Journal intime d’un économiste en crise, 916 De quoi 2010 est-il le nom ? A Cholet, le président s’adressait aux forces économiques : mort aux impôts et vive le travail ! Du muscle sous la jupe. Lundi ce sera les forces de la connaissances, jeudi c’était les forces de la culture, et mercredi les forces économiques. Que de forces dans les jupes de la douce France ! Aux forces économiques de Cholet, le message fut clair : les baisses d’impôts sont nécessaires parce que 1) l’Allemagne paye moins d’impôts, a une dépense publique beaucoup plus faible, et pourtant, quelle efficacité ! Vous croyez que c’est par bêtise que l’Allemagne baisse sa dépense publique, hé ? Les Allemands seraient-ils de gros cons, hé ? Non, comment le croire ! (mouvements de cou). Et néanmoins, ce raisonnement macroéconomique ne tient pas : l’Allemagne plonge de cinq points en 2009, et nous seulement de 1. L’argument de la fiscalité excessive et de la dépense publique excessive ne vaut pas un pet de lapin. D’où 2) l’impôt accroît le coût du travail. Et le coût du travail c’est l’efficacité économique ! Malheureusement, ça aussi c’est faux : c’est la cotisation sociale qui fait le fameux excès d’impôt français. Or qui dit cotisation sociale dit protection sociale. Donc meilleure force de travail. On peut penser qu’un bon système de Sécu accroît la qualité du travail. Le coût du travail en soi ne veut rien dire ; le pays ayant le meilleur coût du travail au monde est le Zimbabwe, ou peut-être le Rwanda. Pas vraiment des exemples. Obama vient de faire la cruelle expérience du coût du travail. Ayant débloqué 1 milliard de dollars pour l’éolien, il constate que ce fric a fini par irriguer des entreprises allemandes, dont le salaire moyen est beaucoup plus élevé que le salaire américain. Pas de chance, hein, avec la théorie du « coût du travail excessif ». Poursuivons. Dans les vœux de Cholet, avec dix mille mouvements de la nuque, le président se félicite d’avoir aboli les droits de successions. Car comment admettre que le fuit de son travail n’aille pas à ses lardons, hé ? Hé ? (nouveau mouvement de cou). L’héritage est un capital. Dire que le fruit du travail constitue un capital est un hommage à Karl Marx, que nous ne saurions trop souligner. Le capital est bien du travail accumulé. Poursuivons avec la mécanique économique sarkozienne, mal huilée. Question au président : si le coût du travail est minable, ridicule, pour assurer la compétitivité de l’entreprise et de la nation, comment le salarié va-t-il économiser un petit capital, hé ? Hé ? (mouvement du menton). Faut savoir : soit on paye le salarié des clopinettes, et pas de capital à transmettre au fruit de ses coups de rein, soit on le paye bien, et il part au chômage car son entreprise perd de la producutivité. Ajoutons que l’argument « du fruit de la sueur qu’on est en juste droit de transmettre à sa progéniture » n’est pas tout à fait le même selon que vous êtes employé chez Carrefour ou proprio de Carrefour. Si vous êtes proprio de Carrefour, il se peut que vous ayez capté une partie de la sueur d’autrui cristallisée dans vos actions. Mais bon : on va pas chipoter : un capitaliste est un travailleur, tout comme un travailleur est un capitaliste, comme le démontre amplement Sarko, qui devrait néanmoins renouveler son stock de communicants en macroéconomie. Dernier moment obligé des vœux aux forces économiques : la lutte contre le fonctionnaire. Toujours oreille sera complaisante à la diatribe contre l’impôt ou contre le fonctionnaire. Sauf que le privé (l’entreprise privée) est capable de capter de l’impôt et d’entretenir une bureaucratie digne du Château de Kafka. Par exemple, les fournisseurs de téléphonie fixe ou mobile captent une rente qui est une simple taxe sur le cochon de consommateur lequel ne peut plus échapper à la téléphonie fixe ou mobile (essayez de communiquer par pigeons voyageurs aujourd’hui) ; et ces gens entretiennent une insupportable bureaucratie improductive. La preuve par l’oncle, ça fait un mois et demi (un mois et demi) que j’attends une ligne téléphonique, suite à un orage qui a détruit la mienne. On ne donnera pas la marque de ce merveilleux opérateur à nom de fruit acidulé célèbre pour son taux de suicide. Résumé : lorsque l’impôt n’est pas public il est privé, et lorsque le bureaucrate improductif n’est pas public il est utilisé par un racketteur privé. Livres Riss ! Tu m’obliges à relire le père Marx, et ça me surprend toujours. On connaît « la religion c’est l’opium du peuple », mais plus beau encore, dans le même paragraphe : « la religion est le soupir de la créature opprimée. » Le soupir de la créature opprimée... Mon Dieu qui n’existe pas, écoutes les soupirs de l’humanité souffrante. Etienne Dolet, éditeur de Rabelais, fut condamné pour athéisme et brûlé place Maubert à Paris (à coté de chez Cavanna) en 1546. Etienne, tu aurais du soupirer vers Dieu ! A part ça j’attaque avec volupté « L’Arnaque. La finance au dessus des lois et des règles » de Jean de Maillard, qui sortira chez Gallimard. Exergue : « Mundus vult decipi, ergo decipiatur », le monde veut être trompé, alors trompons le. Un grand bouquin dont on reparlera. Dans le genre suicide chez France Télécom « Les heures souterraines » de Delphine de Vigan (Lattès). « Perdre sa vie à la gagner » (Marx) travailler plus pour gagner plus, mais finir par se tuer par peur de perdre son boulot. Essayez de comprendre !

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