Près de 10 ans après l'explosion du bus de la DCN qui a fait 11 morts et 12 blessés graves parmi les techniciens français de la DCN au Pakistan, certains des survivants vont être entendus à partir d'aujourd'hui par la BRDP (brigade de répression de la délinquance contre la personne).

Le parquet de Paris a ouvert le 29 novembre une enquête préliminaire après la plainte de six d'entre eux pour coups et blessures involontaires. Les blessés espèrent qu'une information judiciaire sera ouverte et jointe à celle du juge Marc Trévidic, qui enquête sur les causes de l'attentat du 8 mai 2002.

En 2004, des blessés avaient déjà obtenu que l'explosion soit reconnue comme accident du travail, et des familles de victimes avaient fait condamner l'Etat pour "faute inexcusable" par le tribunal des affaires sociales de la Manche. L'enquête des juges a depuis révélé des éléments qui poussent à s'interroger sur les mesures de sécurité prises par la Direction des Constructions Navales, à l'époque entièrement contrôlée par le ministère de la défense.

La DCN elle même s'est interrogée très vite sur ces possibles défaillances

En juin 2002, elle commande une mission à une société de sécurité privée qui a pour objectifs de "vérifier l'état de l'enquête en cours au Pakistan ; de s'assurer que DCN ne peut pas être poursuivie pour insuffisance de sécurité ; de rechercher sur qui rejaillit la responsabilité de l'attentat ; de tenter d'identifier toute menace sur le contrat ou DCNI" (DCN International, la branche export des constructions navales).

Le résultat de cette mission sera la série de rapport baptisés "Nautilus", révélés en 2008 et qui permettront au juge anti-terroriste Marc Trévidic de réorienter son enquête vers la piste de représailles financières dans le cadre de commissions versées en marge du contrat Agosta, de vente de trois sous-marins au Pakistan.

Me Marie Dosé, l'avocate de Gérard Sanson, blessé à Karachi

« La première question qui se pose c'est qui et pourquoi. Et la deuxième question dont personne ne s'est occupé jusqu'alors c'est comment cet attentat a-t-il été rendu possible. Il y a eu des manquements à la sécurité évidents de la part de DCN, ils savaient qu'il y avait un risque et ils n'ont même pas appliqué les règles de sécurité de base qu'ils devaient à leurs employés. Déjà quelques semaines après l'attentat, DCN cherche à se protéger contre toute mise en cause de sa responsabilité et elle sait donc bien qu'elle a échoué ou en tous cas qu'elle n'a pas tout fait pour que ses employés soient en sécurité ».

L'ancien responsable de la sécurité à Karachi, Gérard Clermont, est mis en cause

Gilles Sanson
Gilles Sanson © Radio France / Sara Ghibaudo

Il avait déjà été condamné au pénal pour des manquements à la sécurité de la DCN sur un chantier qu'il dirigeait à Cherbourg. Sur l'échelle de sécurité interne à la DCN, le niveau de risque à Karachi au printemps 2002 se situait au "niveau 1 renforcé" (sur une échelle de 4), pourtant, les horaires et trajets du bus qui passait chercher les salariés dans leurs hôtels ne variaient jamais.

Gérard Clermont (en vacances le 8 mai 2002, jour de l'attentat) est resté en poste à Karachi plusieurs années après.

Pour Gilles Sanson, "il fallait que le contrat aille au bout".

Gilles Sanson

target="_blank" href="#"> Lecture

Les alertes négligées

Huit mois après les attentats du 11 septembre 2001 à New York, et en pleine intervention militaire américaine en Afghanistan, Karachi vit dans un climat de forte tension et déjà au rythme des attentats. Les Américains réduisent leurs effectifs sur place et sécurisent les habitations. Un agent du service de coopération technique international de police en poste à Karachi avait appris le 10 avril, par ses contacts au sein de la police locale, que des attentats étaient en préparation contre des occidentaux. Il en fait part le 16 avril lors d'une réunion de sécurité au consultat en présence de représentants de la DCN (dont Gérard Clermont). Aucune mesure n'est prise.

Lien image dossier Karachi
Lien image dossier Karachi © Radio France
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.