc. Quel est la liberté du cacochyme Zaccharias, à part celle de pouvoir recompter le produit de son rackett tout au long de ses insomnies ? L’argent c’est du temps... Mais pas du temps libre. On peut se faire masser tous les jours par des mains nubiles et rester un sac de merde, un sac d’or au sens de Freud.

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