Ce « renseignement politique » du SED concernait-il également Jean-Pascal Couraud ?

Après l’avoir, dans un premier temps, nié, les anciens membres de la DGSE au service de Gaston Flosse ont bien été obligés de reconnaître que JPK faisait partie des personnalités sous surveillance, tout en niant la moindre responsabilité, directe ou indirecte, dans sa disparition.

Ainsi, le 7 juillet 2006, le patron du SED, André Yhuel, « persiste à dire que nous n’avons jamais suivi Jean-Pascal Couraud. » Entendu le 19 mai 2010 par le juge Stelmach, André Yhuel est moins formel : « Pour Jean-Pascal Couraud, je ne pense pas que c’est la hiérarchie qui a donné l’ordre [de le surveiller], mais si quelqu’un a donné l’ordre c’est forcément moi , explique à présent le patron du SED. Si les agents disent qu’on a suivi Jean-Pascal Couraud, c’est certainement vrai. Je ne m’en souviens pas (…) c’est sûrement parce que c’était un opposant et un journaliste. » Dans le bureau du juge Redonnet, le 11 juin 2010, André Yhuel réaffirme qu’il n’a « pas souvenir que cette cellule [du SED] ait suivi Jean-Pascal Couraud », mais sans démentir cette surveillance : « Si quelqu’un a demandé à Micheloni de le faire, c’est forcément moi, poursuit le patron du SED. Peut-être sommes nous tombés d’accord tous les deux au café le lundi matin sur le nom de cette personne pour occuper les employés de la cellule. » « L’ordre de suivre Jean-Pascal Couraud n’est-il pas venu de plus haut ? » , l’interroge le juge Redonnet. En effet, ce dernier, dans les mois ou années qui ont précédés sa disparition, était connu pour être un farouche opposant à Gaston Flosse et travaillait aux côtés de [l’homme politique] Boris Léontieff ? » La réponse d’André Yhuel est laconique : « Ce n’était pas le seul. »

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Pourtant, cette surveillance de JPK est attestée par d’anciens membres du SED, comme Sean Whitman, embauché dès la création du service de renseignement parallèle de Gaston Flosse, en 1997 .

« Je me souviens surtout que nous avons eu du mal, car c’était une de nos premières filatures , raconte Sean Whitman. Nous étions tous les trois [NDR : avec deux autres personnes, dont l’une confirmera avoir surveillé JPK] sur cette mission. » L’ancien agent du SED estime que les filatures de JPK ont commencé « environ un mois, un mois et demi avant sa disparition. » « Félicien [Micheloni] nous avait réunis tous les trois et nous avait dit que nous allions filer Jean-Pascal Couraud , poursuit le témoin. Moi, je le connaissais de réputation, mais sans plus. Je ne l’avais jamais vu. Je crois que Félicien avait une copie de presse où il y avait la photo de JPK pour qu’on puisse le reconnaître (…) Félicien nous a expliqué qu’il fallait le filer car il travaillait pour Boris Léontieff. Il fallait tout d’abord le filer pour connaître ses habitudes et ensuite ses contacts (…)ce qui aurait pu être intéressant, c’était que des gens de la présidence ou proche de la présidence [de Polynésie] fasse des allers et retours dans le bureau de JPK, ce qui n’a pas été le cas (…)nous ne l’avons pas surveillé de nuit. Dès qu’il rentrait à son domicile, nous arrêtions la filature » , explique Sean Whitman, qui précise également « avoir filmé JPK » à la sortie d’un « supermarché. »

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Interrogé sur les déclarations de Sean Whitman, le patron du SED, André Yhuel explique ne pas s’en souvenir, mais sans remettre en cause la crédibilité de ses propos : « Je tombe des nues , dit André Yhuel, entendu le 7 juillet 2006. Je suis étonné. A la lecture de sa déposition, il y a un accent de vérité et de sincérité, il n’a pas inventé cela (…)visiblement, il l’a observé, cela semble vrai, mais je ne peux pas l’expliquer (…)la seule explication que je puisse donner c’est que Sean Whitman ait été positionné devant la mairie d’Arue [administrée par Boris Léontieff auprès de qui travaillait JPK] pour exercer une observation sur Boris Léontieff et qu’à travers ces observations, il ait décidé de suivre Jean-Pascal Couraud. Je trouve son audition très inquiétante. »

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