Ne faisons pas mine de découvrir que des armes de guerre sont utilisées par les truands. Les grands voyous sont toujours sortis bien équipés : dans les années 60 et 70, les flics retrouvaient surtout des armes de la Seconde Guerre Mondiale. Elles ont été aujourd’hui remplacées par celles récupérées dans les arsenaux ex-soviétiques et sur les décombres de la guerre en ex-Yougoslavie.

Kalachnikov
Kalachnikov © CC Fanagt /

Star incontestée des râteliers des bandits français : la kalachnikov, créée en 1947 par un sergent éponyme de l’armée d’URSS, est une arme si robuste, si pratique, si facile à fabriquer et à entretenir, qu’elle a été produite (et améliorée) en grande série, 70 à 110 millions d’exemplaires selon les estimations. En France, une kalach se vendrait entre 1500 et 3000 euros.

Selon la police, il n’y a pas plus d’armes de guerre en circulation en France en 2011 qu’en 2007. Leur indicateur : les saisies. Sur les 3500 à 4000 armes saisies chaque année, une centaine sont des fusils d’assaut. La nouveauté, c’est que ces armes sont mutualisées par des équipes de cités. « Là où les grands braqueurs jettent leur matériel après avoir fait leur coup », explique le patron de l’Office de Lutte contre le Crime Organisé, Frank Douchy, « les petits voyous les utilisent, puis les remettent au pot commun ensuite ». Cette tendance avait été remarquée par les parlementaires Bruno Le Roux (PS) et Claude Bodin (UMP) dans un rapport parlementaire de l’an dernier. « Après Vélib et Autolib, c’est Kalachlib », me souffle Jean Philippe Deniau, chef du service Police/Justice à France Inter.

La kalach a remplacé le pied de biche

C’est l’analyse faite par Claude Cancès, ancien patron du 36 (Police Judiciaire de Paris), et auteur d’un rapport sur les armes demandé par Chevènement, ministre de l’Intérieur en 1998. Selon lui, les casseurs (à ne pas confondre avec les braqueurs) sortent maintenant équipés. Il y a encore quelques années, affirme Cancès, « le casseur n’avait aucune raison d’être armé, et si une difficulté se présentait, il faisait machine arrière et partait ». Ou se laissait attraper : sans arme, on risque toujours un peu moins devant la justice. A Vitrolles dans la nuit de dimanche à lundi, le gang de quatre (a priori) cambrioleurs à la disqueuse (une scie utilisée pour découper les rideaux métalliques des commerces) avait donc choisi de pouvoir riposter.Quitte à rafaler n'importe comment.

L’un des cambrioleurs n’a visiblement pas su se servir de sa kalachnikov : en vidant son chargeur (une trentaine de douilles ont été retrouvées, et une douzaine d’impacts ont été relevés sur la voiture de la BAC, d’après le décompte du directeur de la PJ Marseille, Roland Gauze), le malfaiteur a grièvement blessé un policier, mais il a aussi touché un de ses complices. Patrick Lombard, cambrioleur arrêté une quarantaine de fois selon la police, avait à peine une vingtaine d’années.

Frank Douchy ne peut que constater le fossé qui sépare grands voyous et petits malfrats : la kalach , comme tous les fusils d’assaut, est une arme militaire, qui réclame de l’entrainement pour les apprivoiser. Et, poursuit Frank Douchy, « pour les utiliser, il faut être un minimum professionnel. Or, c’est difficile de concevoir des entrainements au tir en zone urbaine, là où sont installés les équipes qui utilisent ces armes ». Ce que Claude Cancès résume ainsi : « les beaux mecs (les voyous appartenant au grand banditisme)savent se servir de ces armes full-automatic, et surtout ne les utilisent pas à tort et à travers ».

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