Journal intime d’un économiste en temps de crise 5 G20 Que sortira-t-il du G20 ? Ecoutant Mathieu Pigasse à la radio avec Demorand (Pigasse, VP de Lazard, spécialisée dans le conseil en fusions-acquisitions, ex dir cab ou sous-dir cab de Fabius, je sais plus, nommé par son ex patron), j’apprends que la question des paradis fiscaux n’est pas essentielle pour la réforme du système financer international... Ah, Mathieu, tu crois ? 10000 milliards de dollars qui échappent à l’impôt et obligent donc les contribuables qui n’ont pas le choix, ou qui, tout simplement sont honnêtes à payer pour eux ? Questions morales mises à part, les paradis fiscaux minent la démocratie qui est fondée sur l’impôt démocratiquement acquité. La concurrence fiscale entre les Etats, le dumping fiscal, la pression à la baisse sur l’impôt des sociétés, le « bouclier fiscal », les amnisties, le cirage de pompes perpétuel des hyper-riches sont évidemment liés aux paradis fiscaux. Mathieu Pigasse : « C’est pas nous, les banquiers, c’est tout le monde, nos sociétés... » Bien sûr Mathieu, bien sûr, tous coupables, donc personne coupable ! Sacré Mathieu ! Bernard Guetta : « Mais, la crise ne serait pas une crise du partage ? » Pigasse : « Oui, cette crise est une crise du mal-partage. Déformation du partage en faveur des profits. » Et bien voilà, tu l’as dit Mathieu ! Nous sommes au cœur de la vérité économique telle que l’envisageaient les anciens économistes, jusqu’à Marx : la question du partage est au cœur de la crise, et de l’économie tout court. J’aime bien Mathieu. Je pense que c’est un mec de gauche, et que c’est dur quand on est patron de banque (je me souviens des souffrances de Peyrelevade), qu’il est social. Et il a écrit un bon bouquin, sévère pour les hedge funds. Les hedge funds (grosso modo 25% des fusions-acquisitions) fonctionnent sur une escroquerie fiscale fondamentale. Constitué du patrimone d’hyper-riches et de fonds bancaires, ils pratiquent des opérations de LBO (Leverage buy out). Ils empruntent pour racheter des sociétés cibles, les dégraisser, les restructurer, et leur faire cracher de la bonne plus value. Ils sont là pour faire cracher de la productivité, donc du profit. Pour faire bref : ils créent une société mère (déficitaire) qui prend des participations dans la cible (à dégraisser, porteuse de profits), consolident le tout et ne payent d’impôts puisque le tout consolidé ne fait pas apparaître de profits. Et le tour est joué. Et c’est absolument dégueulasse. Leur économie d’impôt leur permet de rembourser facilement l’emprunt qui a servi à organiser le petit rackett. Le rackett qui permet de faire apparaître du 15% de profit net. Le roi dollar Le dollar, question qui ne sera pas traitée au G20. En fait, une vraie régulation financière mondiale exigerait que le dollar cesse d’être une monnaie supérieure, ce qui impliquerait une mise sous tutelle de la puissance américaine. Les Etats-Unis facturent 99% de leur commerce international en dollars. L’Allemagne, principal exportateur de l’Europe, seulement 68% en euro. L’euro est absent de l’Asie, pratiquement. La quasi-totalité du commerce mondial est facturée en dollars. En fait, l’euro n’a qu’une utilité : faciliter le blanchiment d’argent. Les grosses coupures (500 et 200 euros) sont très appréciées des mafias. Pour que l’euro devienne une devise comparable au dollar, il faudrait que la livre la rejoigne. « Moi vivant, jamais ! » hurle à France-Inter Howard Davies, le directeur de la London School of Economics. Toute la haine des anglais pour l’Europe continentale dans ce cri, et toute l’horreur de ces profs d’éco - qui ont fait la crise par leur idéologie économique aussi bornée que celle des staliniens tantôt – pour tout ce qui pourrait toucher à la primauté de la finance. Henri Bourguinat montre bien dans « l’Arrogance de la finance » comment la suffisance transcendantale des profs d’économie financière a conduit tout simplement à nier la notion de risque. Daniel Bouton, qui peine avec la table de multiplication par 9, était fasciné par les matheux de la Société Générale : « Je n’y comprends rien, donc c’est certainement génial. » Stalinien François Hollande, qui me croise à Inter : « Tu as une réputation de stalinien ! » Alors là... Moi qui ne crois guère à la lutte des classes, qui ne supporte pas les partis et en particulier les partis bolcheviks... La dernière fois que j’avais vu Hollande, c’était dans une aire de service de l’autoroute du coté de Tulle, entre les deux tours de la présidentielle. Nous étions seuls aux toilettes, nous soulageant mélancoliquement et supputant les minces chances de Ségolène. G20 (bis) Le retour de Lesourne au « Téléphonne sonne », d’Alain Bédouet, sur Inter, pour parler du G20. Lesourne est un économiste mathématicien ultra-orthodoxe qui dirigea par le plus grand des hasards « Le Monde » (intronisé par Minc si je me souviens bien) et n’y laissa pas un immense souvenir. Il ressort la vieille antienne : « Il faut sauver les banques qui font vivre l’économie gnagnani-gnagnana. » Autrement dit sauver les salauds et les parasites qui ponctionnent le monde et lui concède le droit d’être racketté en ouvrant des comptes chez eux. Bref le G20 : DSK tire les marrons du feu, avec ses 1000 milliards de dollars qui vont lui permettre de sauver la Hongrie ou le Mexique si besoin est. La liste des paradis fiscaux ? Rigolade ! Est que ça empêchera de continuer de payer les traders londoniens à Jersey, hors de tout contrôle ? Les règles de contrôle des hedge funds ? Pas de règles. Le retour sur les normes comptables de la « fair value » qui obligent à évaluer les entreprises au jour le jour en fonction de la Bourse ? Rien. Les 20 (95% du produit mondial, 70% de la population) se réuniront à nouveau aux Etats-Unis. Le capitalisme anglo-saxon triomphe. Personne n’ose évoquer un protectionnisme tempéré au niveau européen. Après avoir vilipendé quelques patrons, Sarko a sauvé l’essentiel : le bouclier fiscal, la réforme du droit du travail, celle du droit des affaires. A ceux qui oseront protester on répond : « la crise ! » Merci la crise. Luce Lapin contre les toreros Ce dimanche, avec Luce Lapin à l’émission de Durand, « Pour ou contre la corrida », le genre d’émission où il ne faut jamais aller. J’ai le sentiment d’être laborieux, en expliquant que la corrida est un spectacle sanglant et, lui aussi, laborieux, minable, pénible. Laurent Baffie est le meilleur. Il dit « Corrida égale torture et boucherie » point. J’apprends que la fréquentation des arênes de Nimes est en hausse. C’est l’organisateur des corridas, Casas, un copain de Sarko, qui le dit, assez satisfait de se faire du blé avec la torture. Bonaldi termine l’émission en montrant des couilles de taureau. Pauvre type. Mais Luce Lapin est plutôt contente. Elle a pris « plein de notes ». Allez Lapin !

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