KHARTOUM/TUNIS (Reuters) - L'indignation suscitée par "L'innocence des musulmans", film islamophobe tourné au Etats-Unis, a donné lieu vendredi à de nouveaux débordements dans le monde musulman, où de nombreuses ambassades américaines ont été prises pour cibles après la grande prière hebdomadaire.

Au total, les violents affrontements qui ont opposé manifestants et force de l'ordre déployées pour défendre les missions américaines ont fait sept morts. Trois décès ont été signalés à Khartoum, deux à Tunis, un au Caire et un au Liban. Washington a dépêché des renforts pour assurer la sécurité de ses ambassades.

Deux militaires américains ont en outre été tués dans le sud de l'Afghanistan, lors d'une attaque revendiquée par les taliban, qui affirment avoir agi en représailles à la diffusion du film.

Lors de la cérémonie organisée sur la base aérienne Andrews, dans l'Etat du Maryland, pour le retour des dépouilles des quatre Américains tués mardi soir dans l'attaque du consulat américain de Benghazi, en Libye, Barack Obama s'est engagé à rester ferme face à la violence.

"Les Etats-Unis ne se retireront jamais du monde", a assuré le président, qui briguera un nouveau mandat le 6 novembre.

Il a en outre rappelé aux autorités des pays concernés, où le printemps arabe a souvent porté des islamistes au pouvoir, leur "obligation d'assurer la sécurité" des installations et du personnel diplomatiques.

A Tunis, le ministre de la Santé Khalil Zaouia a fait état de deux morts et de 29 blessés, après les affrontements qui ont éclaté aux abords de l'ambassade américaine, où un groupe de manifestants avaient réussi à s'introduire avant d'en être délogé.

"UN PAYS AMI"

Le président Moncef Marzouki a condamné "l'attaque de l'ambassade d'un pays ami", qu'il a jugée "inacceptable étant donné ses conséquences sur nos relations" avec Washington.

"Cette attaque entre dans le cadre d'un plan plus large visant à semer la haine entre les gens", a-t-il poursuivi.

Les manifestants, pour beaucoup des militants salafistes, ont en outre mis le feu à l'Ecole américaine voisine de l'ambassade, qui était fermée.

A Khartoum, les manifestants sont aussi parvenus à pénétrer dans l'ambassade en dépit de l'intervention des agents de sécurité qui ont procédé à des tirs de sommation. La radio soudanaise a fait état de trois morts. L'ambassade allemande a également été prise pour cible.

Au Caire, un manifestant a été tué par balles, a-t-on appris de source proche des services de sécurité. Il s'agit du premier décès signalé dans la capitale égyptienne depuis l'assaut lancé mardi soir contre l'ambassade américaine par une foule dénonçant le film.

D'autres manifestations, pacifiques celles-là, ont été organisées à l'appel des Frères musulmans devant les mosquées du au Caire ou place Tahrir, après la grande prière hebdomadaire.

Dans le Sinaï, deux militaires colombiens ont été blessés dans l'attaque d'une base de la mission d'observation internationale, selon un représentant de ce contingent.

La tension place le président égyptien Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, devant l'obligation de trouver un juste équilibre. Les Etats-Unis fournissent une aide militaire annuelle de l'ordre de 1,3 milliard de dollars.

"C'EST OBAMA QUI NOUS A ATTAQUÉS!"

En visite en Italie, où il poursuivait vendredi une tournée européenne, il a de nouveau condamné le film, dénoncé les violences et promis de protéger les représentations diplomatiques.

"Morsi les protège et nous agresse alors qu'il devrait nous laisser entrer (dans l'ambassade)", a lancé un jeune manifestant croisé vendredi au Caire.

"Avant la police, c'est Obama qui nous a attaqués !", hurlait un autre cairote, accusant le président et le gouvernement américains d'avoir insulté le prophète Mahomet.

A Tripoli, dans le nord du Liban, un manifestant qui dénonçait également la visite que le pape Benoît XVI a entamée à Beyrouth, a été tué par les forces de l'ordre.

En Libye, l'espace aérien a été fermé au-dessus de l'aéroport de Benghazi, où des drones américains ont été pris pour cible par des miliciens islamistes. Deux contre-torpilleurs de l'US Navy sont attendus sous peu devant les côtes libyennes et Barack Obama a promis que les assassins de l'ambassadeur américain Chris Steven, tué mardi soir, auraient à répondre de leur crime.

D'autres rassemblements ont été organisés en Malaisie, au Pakistan, au Bangladesh, en Iran, en Irak, au Nigeria, en Jordanie, à Bahreïn, au Qatar et au Yémen, où quatre personnes avaient été tuées jeudi selon un nouveau bilan.

Trente mille personnes ont en outre défilé dans la bande de Gaza.

En Afghanistan, où un mannequin à l'effigie de Barack Obama a été brûlé dans la province orientale de Nangarhar, la tête du pasteur américain Terry Jones, associé à la promotion du film et déjà à l'origine d'émeutes anti-américaines en 2008, a été mise à prix pour 100.000 dollars.

Trois jours après les premières violences liées à la diffusion sur internet de "L'innocence des musulmans", les conditions dans lesquelles ce brûlot amateur a été produit et réalisé commencent à se préciser.

Morris Sadek, un activiste copte vivant en Virginie, a affirmé dès mardi soir avoir joué un rôle dans la promotion du film, dont un clip de 13 minutes en anglais circule sur internet, tout en précisant n'être "intéressé que par la première partie du film" qui mettrait selon lui en lumière les discriminations dont sont victimes les coptes d'Egypte.

Il a communiqué à Reuters un numéro de téléphone qui serait celui du réalisateur. Ce numéro correspond au domicile de Nakoula Basseley Nakoula, un autre copte égyptien résidant à Cerritos, une banlieue de Los Angeles, en Californie.

Condamné en 2010 pour fraude, il est sorti de prison en juin dernier, selon les autorités américaine. Une enquête a été ouverte pour déterminer s'il a respecté les termes de sa remise en liberté conditionnelle.

Avec les rédactions de Reuters; Henri-Pierre André et Jean-Philippe Lefief pour le service français

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